Le consultant yugo dépité
Le consultant yugo est accroupi dans ses toilettes, vomissant son encre bleue 2004/2005, blotti comme une boule poilue, une réincarnation de Alf en pleine dépression nerveuse. Il est 23h34 et Chelsea vient de perdre sa demi-finale de Ligue des Champions. Pour ceux qui veulent faire des rapprochements faciles, l’on dira que c’est une deuxième demi-finale perdue de suite pour les londoniens.
La rédaction à des attentes peu indulgentes, mais les pleurs d’un gros yougoslave de 34 ans au téléphone, avouez que ça fait mal au cœur. « Nan chef, je n’ai pas le cœur à l’ouvrage, et pis qu’est ce que je vais pouvoir dire, Mon Mourinho qui perd, qu’est ce que je vais pouvoir dire… » A travers ses sanglots de sanglier, je pouvais percevoir une amertume irréversible, un dégoût que même un bon plat de bolognaise ne pouvait relancer.
Soit, je m’y plie, à moi de réagir au derby anglais en Champions League. Lorsqu’un membre de l’équipage met le genou à terre, il est du rôle du capitaine de suppléer à cette défaillance (moyennant une diminution de salaire pour le venin serbe)
Mourinho est un messie avec ce manteau
Première observation : Mourinho a fait tomber le manteau, il l’a troqué contre son nouvel uniforme fétiche, casual mais corporate, le survêt façon Malesani aux couleurs du club, suintant encore de la transpiration de Bolton. Jo est superstitieux, seulement, il a peut-être oublié que le fétichisme a une logique précise qui refuse que l’on mélange les catégories. Jo, un petit conseil pour l’année prochaine, le survêt’ ,pour la Premiership, le manteau, pour la Ligue des Champions. Demandez à Risoli, quand la roue tourne, ça ne tient qu’à des petits détails et ce soir le manteau fut un détail décisif.
Rien à redire par contre sur la tenue de Benitez, impeccable dans un costume ceintré à hauteur des poignées d’amour, rien à voir avec l’imper’ pourri de Houiller, dénotant un manque certain de classe et surtout une franche touche de caractère de loser.
différence de dégaine
Le duo de TF1 ne tarda d’ ailleurs pas à prendre plaisir à commenter le match dans le match Benitez-Mourinho.
La conférence de presse d’avant match de Jo Mou fut classique, de l’intimidation, de l’intimidation et un excès de confiance infaillible, le goujat a tout de même deux titres dans la poche, pour une première année à la tête d’un nouveau groupe. La solidité mentale est une évidence dans ces cas là .
Le rouge est vif, il explose, il éclate et déborde des virages d’Anfield, immiscé dans cette ambiance, le supporter moyen devait se sentir à la fois happé et élevé à l’exaltation spirituelle. Que dire lorsque 4 minutes plus tard, Luis Garcia arrachait une réalisation au nez et à la barbe de Mr Vidéo. Gallas s’embarrasse de bras en l’air, en vain, 1-0 pour les Reds.
Ce scénario, détesté au possible par le stratège portugais lui procure des sueurs froides, en effet, il comptait sur une ouverture du jeu de Liverpool par rapport au match aller, afin de planter ses coups d’épées. Or, s’il fallait trouver un talon d’Achille à Chelsea cette saison, c’est son incapacité à remonter un score. Manchester City, Newcastle, Porto (à signaler, celui-ci fut un match sans enjeu) et la finale de la Coupe de la Ligue contre le même Liverpool. Pour ceux qui avaient suivi la bataille de Cardiff, souvenez-vous de la peine qu’il fallut aux Blues avant de retrouver une réussite inespérée, grâce à l’arrière du crâne de Gerrard venant crucifier Dudek en pleine lucarne. Un coup du sort, un coup de bol qui relevait Mourinho d’une période critique, accusant une pression extrême de la part des médias anglais.
Malgré cette exception, nous le confirmons, Chelsea ne sait pas remonter un score, d’autant que sa tâche fut hier compliquée par l’absence de ses ailiers (Robben, entré en fin de partie mais diminué et le frère de John, Damian Duff). Les nuits furent aussi peut-être un peu longues et arrosées pour les Terry, Lampard, Makelele et Cole suite à la célébration du titre. Le plus dur était fait, le génial portugais l’avait dit durant la saison, la priorité c’est la consécration, 50 ans plus tard, en Premiership, « car c’ est sur 38 matches qu’on prouve vraiment sa solidité, qu'on est vraiment les plus forts, tandis que sur les matches à élimination directe, tout peut arriver »
Le reste de la partie, Chelsea passait son temps a faire circuler le ballon, le plus habilement entre la 10ème et la 30ème minute de la deuxième mi-temps, seulement, sans s’approcher vraiment de Jerzi Dudek. Liverpool défendait, sortait de temps en temps son nez, ravis qu’ils étaient, grâce à leur but d’avance, de bénéficier de la même configuration qu’au match aller : Contenir.
Et il semblerait que l’espagnol a su insuffler cet art à ses joueurs, car battre Juventus et Chelsea au forceps (Capello et Mourinho, si l’on se replace dans le contexte du match dans le match souligné par Larqué et Gilardi), avouez que cela mérite bien une place en finale de la Ligue des Champions.
Je tenais aussi à souligner l’absence de volume à la pointe de l’attaque, mais aussi sur le banc de Chelsea. Les journalistes maladroits se
Joe Cole ŕ West Ham
satisfaisant du classique «cette équipe construite à coups de pétro-dollars russes » oublient que les mêmes joueurs honorant la tunique bleue hier soir, évoluaient il y a deux ou trois saisons, dans des clubs aussi modestes ou non confirmés tels que Blackburn, Rennes, En Avant Guingamp, West-Ham, Beira Mar, réserve de Porto (pas celle des viticulteurs), PSV, Union Berlin, Bolton…mais voilà , Roman a voulu les payer cher, tant pis pour lui.
Le Guru l’a dit, l’argent ne fait pas seulement le bonheur, il ne fait pas non plus la valeur, et Mourinho a tout de même réalisé un exploit sans précédents en amenant ce groupe, là où il est aujourd’hui. A l’exception de Makelele et Geremi qui proviennent du Real Madrid, aucun joueur de Chelsea, n’a remporté de titre majeur au niveau européen. Le travail de José est d’autant plus méritoire au regard des stats de ses attaquants, Drogba et Gudjohnsen, une dizaine de buts, Kezman, une calamité, laissant des milieux de terrains prendre le dessus sur leurs manque d’efficacité (Lampard, Cole et Robben). Encore une fois hier soir, les attaquants du Chelsea firent la démonstration de leur réelle faiblesse à ce stade de la compétition. Izno va se fâcher, mais Drogba est un bon joueur de championnat de L1 mais n’arrive pas à la cheville d’un Shevchenko et Kezman aurait sa place dans un film burlesque aux côtés de Charlie Chaplin, ratant tous ses contrôles, constamment en retard sur ses tacles et incapable de toucher le ballon du pied. Quant à Gudjohnsen, sa technique est certes présente, mais que vaut-il lorsqu’on sait qu’au même poste (ou similaire, le Milan AC n’évoluant pas selon le même dispositif tactique) au Milan AC joue un certain Kaka ? Que dire de la flagrante expression d’impuissance offensive lors de l’entrée de Huth au poste de Shaquille O’Neal des surfaces. Gilardi et Larqué en étaient médusés, ignares, ils ne savaient même pas que le géant allemand est habituellement défenseur central.
Mourinho n'est peut-ętre pas si fort que ça
Mourinho a démontré qu’il n’était pas la personnification du Dieu des Managers sur terre, car l’on fut tout de même surpris par la sortie prématurée de Joe Cole. Bien que discret, il est un des seuls avec Lampard et Robben capable de créer cette étincelle qui peut perforer n’importe quelle ceinture de chasteté.
6 minutes supplémentaires venant compenser l’irruption des mêmes streakers catalans qui avaient chatouillé les poils de nez de Figo avec une écharpe aux couleurs locales lors de la finale de l’Euro 2004, ne suffirent pas. Qui sait, si Mourinho avait vêtu son vieux manteau gris, Gudjohnsen aurait sûrement vu sa volée de la 96ème faire vibrer les filets de Dudek, Anfield se serait tu et le triplé, serait devenu une réalité.
Quoiqu’il en soit, samedi, Stamford Bridge sera à la fête et les cotillons bleus orneront le ciel de London. Le jeune entraîneur portugais s’est peut-être inconsciemment laissé un titre à remporter pour la saison prochaine…pour cela, il faudra aussi cessé de jouer sur la psychologie d’intimidation ainsi que la fortune et investir plus à propos, afin de renforcer un secteur offensif bien limité, car on ne peut pas aller en finale de LC sans marquer de buts en demi-finale...