En lisant le venin de quelques collègues britanniques du Sunday Telegraph en rentrant de Londres ce week-end, je décidais de m’imposer, tel un moine bouddhiste, une autocensure quant aux aventures prochaines des Blues. Les Italiens appellent cela «silenzio stampa». Je ne m’exprimerai sur le sujet que dans le cas de la victoire des hommes de Jo Mou. A côté de ce que je vous concocterai à ce moment là , le venin que j’ai pu distiller jusqu’ici aura un goût de miel.
Ainsi le Prince Omar me passait son billet aller-retour pour Milan la mondaine afin de suivre la rencontre des hommes de Guus contre ceux de Carlo. Le flacon serbe n’est pas rangé pour autant, et j’ai bien l’intention d’en abuser en vous balançant des petites boules de papier/crachat dans la nuque au moyen de ma paille XXL du McDo.
Ma victime principale du soir sera l’hôte. Ce qui commence vraiment à me taper dans le caisson avec ce Milan c’est la facilité avec laquelle les rouges et noirs font l’unanimité parmi l’intelligentsia footballistique. En terme de comparaisons avec le monde de la musique pop, on pourrait dire que le Milan joue du même statut que Bob Marley, car tout le monde s’accorde à dire qu’ils les respectent et peu de personnes s’osent dans la critique. Même ce gaucho de sociologue, leur a fait les yeux doux dans un article récent.
Silvio en vacances en Camargue
Silvio possèderait t-il des gorilles plus persuasifs que ceux de Roman? Comment expliquer tant de respect pour une équipe qui pourtant exhibe un bon nombre de caractéristiques (détestables, pour un certain public aux valeurs morales illuminées) semblables à celles des Blues de Stamford Bridge ou des Merengue de Bernabeu par exemple.
Tout d’abord, le patron (celui qui met la viande dans la soupe) n’est pas très respecté, possédant à la fois un passé et un présent douteux et surtout une grande gueule (voir le match de la peur). Au moins celui de Chelsea sait se tenir et ne tient pas de propos racistes, en tout cas en public, laissant le plaisir de fracasser les médias à son coach.
Deuzio, le Milan possède un budget de proportion éléphantesque avec lequel il pourrait s’offrir un pays de l’Europe de l’Est de taille moyenne, appartenant à la crème de la crème du G14. Cependant, l’on fait rarement allusion à la manière dont cette équipe ne s’est que très récemment refaite une image de succès. On oublie facilement que seulement trois ans auparavant (saison qui précédait le sacre en CL), l’équipe des rossoneris pataugeait son football, défensif et morne à outrance, et galvaudait ses matches, remplis de gestes foireux des grands talents tels José Mari, Javi Moreno et consorts.
Silvio s'est rarement cassé les dents
Ce qui est d’autant plus étonnant, car ce retourné de situation a été principalement obtenu grâce à des achats importants qui ont relancé une équipe en mal d’inspiration. La liste est longue: Seedorf, Pipo Inzaghi, Kaka, Nesta, Stam, Pirlo, Tomasson, et Crespo sont parmi les plus connus, sans oublier l'ex-lyonnais Dhorassoo mais aussi le gâché Rivaldo. Contrairement à Chelsea, qui a suivi une cure d’amaigrissement, principalement du gras argentin pendant l’été 2004, le Milan s’est goinfré de stars en tous genres pendant les pauses estivales de ces deux dernières années.
A ajouter à cela un bon nombre de faveurs « des grands » (habituellement dénoncés chez les Juventines), notamment le bon sort cette année en championnat italien, qui leur a permit de gagner plusieurs matches dans les dernières secondes
C’est d’autant plus irritant, car si le Milan sort vainqueur de la rencontre de ce soir, c’est en grande partie grâce à toute sa bonne étoile qui accompagne si souvent le destin des grands et des puissants de ce monde. Il est vrai que la domination des milanais pendant la première mi-temps fut certaine, mais elle n’en était pas pour autant vraiment enthousiasmante. Les hommes de Carlo bénéficiaient surtout de pas mal de réussite, parfaitement illustrée par le scénario du premier but. Celui-ci, arrivant à la 42ème minute, résulte essentiellement d’un exploit personnel d’Andriy (Sheva), qui humilie un Bouma pesant et mal placé lors de la rupture du milanais, mais qui fut, je vous l’accorde, brillamment orchestrée par le génialissime Kaka. La patte du plus vendable des footeux super models ukrainiens étant toujours aussi précise, Milan profite pleinement de l’opportunité naïvement concédée par les hollandais.
Signalons aussi au passage le match en bémol du frisé Van Bommel,
Et dire qu'il a commencé chez Foucault
capitaine emblématique du PSV et d’habitude plus en rage que le pitbull de Sarkozy, étonnamment apaisé et peu motivé, surtout pendant cette première partie. Les sbires de Galliani auraient-ils déjà réussi à dérouter sa concentration et adoucir sa frappe à la douce mélodie de liasses d’euros de Silvio et d’une place chaude sur le banc du San Siro? En tous cas, Marik n’était qu’une pâle copie de son original et ceci est troublant, voir même rageant (surtout si on est fan du PSV).
De retour des vestiaires, les milanais s’annoncent confiants et nonchalants, ce qui donnera un bon nombre de tracés de sueurs froides dans le dos de la chemise d’Ancelotti. On ne comptera même pas les occasions manquées par les hommes de Guus, notamment le coréen Park, excellent dans le jeu et très inventif, mais peu efficace dans son geste final, comme lors de cette occasion de la 55ème, ou le PSV réalise une très belle occasion à la suite d’un mouvement tout en « une deux » bien construit entre Park et Farfan. Les hollandais ont démontré encore ce soir qu’ils ne déméritaient pas de se retrouver encore en lisse à ce stade de la compétition, mais il faudra qu’ils se penchent sérieusement sur la finition.
La cerise sur le gâteau (pour les rouges et noirs) arrivera grâce au super remplaçant danois Jon-Dahl Tomasson, dont la dynamique reprise de volée du tibia, au raz du sol, cloue le match à la 90ème, contre le cours du jeu, et ainsi peut-être aussi tous les rêves de finale des hollandais.
Seule lueur d’espoir pour les gris d’Eindhoven: l’arrogance et l’autosuffisance des milanais, qui, à l’heure actuelle, sont certainement déjà en train de réserver leur vol aller-retour à Istanbul. L’arrogance dont je parle n’est pas celle des egos outrageusement gonflés des canonniers d’Arsenal du début de la saison, mais plutôt une forme de confiance paisible basée sur le talent, mais néanmoins dangereuse sportivement car elle peut se traduire en une paresse, une nonchalance et un manque d’inspiration en face d’adversaires plus motivés. On a ainsi vu cette équipe du Milan tomber plusieurs fois cette saison dans le championnat face à des adversaires au potentiel bien mois intéressant que celui des hollandais (Bologne, Sienne), ainsi que l’année dernière face au Deportivo de la Corogne (0-4).
L’unanimité d’approbation et d’émerveillement (qui n’est pas volée, soyons clairs, cette équipe joue bien) dont ils jouissent pourrait à nouveau jouer contre eux, s’ils ne se préparent pas correctement et surtout s’ils ne se méfient pas de choper la grosse tête, avant de prendre une surprenante (mais à ce stade, improbable) raclée au match retour.