Ordre de marche
Deuxième demi-finale de la Champions League commentée par notre consultant yugo à deux dinars depuis son fauteuil du salon. On lui connaissait déjà une passion avouée pour Porto mais cette fois ci, il y va fort en réactions chaudes, notamment à propos de la qualité des commentaires de nos chers amis journalistes suisses romands (eh oui encore et encore, je sais vous allez nous accuser d’acharnement, mais c’est aussi ca Subjectifoot) Subjectifoot n’était pas connu pour ses doux propos envers nos griots locaux. Nous tenons donc à adresser un avertissement aux âmes sensibles – si vous êtes plutôt favorablement disposés à la rédaction sportive de la TSR, détournez votre regard en zappant sur votre browser, car ça va barder.
Le consultant yugo à 2 dinars
FC Porto : Deportivo 0–0 suivi sur la TSR
le jeune et le vieux
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Initialement, cela ne m’avait pas frappé autant. Bien sur, le commentateur (dont je tairai le nom pour ne pas lui faire de la pub, ni lui faire trop de tort) se trompait sans cesse dans les faits, cafouillant abondamment l’identité des joueurs, notamment celle des défenseurs portugais (ils s’appelaient tous Nuno ou Joao). Attentif au match, je ne prêtais, à ce moment, pas d’oreilles aux propos arrogants à l’égard de la qualité de celui-ci, me disant que leur métier impliquait implicitement l’apologie du Grand Spectacle et du suspense Hitchcockien. Mais passée l’heure de la rencontre, la moutarde a vraiment commencé à me monter au nez. Pour illustrer, voici quelques exemples:
69ème minute Magnifique ouverture à courte distance dans le dos des défenseurs espagnols de Deco pour Jankauskas, dont le démarrage est un poil en retard, et qui ne réussit pas à exploiter la brèche ouverte pas son co-équipier. Commentaire du romand : « encore une imprécision de Deco »
71ème minute Une énième erreur de noms de joueurs, le commentateur confond Ricardo Carvalho avec le remplaçant Pedro Mendes, qui venait pourtant de rentrer.
75ème minute Alors que chaque mouvement de jeu du Porto est composé d’au moins 10 à 15 passes (dans une moindre mesure pour le Deportivo) d’une élégance égale à celle montrée dans les matches précédents, notre commentateur s’exclame: «Incroyable, le nombre de passes manquées, d’approximations… ». Je me demande même s’il connaît le sens du mot « approximation »
80ème minute Course de 15-20 mètres de Carlos Alberto, en rupture de ses défenseurs le poursuivant, suivi d’un tir fort et parfaitement cadré mais qui (malheureusement pour lui) se trouve directement sur la trajectoire de Molina. « Tir un peu faible » selon notre expert.
83ème minute Alors que les joueurs du Deportivo viennent de récupérer la balle à gauche de leur moitié du terrain et la font circuler d’abord vers l’arrière pour ensuite repasser à droite dans un mouvement fluide et nubile de 5 à 10 passes, le spécialiste de service s’accorde enfin a admettre que (à prononcer avec l’accent genevois d’un vieux con, assis bourré dans un bar…comme si vous y étiez) : « Il y a quand même de la maîtrise technique dans ct’équipe espagnole ».
Fin du match En studio, l’autre confrère ricane et ponctue avec cette fine analyse « spectacle désolant au niveau du spectacle pur »
Messieurs, avant de vous administrer la gifle intellectuelle que vous méritez, un petit rappel des principes de base : le football est un sport engagé qui met en action deux équipes de 11 joueurs chacune, dont le but est de ne pas encaisser de buts et d’en mettre à l’autre équipe. C’est un sport d’une complexité élevée ou se mettent en applications des qualités physiques, techniques, tactiques et mentales.
De cet angle de vue, ce match a amplement tenu ses promesses, au même titre d’ailleurs que le match retour Real Madrid-Bayern (1-0) dont la qualité avait trivialement été décriée par ces mêmes énergumènes, pour son caractère accrocheur. C’est un type de match ou les deux équipes ont fait preuves de toutes les qualités citées ci-dessus:
1. Physique – sur le plan purement athlétique mais aussi au niveau de l’engagement et du contact ; pour ceux qui ne l’auraient pas compris, le foot est un sport ou la pression physique fait partie du jeu. Vouloir gagner, surtout à ce stade de la compétition, est normal, et cela implique donc un engagement mental et physique, gagner des duels et garder la possession du ballon. Malheureusement la dérive actuelle liee a la parano de la simulation ne favorise pas cet aspect du jeu. Il est triste de voir que Ricardo Carvalho n’écope que d’un carton jaune pour un tacle violent qui aurait pu terminer la carrière de Manuel Pablo, alors que Andrade est renvoyé directement au vestiaire suite à un geste inutile mais en fait largement amical et naïf envers Deco (triste scène, c’est sur, qui me rappelle l’expulsion de Zola à la Coupe du Monde en 1994), au moment ou cet idiot d’arbitre de Marcus Merck brandit le rouge, Andrade est en train de lui dire en anglais « but it’s my friend »…. A vous messieurs aux âmes sensibles qui souhaitent épurer et censurer le football, si vous voulez regarder un sport « propre », je vous conseille le billard ou encore le curling.
2. Technique – n’importe quelle personne qui a joué au foot sur un grand terrain sait à quel point il est difficile de produire un jeu d’une telle qualité collective (pour aligner 10 à 15 passes de suite face à un adversaire de qualité) tout au long des 90 minutes sans perdre à aucun moment le contrôle du match. Pour ne citer qu’un exemple, Deco a encore une fois fait un match grandissime à l’image d’un Zidane ou d’un Totti, mais bien sur, ce n’est pas assez pour nos consultants favoris, nos têtes de turc subjectives. Loin d’être un match pour « esthètes de la défense », comme le prétendît le consultant Mr Debonnaire, habituellement plus habile dans l’exercice de l’analyse, ce fût un match de fans de football au sens propre du terme. Bravo Porto et le Depor !
3. Tactique – tout fiers de leur constat de la veille des conséquences des choix des entraîneurs de Chelsea et Monaco, nos amis journalistes sont redevenus aveugles ce soir et ne pouvaient apprécier la qualité du coaching de Mourinho et Irureta, qui tous deux ont réussi « leur coupd’pokeeer», c’est à dire tenter des changements pour faire basculer la rencontre, mais sans pour autant affaiblir le dispositif tactique de leurs équipes.
4. Mentale – j’abandonne, ça sert à rien, de tout de façon ils ne comprennent rien ses mecs.
En conclusion : messieurs les journalistes télévisuels professionnels romands, vous avez ce soir encore démontré votre médiocrité par votre arrogance et infantilisme injustifié, toujours à la recherche du spectacle sensationnel, au mépris de l’art footballistique. Il est maintenant encore plus clair pourquoi vous-vous êtes extasiés sur des matches d’une nullité accablante comme la demi-finale de coupe de suisse Grasshoppers : FC Zurich (6-5 !) en mars dernier – (voir archives). Dans ces matches là, soit disants « fous », « débridés » pour reprendre vos clichés préférés, composés d’un best-of de bourdes, cafouillages, gestes futiles, balles en cloches et d’auto goals ridicules, le spectacle est effectivement plus facile à regarder, ça ne demande pas beaucoup de connaissances en football. Si on y rajoutait un peu de feu d’artifices et quelques holà du public, voilà ce qui constituerait une soirée parfaite à votre niveau. Le jeu construit, collectif et contrôlé, où chaque homme connaît sa place et s’y tient, c’est vraiment pas pour vous. Franchement, si vous voulez du spectacle, allez au cirque et libérez l’antenne !
PS. La rédaction à 2 balles tenait quand même à tirer un coup de chapeau à cette chaîne (TSR), qui est une des seules en Europe ayant systématiquement diffusé les matches de CL du mardi ET du mercredi gratuitement (ou quasi gratuitement si on pense a la redevance) au téléspectateur. Ce fait est appréciable, à l’heure ou les diffuseurs privés s’entretuent pour nous proposer des soirées à 15 euros. Mais comme l’on dit chez nous : « On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre »