3 mars, France –Espagne, future finale de la Coupe du Monde
Le métro parisien est unanime : c’est du lourd qui s’annonce le 3 mars prochain au Stade de France. Publicité à l’appui, le décor est planté et le menu se déroule de station en station. Outre le spectaculaire du jeu, ce sont surtout les stars qui seront là : Casillas, Torres, Ribéry, Anelka… Quatre noms parmi d’autres, quatre photos pour les yeux des voyageurs ratatinés. Un vrai baume au cœur.
Cet arsenal communicant mis en place par la FFF, en appui d’un sélectionneur désormais prêt à discuter avec ses détracteurs sur un ton constructif (cf. l’interview Domenech – Fernandez) n’enlève pas son intérêt prémonitoire à la partie qui s’annonce. France Espagne, c’est un remake de la dernière Coupe du monde, lors d’un huitième de finale qui avait marqué la totale mainmise de Zidane sur le jeu français et mis la sélection tricolore sur orbite jusqu’à la finale. Ce précédent appelle forcement une suite, à quelques mois de la nouvelle édition mondiale.
L’affiche du 3 mars a-t-elle du crédit comme future affiche de la finale ?
Côté français, c’est du pour et du contre, et souvent pour les mêmes critères :
- Vieira : meilleur milieu de terrain bleu au meilleur de sa forme, ne l’a plus connu depuis plusieurs années, ressortant même symboliquement diminué d’un Euro auquel il a participé depuis le banc, une blessure et des flous médicaux en guirlande.
- Domenech : décrié unanimement (comme ça c’est dit, personne ne retournera sa veste impunément comme après 98), le sélectionneur est tout d’ambigüité. A-t-il ou pas la confiance du vestiaire ?… En attendant, il a une finale de Coupe du Monde au CV, ce que l’ensemble de ses détracteurs n’ont pas.
- Des leaders techniques que la saison économise : Ribéry et Henry sont incontestablement deux joueurs exceptionnels. Le premier est considéré à juste titre comme un match player, le second a l’un des plus beaux palmarès des joueurs en activité. Mais l’un comme l’autre ne sont ni dans une saison supersonique, avec tous les avantages que cela représente en gain de fraicheur, ni des leaders de vestiaire, quoique Henry prenne une envergure réaliste de capitaine au fur et à mesure de sa carrière.
- Les sélectionnés probables construisent un collectif équilibré : à chaque ligne se dégage au moins un joueur de rang mondial (Lloris au cage, Evra en défense, L. Diarra au milieu, Sidney Govou pour la troisième mi-temps, etc.). Cet équilibre de bon aloi n’a pourtant pas permis de dégager un onze type, qu’on guettera d’ici au mois de juin et, surtout, de voir émerger l’habituel capitanat tactique du terrain… Qui est le chef des troupes parmi les joueurs bleus ?
- Tout à prouver, voilà une expression somme toute banale mais qui résume assez bien l’aspect psychologique qui a toute sa place dans l’analyse. Les Bleus manquent forcément de confiance après leurs éliminatoires acquis à l’arraché… ce qui les a de fait mis dans une position doublement confortable : Ont-ils vraiment quelque chose à perdre au mondial, alors qu’ils ne sont pas attendus comme favoris, à la différence notoire de 2002 ? Face aux critiques, le compétiteur aguerri n’a qu’un vœu, inverser la tendance, et gagner. L’adversité a du bon, en résumé.
Côté espagnol, on serait tenté de présenter les choses dans une sorte de raisonnement à deux faces.
D’une part, il y a l’incontestable d’une sélection alléchante. L’Espagne s’avance vers la Coupe du Monde avec moult certitudes acquises de hautes luttes et de fraiches victoires. Si les espagnols ont souvent présenté des sélections impressionnantes par leurs composantes individuelles, ces promesses ont la plupart du temps été suivies de flops retentissants, faisant dire aux plus zélés que l’Espagne serait à l’Euro 2008 –et comme d’habitude ! un soufflé général (j’en étais…. !). Pour cette Coupe du Monde, l’équipe ibérique arrive avec ses deux petits génies d’exception : Iniesta et Xavi, lutins aussi fantasques balle aux pieds qu’ils sont glus sur le dos de l’adversaire, récupérant haut, jouant vite. Rien de neuf à vrai dire, ces lutins ne se révèlent pas cette année. Mais une belle certitude avec une paire de vista impliqué aussi bien dans la création que la pression défensive.
D’autre part, on se demande si la performance de l’Euro a des chances de se répéter. L’Espagne a beau venir en Afrique du Sud armée des plus fines gâchettes de la Liga et de Liverpool ( !), elle reste une équation imprévisible, pas le genre dont on ferait un adage célèbre comme « Le foot se joue à 11 contre 11 et à la fin c’est l’Espagne qui gagne. » Si le triomphe de l’Euro ne tenait pas du miracle, son rappel sous format mondial laisse planer le doute. Le mondial n’a pas l’habitude de récompenser de nouveaux venus, ses vainqueurs font partie d’un cercle restreint où la France s’est fait une place après bien des campagnes méritantes mais vaines. L’Espagne, elle, n’a même jamais joué une demi…
Pour compléter la réflexion, on s’intéressera brièvement à des éléments extérieurs aux deux équipes. Un France – Espagne en finale de la prochaine Coupe du Monde tiendra tout autant de leur réussite que de l’échec des autres équipes.
A l’heure actuelle et à quelques encablures de la compétition, on serait facilement tenté d’émettre de sérieuses réserves sur les chances argentines, l’Argentine si pourvue en attaques mais si peu équilibrée, alors qu’on émettra évidemment l’idée que l’Angleterre et le Brésil n’arriveront pas masqué. L’Allemagne et l’Italie ne font pas rêver. La Hollande déçoit avec un sens suisse de la régularité. Le Ghana parait jeune et les russes ne seront pas même là.
Bref, il y a de la place, qu’on voit sévèrement disputée. Et la France et l’Espagne peuvent très bien tirer leur épingle du jeu. Le 3 mars prochain, le remake du 1/8ème de 2006 pourrait bien être la répétition générale d’une affiche glorieuse du prochain mondial. Sans Zidane cette fois, mais avec Xavi et Iniesta. Avantage Espagne.









