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Les sentiers de la gloriole, épisode final
Publié dans: Euro 2008
Par [unknown placeholder $article.author$] - Aug 17, 2008 - 5:34:23 PM


¡Podemos, compra cerveza, podemos, crisis inmobiliaria, podemos, podemos, podemos!
Ça y est, oui ils « peuvent », le slogan de la Cuatro sonne finalement bien, même si les vamos a ganar de la Sexta, le diffuseur de 2006,  reviennent en force. Les deux chaînes se font une guerre infantile quasiment inaudible dans le désormais continuel matraquage médiatique, qui n’aura véritablement pris son ampleur qu’à partir de la demi-finale. Dans les principales villes du pays, celles cossues et individualistes du nord à part, les drapeaux espagnols pendent sur de nombreux balcons sans que cela dérange, les bars sont un peu plus pleins et bruyants que de coutume, le rouge est à la mode, Pierre le sénégalais et Pedro l’équatorien se frappent la tunique de la selección en biberonnant leur calimucho et en matant les culs des demoiselles. Mais pas d’excès véritable, pas de folie douce. Ça fait dix ans qu’ils sont accoutumés à gagner en sport, et de la fanfare vaniteuse des premières victoires reste seulement le « la » du triangle de l’habitude. Baloncesto, formula uno, ciclismo, balonmano, r-hockey, ténis, waterpolo, voleibal…En foot, dans toutes les catégories de jeunes. Sauf la catégorie reine du sport roi ne suit pas la flambée. Ça doit forcément tomber un jour, ¡joder ! Avec le meilleur jeu, a lo grande, pour une fois. Ça doit forcément tomber.

ballack.jpeg Ballack les a grosses comme ça
L’Allemagne ne fait pas peur. La selección n’a pas vraiment de dettes pendantes avec elle et par ici on s’est toujours senti à l’aise face à des grands blonds un peu patauds. En plus ils font un peu parti de la famille, ça fait 30 ans qu’ils viennent en vacances. D’autres y travaillent même, comme Bernd Schüster, non, ¡está chupado ! Silva, Xavi et Iniesta pourraient faire une farandole entre les jambes de Matersacker.  Ramos, Puyol, Marchena et Capdevilla sont de bons gabarits derrière, suffisants pour contrer les peu finauds Podolski et Klose. Un duo Marlet/Guivarc’h à l’allemande, à qui même Frei et son genou en vrac ferait des petits ponts. Quant à Ballack, il va voir des nains dans tous les sens et un chauve lui tomber constamment sur le râble.

Par contre Villa reste blessé, alors les yeux se tournent vers el niño Torres, qui commençait à être tout pâle, à force de manquer d’UV de projecteurs. Certitudes dans le bel attaquant de
torres.jpeg Torres, dribblant Lehmann
Liverpool et sa technique en mouvement, sa vitesse face à la lente défense allemande. Mais inquiétudes en repensant au geignard de l’Atletico, car Fernando a un peu boudé, repris ses tics de bébé star durant la compétition. C’est que pépé Aragonés, il aime bien l’engueuler, le gamin avec la gueule de fille, pour lui apprendre un peu la vie. Non, c’est vrai quoi, à la fin des années 1960, coño, on se maquillait pas, on savait jouer dans la boue !

Fernando a appris à être crotté en Angleterre, Luis. Il attend son heure.


Sauf titiller sa tête à claques préférée, le papy reste en retrait, semblant presque abasourdi par le tintamarre et une revanche qui se dessine et à laquelle il croit à peine. Tout le monde voit aujourd’hui des qualités dans ses défauts d’hier. Des gueulantes contre la presse, une protection pour le bien du groupe. Des dérapages avec les joueurs, une psychologie militaire pour en faire des lutteurs. De l’éviction des cadres égoïstes, un écrémage essentiel pour forger une mentalité solidaire. Aragonés assiste en première place à la fomentation hypocrite de sa légende, alors bien même qu’il n’a traité le plus souvent que de survivre. Après 6 ans de dur labeur sur le banc, Papy commence à être blasé et son fond de survêt tout râpé. La gloire, les accolades, l’autosatisfaction qu’il voit venir, non, merci bien, pour les joueurs. Il préfère aller se faire voir chez les turcs. Une villa sur le Bosphore, ça a de la gueule, puis ça lui rappellera le Lac de Genève.

    Ainsi à 20h45, quand l’arbitre italien Rosetti siffle le début de la rencontre, l’histoire est écrite. Un peu condescendants, les footeux d’Europe ont pourtant parié sur l’Allemagne, la force de l’habitude, et puis les espagnols et leur syndrome du mauvais perdant ont souvent été ces boucs émissaires facile qu’il est risible, justement, de toujours voir perdre. Le bon p’tit « dans ton cul l’espinguouin » d’usage.

Mais sur le match, la Mannschaft ne fera jamais autant preuve de ce manque de génie qui la caractérise depuis plus de 10 ans. Rendons lui quand même hommage, à l’unique sélection capable de presque toujours excellemment figurer avec des joueurs médiocres. Aussi peu douée, l’Angleterre ne passe même pas les qualifications. Avec deux fois plus de talents, la France s’effondre dans sa morgue en poules.


Le premier quart d’heure laisse pourtant planer l’illusion que Dieu le foot n’aime pas étendre le cercle de ses vainqueurs. Lahm sème le trouble sur son aile, et les combinaisons se trouvent. Et puis Xavi met le pied sur le ballon, la selección se place en position de contre, pour un Torres qui n’aura attendu que ça de tout le tournoi, sprinter et slalomer. Lahm pète la trouille, quand il se retrouve cette fois avec l’inénarrable Lehmann en position de dernier piquet. Lahm est en mouille, pour observer aux premières loges le saut artistique du bellâtre imberbe.


merte.jpeg Le très souple Mertesacker
Les espagnols ralentissent le tempo, l’accélèrent parfois, semblent faciles. Marchena retrouve avec une joie sadique son coup de coude et ses techniques à la Hierro, qu’il use si bien à Valence. Ils gèrent jusqu’à la fin. Matersacker et Metzelder sont toujours à l’image, étirant douloureusement leurs jambes, sans réussir autre chose que de riper sur le talon de ces petites créatures insaisissables que sont Iniesta, Xavi et Silva. Lehmann réussit sa dernière sélection.

1-0, pas cher payé, bravo, beau spectacle. Camacho goutte de partout, il est content quand même. Il est super content en fait. L’Espagne est double championne d’Europe. Es la polla, qu’on dit dans ces cas-là.

Dans les nuages humides de Bilbao, la brume assourdit les trois qui klaxonnent. A Madrid ça a été méga-botellon. C’est l’été. Tous admettent que la victoire est belle, maîtrisée, méritée. Après la Grèce, ça fait du bien. Depuis, Nadal a gagné Wimbledon, les JO, Sastre le Tour, les Jeux ont pris place, plein de médailles sont envisageables. La telenovela avec Cristiano Ronaldo a envahi kiosques et écrans, on fera le bilan plus tard. La seule chose de sûre, c’est que pratiquement la même équipe se présentera dans 2 ans en la lointaine Afrique du Sud. Aussi lointaine qu’un quart de finale ? C’est qu’au moment du « bienvenido » à Del Bosque, le nouveau sélectionneur, l’ombre crochue de Raúl apparaissait déjà dans l’encablure de la porte…




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