Tit-I-zno
C’est assez dur comme ça, je vous le fais à l’endroit. C’est vrai : le temps est gris comme un ciel de Suisse recouvert d’un vote douteux et, la petite musique du ballon rond entonne pour quelques jours l’ode amoureuse d’un joueur auréolé d’or et de flashs.
On baisse la tête à récolter une punition ultime : le bitume est reluisant de flotte. On met les pieds dans une flaque. On voudrait se marrer mais c’est mort. Oraison funèbre.
Que reste t il de l’été ? Si peu… il est loin, le sable chaud où les pieds prenaient leurs appuis, pour de feintes en dribbles, passes redoublées et accélérations menées, planter le cuir entre deux t-shirts posés négligemment par terre. Elles sont loin, les spectatrices moulées dans les caresses du soleil, lèvres en « ô » et petits cris en bandoulière : « Oups ! » quand un tacle tutoie une cheville !… Elles sont loin les longues soirées à la douceur d’un jour qui dure en repoussant la nuit aux confins des discussions sans temps mort, souvenirs à l’appui qui soliloquent ou s’entrechoquent. « Te souviens-tu ? » « Je me souviens ! »
Que se passe t il ? L’hiver n’est pas un monstre pourtant tout semble aller dans le vent d’une certaine désolation… Peut-être des tristesses sous jacentes ? Ou des joies malaisées ?
Une certaine lassitude ? Je sonne au portail. L’interphone m’interpelle. « C’est qui ? » mécanise une voix qui ne roule pas les « R ». J’entre et traverse un jardin, par une allée aux couleurs ocre. La porte s’ouvre devant moi. Thierry m’offre sa main.
Je commence sur la pointe des pieds… « Thierry, tu es passé à autre chose ?
Thierry Henry : Soyons sérieux deux minutes… Ma carrière est entachée ? C’est vrai… Mais celle des irlandais se fera sans la Coupe du Monde en Afrique du Sud… Attention, je ne suis pas le prêtre des résultats. C’est une simple constatation.
Izno : Un peu froide, tout de même…
TH : Excuse moi, je croyais qu’il fallait être sincère… Je suis extrêmement désolé d’avoir fait main !
Izno : Je ne te crois pas une minute. Tu joues un triple, voire un quadruple jeu, là ! Tu es content d’être à la Coupe du Monde mais, à la vérité, tu maudis ta main !
TH : Que veux tu que je fasse ? Je ne vais pas me la couper ! Pourtant… Je préférais le Thierry Henry d’avant cette main. Je ne suis pas le footballeur d’une main…
Izno : C’est un fait. Tu devrais d’ailleurs dire : j’ai été le footballeur d’une main pendant quelques semaines.
TH : Je ne te suis pas !…
Izno : Tu n’as pas fais ta main en ¼ de finale de la Coupe du Monde ni en finale de la Ligue des Champions…
TH : En même temps, je ne suis remarquable pour rien non plus… Sinon pour mon image un peu lisse ! Je ne suis pas dupe de ce que je représente. Mon charisme n’a rien à voir avec celui de Zidane, qui était un génie pur, éclatant de classe sur un terrain. Ni avec celui d’un Cantona, qui avait une stature de chef rebelle. En fait, je suis une vedette très professionnelle. Un type présent au plus haut niveau depuis plus de dix ans. Et je ne prends la parole que depuis peu de temps…
Izno : Tu es François Hollande ?
TH : Tu veux une claque ?
Izno : C’est vrai que c’est un geste qui aurait été fabuleux lorsque tu avais 20 ans… Quelle formidable façon de lancer sa carrière !
TH : Ou de la griller ! Avec la vague de médiatisation que j’ai pris derrière, à 20 ans, ça aurait été un peu dur à avaler…
Izno : Tu aurais balayé ça d’un revers de la main… ! Et sans rire : quel éclat, d’un coup, dans ta carrière ! Pourquoi n’avoir pas eu de geste déplacé plus tôt ? Pourquoi une carrière aussi rectiligne ?
TH : Je trouve une certaine grâce à cette carrière rectiligne, comme tu la qualifies. Je ne suis pas sur un terrain pour faire le show, mais dans le cadre de compétition que je veux gagner.
Izno : Ca manque un peu de sang ! Ta main en a mis…
TH : C’est fou… Tu me ferais presque un hymne à la main !… Pour me vendre quoi ? L’idée que je suis plus « charnel » maintenant que … que j’ai mis la main !
Izno : Mais oui ! Henry c’est un type qui n’a pas un pète de graisse, élégant comme un mannequin et sérieux comme un pape, un type qui traverse les terrains avec un égal sens de la course qu’on dit racée pour athlétique, un attaquant dont on se souviendra qu’il prenait les défenses de vitesse et à revers, enroulant ses frappes depuis l’entrée de la surface de réparation !… Et c’est un type qui n’a pas hésité à mettre la main. Une petite seconde, c’est long. Ton instinct a voulu gagner ! Tu fêtes moins le but de Gallas, dans ta course, que le fait que la main n’ait pas été vue… ça te sidère tellement, que tu es d’autant plus en joie du but !
TH : Je ne l’avais pas vu comme ça jusqu’à présent…
Izno : Tu n’es plus un fantasme pour adolescente en mal de photos propres. Maintenant, tu es un objet de désirs mûrs. Affirmés. Henry est moins glabre ! Moins lubrifiant… !
TH : Je suis un footballeur…
Izno : Changeons de sujet ! Messi vient de l’avoir… Toi, tu ne l’auras jamais, le Ballon d’Or ; injuste ?
TH : Zidane ne l’a eu qu’une seule fois, c’est-à-dire autant que Michael Owen… Le Ballon d’Or récompense une saison individuelle. Je me console en me disant que je me suis fondu dans les collectifs de mes équipes… ! Je n’échangerai pas mon palmarès contre un Ballon d’Or.
Izno : Ce n’est pourtant pas antinomique, au contraire : le Ballon d’Or est souvent la cerise sur une saison de gâteaux !
TH : Disons alors que le Ballon d’Or préfère l’éclat d’une saison à la beauté de onze ou douze !
Izno : C’est joliment dit ! »








