Rdv médical autour du LCA Publié dans:
Les croisements
Par [unknown placeholder $article.author$] - Mar 4, 2009 - 12:44:03 PM
professeur neyret. crédit photographique, inrets
Philippe Neyret est Chef de service du Centre Livet (Caluire) depuis 1996, Professeur à l'Université de Lyon depuis 1994. La chirurgie du genou est au coeur de son activité depuis 1988.
Sur quels critères fait-on
le choix d'opérer ou pas une rupture du LCA ? Lorsque le genou
est instable ou bien si le sujet est jeune et très sportif, mieux vaut l'opérer
avant que ne se produise une lésion méniscale, en particulier interne, dont
le risque est de 50% dans les 5 ans qui suivent la rupture du LCA en l'abscence de reconstruction du LCA.
Si le
patient choisit de ne pas se faire opérer, quelles sont les étapes de la
guérison, combien de temps cela prend-il et comment sait-on qu'il est guéri ou
pas ? Il n y
a pas de guérison au sens anatomique du terme. Il peut y avoir une adaptation
fonctionnelle avec une tolérance. Dans tous les cas il reste une laxité résiduelle. Cette laxité séquellaire peut être mesurée. Elle n'est pas corrélée à la tolérance fonctionnelle, mais plus la laxité résiduelle est importante plus
le risque de lésion méniscale secondaire est élevé. Pour apprécier la tolérance
fonctionnelle, il est possible de faire passer des tests fonctionnels comme le
"one leg hop" ou saut horizontal avec impulsion et réception sur le même
pied puis mise a l'épreuve en situation. Néanmoins, malgré des tests rassurants
le joueur n'est pas à l'abri d'une récidive sur un mouvement plus rapide ou
forcé.
En admettant que le patient non opéré ait
guéri, son genou est-il moins stable que s'il avait été opéré ? Son genou a-t-il
plus de chance de "sauter" à nouveau ? Le risque d'avoir un nouvel accident est
indiscutablement plus élevé surtout si l'examen clinique retrouve un jerk
test* positif ou un arrêt mou lors de la manœuvre de Lachman Trillat*, de même qu'en cas de laxité radiologique ou mesurée à l'arthrometer plus
importante. Si des fibres se sont accolées ou si il s'agissait d'une rupture
partielle du LCA alors l'examen peut être moins préoccupant avec une laxité
moins importante et un jerk test positif mais le risque de lésion
méniscale secondaire demeure.
Peut on estimer que le
fait de ne pas opérer est "une voie inhabituelle" ?
Il ne s'agit pas
d'une guérison sur le plan anatomique. Le genou s'adapte plus ou moins. Il
s'adapte très bien le plus souvent si le niveau d'exigence sportif est
limité, mais cela est rarement suffisant si le niveau sportif est élevé. Le
risque de nouvel accident d'instabilite est donc élevé chez un sportif
professionnel pratiquant le football. Quand surviendra l'accident ? Un très bon
sportif en fin de carrière est surement plus à même de mieux gérer ces situations qu'un jeune joueur, mais le risque est élevé.(...)
L'option du
traitement conservateur ne serait pas la mienne pour un footballeur
professionnel car le retour au terrain est long, superieur à trois mois,
et le résultat à moyen terme très incertain et presque
imprévisible.
*Le test de Lachman Trillat donne des indications sur les signes de laxité antérieure du genoux. Le Jerk test est aussi appelé test du ressaut, ressaut dont la mise en évidence signe la fracture du LCA.