Longue nuit

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Tout arrive. Les voyages les plus insolites, et les nuits les plus courtes. On croit avoir « tout » vécu ou, plus vraisemblablement, qu’un nuage de cendres confère des galons de voyageur en commun aguerri. Puis la vie continue. Quelle ronde !

Il fallait être devant sa télé hier au soir, pour attendre de pied ferme l’éventuel sacre marseillais. On était dans des gares de train. Dans des trains. Entouré d’hypothétiques horaires, de compagnons de rails aux rires nerveux et aux fatigues frustrantes. On défiait le sommeil et traversait la France à un rythme médiéval. Longue odyssée sans héros, sans trompettes.

En gare de Narbonne, l’organisateur des voyages ferrés faisaient entrés en train des plateaux repas exceptionnels. « Exceptionnel », le terme était lancé, la soirée l’était elle par ailleurs ?, on profitait de l’arrêt pour mettre un pied sur le quai, prendre l’air, fumer une cigarette. On comblait le vide par du vide. La nuit suivait des scènes nocturnes inhabituelles. On ne se rappelait même pas qu’il y avait du foot, ce soir là. On avait pourtant bien lu L’Equipe, mais c’était il y a plusieurs heures, sur les rails déjà. Une lointaine éternité d’une longue patience décousue.

Sur le quai, entre deux tafs, on a entendu les agents ferrés recevoir par radio le score de Marseille – Rennes. Avec l’accent du sud, certains d’entre eux se sont réjouis.

Le voyage touchait un autre fond.

La nuit se drapait d’un noir intense.

Marseille était champion.

Marseille.

Ce même club vu quelques jours auparavant battre une ASSE limitée avec des moyens de relégable plus que de champion. Au sortir d’une année européenne enthousiasmante pour les clubs français, au cours de laquelle Bordeaux a rivalisé en termes de jeu avec les plus grandes formations continentales, avant de s’écrouler, au cours de laquelle l’OL a fait preuve d’un réalisme et d’une volonté de vaincre digne des clubs les plus aguerris du haut niveau, voilà que se profile un des champions les plus pauvres de la décennie, parce que cet OM ne fait rêver que les supporters de son club et les journalistes gracieux, pour ne pas dire complaisants.

Les supporters font la fête. Ils ont raison.

Les journalistes tressent des louanges. On s’interroge ! Faut il que Deschamps entraine cette équipe pour qu’elle puisse recevoir des compliments, tant elle est peu attirante. On y verrait presque, depuis le quai et la nuit, un champion comme il faut à la Ligue 1 qui, disons le, sans manquer de piment, manque un peu de… consistance.

La passion Valbuena a tous les airs d’un opéra-bouffon. La passion Niang ressemble à la starisation d’un joueur de basket américain viré des franchises NBA mais conquérant la Pro A. On soupire doucement en pensant avec tendresse aux mouvements bordelais de la saison dernière, aux coups-francs de Junhino.

Mais comme on remonte dans le train, qui ne s’emballe pas plus qu’il ne s’emballera jamais dans cette nuit noire, et dans lesquels les passagers gouteront à des plateaux repas de service public propres à faire vomir un animal de compagnie, on se remet les idées en place, doucement.

Marseille champion c’est une Ligue 1 à la hauteur de ses moyens. Mais c’est, avouons le, une sorte de promesse. Deschamps, comme Blanc, impulse une belle dynamique dans les groupes qu’il dirige. On lui donne du crédit en pensant aux saisons qui arrivent. On le voit bien construire, surement, une équipe qui aura plus de gueule que celle-là et qui, fut elle championne, n’embrase que la Cannebière et les rédactions qui rechignent à s’emballer pour Lyon.

La prétention des supporters marseillais peut seconder celle des lyonnais. Là encore, la transition marine et blanche n’aura pas duré.

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