Du sang et des larmes

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J’adore ces déséquilibres, ces situations où tout est possible et rien n’est figé. Tout le monde dit tout et son contraire mais aucun leader, aucun meneur n’arrive à faire taire le poulailler et à guider la volaille.

Les meilleurs sont quand même ceux qui n’ont jamais nagé mais toujours jugé les nageurs : C’est regrettable de voir ce jeu qui n’est pas bon, d’observer qu’on a de belles individualités mais que le sélectionneur n’arrive pas jusqu’à présent à en faire une équipe » disait Rama Yade le 5 mars 2010 selon Le Monde.fr.

C’est bon, c’est bon cette façon de balancer un grand coup de pied dans la tête de celui dont la nuque repose sur le trottoir et de le faire publiquement. Cela veut dire que le champ du possible est grand, immense, infini. On peut tout s’imaginer. Que Domenech continue sous les huées comme Jacquet en 1998 (qui se souvient d’un Maroc-France 2-2 de préparation avant mondial absolument pathétique et sûrement bien plus mauvais que le France-Espagne d’hier), qu’il démissionne pour raison d’Etat ou encore qu’il se suicide comme Beregovoy. Tout est possible et personne n’y pense.

Personne n’y pense. Parfaitement. S’il se pend à un arbre de son jardin en short blanc, maillot bleu et chaussettes rouges, je voudrais bien voir la tête des Yade, Dugarry, Larqué, et tutti quanti. Ils ne vont quand même pas se demander s’il portait des Adidas ou des Nike.

Comme tout est possible aujourd’hui, on peut penser que oui. Mais demain, après la descente du pommier, plus rien ne sera possible et le mot sera de mauvais goût.

Aujourd’hui, il n’y a pas de pommier, pas de corde et pas de Domenech la nuque brisée. Alors on peut y aller.

Par ailleurs si j’étais Domenech, n’ayant plus rien à perdre -il n’aura vraisemblablement pas de Ministère en juillet…- je jouerais le tout pour le tout, un peu comme ce personnage de publicité qui venait de gagner à la loterie nationale. A poil et je vous emmerde. Un peu mais en plus subtil. Je jouerais le tout pour le tout et advienne que pourra. Parce que là, à ce rythme, on n’est même pas sûr de pouvoir finir le premier tour, tellement ça jazze.

Vas-y- Raymond, retrouve ton âme de boucher, fais suinter ta moustache par de petits coups de langue intempestifs et vifs. Fais craquer les phalanges de tes dix doigts, de tes dix orteils, les dernières vertèbres de ta colonne vertébrale. Etire-toi, gueule un bon coup montre-nous que tu as des couilles, perdues depuis 2005 quand tu avais rappelé Zidane, Makelele, Barthez et Thuram, perdu dans des phases éliminatoires lamentables (déjà).

C’est le moment de jouer ton jeu, de ne plus te faire imposer la loi des anciens de 1998, d’Adidas, d’Escalettes, de Houiller et de tous les personnages publics qui ne voudraient surtout pas ta place mais rester bien au chaud dans leur costume de dézingueur d’ambulances.

Première étape, planification : tu arrêtes une liste de 28 joueurs, comme Mémé. Tu planifies ton petit week end à Tignes et tu en vires cinq comme Mémé. Ca n’avait pas été si dur de sortir Pirès, si

Là tu recommences, et tu montres en plein début de stage qui est le maître à bord. Cela ne sert à rien de virer Ciani, les autres pensent qu’il n y’ sera de toute façon pas. Non il faut virer les petits roitelets, ceux qui veulent faire la loi mais se cachent quand ça ne va pas. Il faut virer ceux qui ont déjà tout gagné.

Tu viens devant les caméras de TF1 et tu commences lentement à donner des noms. Un peu comme aux Oscars, ou plutôt aux examens de baccalauréat, calme et posé ou encore mieux à la Castaldi dans un jeu de téléréalité. Tu attends, tu fais durer, tu regardes les tronches des 28 qui seront dans la salle pour encore une fois montrer qui a décidé. Tu ne la joues Capello quoi, tu décides.

Tu commences

« Ne viendront pas à la coupe du monde en Afrique du Sud : Therry Henry » et là de la salle monte une rumeur, un souffle d’étonnement puis tous se tourne vers le capitaine ou plutôt l’ex-capitaine, la bouche ouvert (comme toujours), les yeux exorbités, incrédule. Les autres se partagent en deux camps. Les barons qui, il y a deux minutes paradaient comme des pachas, affalés sur leur chaise, se raidissent, s’attendent au pire, ne comprennent pas, se disent qu’ils rêvent, que Raymond leur a fait une mauvaise blague. Henry c’est une part d’eux-mêmes. On les saigne au flanc avant de s’attendre au pire, au cœur.

Là tu as le choix, soit tu ne dis rien en bon manager que tu es. S’expliquer c’est ouvrir la porte à la polémique. Décider c’est ton choix et tu l’assumes. Tu es payé pour cela, encore un mois, pas un de plus. Ou alors tu dis juste une phrase pour montrer ta puissance dévastatrice et annoncer ce qui va suivre : la fin du monde « de toute façon, il a beau être le meilleur buteur de tous les temps de l’Equipe de France, aujourd’hui, il est mauvais. Si je me basais sur les statistiques du passé, je prendrais Juste Fontaine. Il est bon en coupe du monde. » Si tu oses aller si loin, je retourne ma veste et jure de ne plus jamais t’appeler le boucher.

« Ne viendra pas non plus : Nicolas Anelka » Nico lève la tête pensant en regardant le sol que tu allais passer par-dessus son nom. Deux hommes de la sécurité l’encadrent pour le sortir de la pièce. C’était sa dernière chance. Là aussi, tu animes, pour faire monter la sauce, à la Castaldi, bien vulgaire et de mauvaise foi (tu sais faire): «  Nico, il marche. En Afrique du sud, il y a du dénivelé, il n’avancera pas. Et puis, il n’a aucune expérience en coupe du monde à plus de trente ans, ce n’est pas un hasard. »

« Suivant : Escudé » Pas de rumeur cette fois, contrairement aux deux premiers. Faut pas déconner, Escudé c’est une chèvre, tout le monde le sait et personne ne le dit. Là tu es dur : tu ne donnes aucune explication, comme une évidence.

« Alors attendez que je m’y retrouve, Henry, Anelka, Escudé,… Ah oui, Ribery. » Là c’est la révolte, les journalistes se lèvent, tous, sauf Carlier et Menes qui voudraient bien mais ne peuvent pas. Et tu relances, « mais non, c’était pour détendre l’atmosphère » et surtout pour remettre ce petit con de Bavarois à sa place. Il a sué sur sa chaise et ne demandera plus jamais le flanc gauche, réservé à ton chouchou de 2006, Florent Malouda.

« Ne viendra pas non plus » Les journalistes se rassoient « Patrick Vieira ». Peut-être ta seule erreur. Viera ne joue peut-être pas mais il a plus de couilles que les 60 millions de Français réunis. On entend miauler dans la salle, c’est Gallas qui geint, le nez plein de moque et les yeux embués. Il appelle sa mère. Il se prend pour un passager de Boeing au-dessus de Manhattan un matin du 11 septembre. Aucune pudeur. Sans te retourner, tu gueules « Chiales pas Willi, tu en seras ». Les gémissements s’estompent, les journalistes respirent, les joueurs battent des records d’apnée.

Il en reste deux et là tu atteints le summum de ta gloire « Que ceux qui ne sentent pas de partir avec les 23 autres en Afrique du Sud s’avancent vers moi ». Boumsong ne bouge pas. Quel con. Ribery n’a pas compris, il est prêt à se lever quand Govou le retient. Pas con Govou. Il sait que Ribery va prendre le flanc droit mais sans lui. Même la Corée du Nord bat la France. Gignac se lève, revoyant l’image de Stéphane Guivar’ch entrain de vendre des piscines après la coupe du monde. Personne d’autres ne s’avance. Djibril sourie bêtement.

Domenech se retourne, regarde Boumsong et lui dit « Tu as oublié de te lever Gérard. » Boumsong regarde autour de lui ne comprend pas et Domenech de continuer « Gérard ou Kevin, je m’en fous, tu restes à quai mon coco » Et tu ne laisses la place à aucune révolte, pas la moindre petite braise de contradiction.

« Voilà, la séance est terminé. Il n’y aura pas de questions et donc pas de réponses. Je vous donne rendez-vous en Afrique du Sud Messieurs. » Puis regardant la caméra droit dans les yeux : « Estelle, j’arrive à 19h00 pour le dîner, fais en sorte que ce soit prêt. »

Menes pleure, Carlier hurle. Non, demain personne ne pourra être aussi méchant que toi, ce soir-là Raymond. Tu as repris la main.

2 Comments

  • Mouloud
    8 mars 2010 | Permalink |

    Et s’il prenait Pirès à la place de Gallas?

  • othman_A
    9 mars 2010 | Permalink |

    Dans une telle équipe, je pense sincèrement qu’un Pirès à sa place. Et même, pourquoi pas un Trezeguet chasseur de but gonflé de revanche.

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