Diatribe Blanche
On le comprend, Cédric Rouquette, le manque d’inspiration est parfois cruel. Est-ce un manque, à tout le moins une panne. L’envie n’est pas là, ou plus bien. On le comprend : du côté de Subfoot on a passé les fêtes avec un ballon dans le congèl, et on a presque oublié de l’enlever. Ouf, pour un peu, le site mourrait de froid, ce n’était qu’une sieste sous la neige, une panne cryogénique !
Cédric Rouquette doit connaître des pannes cryogéniques. Mais il est payé pour n’en avoir pas, ou passé par-dessus. Il passe par-dessus et signe l’article suivant sur lequipe.fr : http://www.lequipe.fr/Football/breves2010/20100107_190526_le-foot-n-est-plus-ce-qu-il-sera.html, « Le foot n’est plus ce qu’il sera », mise en scène rébarbative de l’idée selon laquelle non, chaque nouvelle génération n’est pas décadente.
Quel est le propos exact de Rouquette : prenez le témoignage de Di Stefano et, vous verrez, vous apprendrez que le foot d’aujourd’hui n’est pas un foot business, et que le football d’hier n’est pas le football de papa.
Ça commence mal à vrai dire : une reprise de Million Euro Football (http://www.subfoot.com/artman2/publish/Ordre_du_jour_35/Chapon.shtml), de ses débats de Noël et même de ses citations entre guillemets, quoique les conversations devant les dindes soient universelles, il y a plusieurs manières de farcir, et de choisir le dindon.
On s’attachera davantage à la suite, par fair play. Elle est édifiante et part de deux principes à double facette :
Le premier principe : le football d’aujourd’hui n’est pas un football business, et je suis le chevalier blanc qui ne s’est pas ému de la main de Thierry Henry.
Le second principe : le football d’hier n’est pas un football de papa, et je suis le chevalier blanc qui vous rappelle que de tout temps l’argent et le football ont eu des liens étroits.
Deux belles affaires ! Mais de mal menées… hélas.
Par ordre chronologique : dénier toute progression historique au foot en voulant gommer des différences, nuances, entre le football d’hier et d’aujourd’hui, c’est plonger le ballon rond dans un nuage de banalité aussi blanc que la neige qui recouvre l’hexagone. Ainsi, de Di Stefano à Henry, il n’y aurait pas de différence ? Quelle tristesse… Fort heureusement, la réalité est plus complexe que l’esprit simplificateur d’un chevalier blanc qui s’improvise… De Di Stefano à Henry, le football a considérablement changé, l’histoire du foot existe, il serait intéressant de la connaitre et d’en faire un peu de pédagogie, sinon quel intérêt d’être un journaliste sportif ? … Pour les curieux qui aiment lire et veulent se cultiver, nous indiquerons deux références littéraires qui dépucelleront les esprits encore formatés autour des seuls noms de quelques stars du jeu.
En 1, lisez « Les enragés du football », et découvrez les raisons profondes de l’expression utilisée en citation de Di Stefano : « Les footballeurs étaient des marchandises ». Pour le cas français, Kopa et Fontaine iront jusqu’à comparer le footballeur à un esclave, c’est que le contrat qui lie un joueur à son club n’est pas celui d’aujourd’hui, et il faudra mai 68 notamment pour faire évoluer une situation qui changera en en 1969 avec la mise en place du contrat à temps. (pour les curieux : http://www.wearefootball.org/hors-jeu/39/lire/le-mai-68-des-footballeurs-fran-ais/)
En 2, lisez « Des années de braise aux années de pèze » de Jean Norval, qui prolonge le plaisir footballistique sur le terrain des mots et parcoure les décennies du foot en situant notamment l’âge d’or du football, et son nœud gordien, à la Coupe du Monde de Mexico, en 1970.
Avec Norval, on explore les évolutions tactiques du foot, et les différents types de relation aux médias, aux publics, non pas dans une formulation binaire, football business / football à papa que Rouquette dégomme en entretenant (puisqu’il n’avance rien d’autre), mais dans une analyse complexe qui fait bien apparaitre que si le jeu reste bien le jeu, le football lui, de Thierry Henry, n’est pas tout à fait celui de Alfredo Di Stefano !
Baste, la conclusion est pire : elle a trait à la main de Henry. Qui serait comme une preuve que le foot reste un jeu et que le foot business n’est pas une réalité nouvelle, ou pas une réalité tout court (on ne sait plus bien à vrai dire ce qu’est le foot d’hier et d’aujourd’hui, peut-être un football de papa business ?!). La main de Henry, c’est une main comme Di Stefano en a fait dans sa carrière. Voilà, fin de l’analyse. Dans trente ans, Henry en parlera comme Di Stefano en parle aujourd’hui. Ah bon. Oui, Rouquette conclut avec 30 ans d’avance, costaud.
Mais n’attendez pas de la nuance. N’attendez pas qu’on dissèque les choses, que la main d’Henry soit analysée d’une part comme un fait de foot, sport/jeu, et comparée certes à une main de Di Stefano, ou du futur petit-fils de Thierry Henry, et d’autre part comme un fait de foot, secteur économique, et inscrit dans un contexte, qui ne peut pas être aussi grossièrement ignorée.
Dans le football de papa business de Cédric Rouquette, rien ne bouge rien ne change. Pour défendre le jeu, Subfoot préfère imaginer que le foot a une histoire. Et que la main de Henry, si elle est un fait de jeu incontestable (http://www.subfoot.com/artman2/publish/international_2/L_arme_gauche.shtml) n’en reste pas moins, dans tout ce qu’elle a entrainé autour du terrain (les frontières du terrain, ça serait un beau sujet, non ?), une expression certaine d’un jeu qui n’a plus tout à fait avoir avec celui que pratiquait Di Stefano, qui ne valait pas un boeing.








