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Les oeufs dans les jaunes - Chapitre 14
Publié dans: Les oeufs dans les jaunes
Par [unknown placeholder $article.author$] - Jul 27, 2005 - 12:15:00 PM


Ce qui suit est une non-fiction. Toute personne nous accusant d’avoir inventé ces faits seront poursuivis pour tentative de diffamation subjective. Toute ressemblance avec Alice Dona ou autre célébrité existant dans la vie vraie n’est que pure fausse coïncidence

 

Roque est enfin guindé pour attaquer la noche Koreana. Nous arrivons donc finalement devant la seule boîte de nuit ouverte aux étrangers sur l’île de Cheju (les autres boîtes étant essentiellement des coins karaoke réservés aux locaux). Serpente était déjà sur les lieux afin de préparer un terrain miné par l’incompétence des hôtes. En effet, le deuxième étage fut improvisé tant bien que mal en section VIP, Alejandro et Marcel (les potes de Sao Paulo) transformés en garde du corps et Serpente en homme à tout faire. Quelques boissons sur les tables, deux fruits qui se courent après et nos champions favoris, qui avaient l’air de s’emmerder sec, à poser avec les serveurs de la boîte, qui sont tous complètement timbrés à l’idée de voir leurs idoles du ballon rond et avaient délaissé leur métier de tenanciers de bar. Ils n’en croient pas leurs yeux, envahissants, ils imposent leur lourdeur sur nos amis de la Seleçao.

 

Le proprio de la boîte se prend aussi au jeu, un cigare à la bouche, il parade au bras de Ronaldo afin de lui demander un autographe. Il Fenomeno, bien trop occupé à consulter son mobile n’en a que faire. Je m’approche de Roberto Carlos et lui demande : « tutto a posto Robertinho ? Â» - « Si, Si, valeu, todo ottimo » me répond-il, puis : « il est ou le Guru, puis elles sont où les gonzesses ? Â»

 

Le Guru, parlons en, était parti chercher la gente féminine à l’hôtel de Ricardo Teixeira. « On l’attend d’une minute à l’autre Robertinho Â». Ronaldo est affalé sur un canapé et commence à discuter avec une touriste australienne débarquée sur Cheju pendant la Coupe du Monde. « Omar, viens voir Â» me lance t’il. « Dis-moi peux-tu m’aider, mon anglais est proche du niveau zéro et j’essaie d’expliquer à cette fille ce que je fais dans la vie Â» … Je me tourne vers la gonzesse et lui dis « Quoi ? tu ne connais pas Ronaldo, putain ce mec est aussi connu que Michael Jackson et Madonna, c’est une légende sportive au même titre que Mohammed Ali et tu ne le connais pas ? En tout cas, crois-moi, cette coupe du monde va être marquée par son empreinte, d’après notre Guru, il terminera meilleur buteur et champion du monde… Â» Ronaldo médusé que je balance tout ce baratin me mate en louchant et me dis : « T’es malade toi, je n’en demandais pas autant… Â» la fille regarde Ronaldo en lui disant : « t’en as pas marre que les gens te badinent comme ça ? Â» et à Ronnie de répliquer : « Ouais, mais Omar, ce n’est pas les gens, Omar, He is my Friend Â». Putain, j’ai beau avoir 30 ans, posséder un certain sens du contrôle des sphincters et avoir un brin d’auto-dérision par rapport au concept du groupie, mais franchement, quand c’est un des meilleurs joueurs du monde, de surcroît mon idole depuis 10 ans, qui me considère comme son ami, je peux vous dire que j’ai fait sous moi de plaisir… 

 

ronni.jpg Ronnie, cool et détendu (c) subfoot.com

Le temps passe, Serpente s’active en coulisses pour approvisionner les étoiles en breuvage, les serveurs sont toujours aussi insistants, demandant photo sur photo, autographe sur autographe, j’en ai plein le chou et les engueule « Oh les gars (traduit du coréen classique selon le dictionnaire Hiddink) votre boulot c’est de nous amener des boissons, vous ne voulez pas arrêter d’emmerder nos amis Â» L’un d’eux, impertinent me rétorque : « Pas de photos, pas de boissons Â» Culottés les enfoirés ! De plus, les joueurs venaient d’être repérés par un attroupement de badauds. Imaginez donc, Ronaldo and co, en pleine Coupe du Monde dans une boîte de nuit pourrie de Cheju, ça ne s’expérimente pas tous les jours.

 

Je suis toujours à côté de Ronnie, celui-ci devient de plus en plus suspicieux, il sent anguille sous roche et devient moins agréable et détendu. D’un coup, il s’exclame : « Oh l’enculé ! Â». Il se lève se dirige doucement vers un gars qui me disait quelque chose et qui avait un appareil photo à la main. « Fais-moi voir ton appareil Â» le gonze s’exécute, Ronaldo sans hésiter, jette l’appareil au sol et l’écrase avec violence une dizaine de fois de son pied droit : « Voilà ce que j’en fais de ton appareil enfoiré, quand tu viens me poser tes questions à la con, par respect je te réponds, alors respecte notre vie privée, tes photos à la con pour ton torchon, tu ne les auras pas Â» Ça y est, je reconnais le gars, c’est celui qui m’espionnais lorsque je tentais de faire des réservations pour notre voyage de Cheju (voir Chapitre 11). Ronaldo retourne s’asseoir : « Excuse-moi de m’être énervé Omar, mais ce couillon allait déballer notre soirée dans les journaux en racontant les pires des conneries, je le connais ce mec là, c’est un journaliste de basse zone, un vrai mendiant de l’information mensongère Â»

 

L’agitation est donc à son comble, le Guru n’est toujours pas arrivé à bon port, je retourne vers Robertinho : « Tutto a posto Robertinho ? Â» - « Ouais, tutto a posto, tutto a posto, c’est tout ce que tu sais dire ? Putain, on s’emmerde ici, puis elles sont où les gonzesses, il est où le Guru !??» Je me tourne vers Serpente, éreinté, il assure toute la soirée pendant que tous les autres se pavanent sur des photos avec les stars : « Bon on fait quoi, Serpente, pas de boissons, pas de bonne mious’, pas de Guru, ça tourne à la déroute cette soirée Â» - « Ouais, je ne sais pas où il est, mais c’est vrai que Denilson et Roberto commencent à se fâcher sans amusements Â» A ce moment Ronaldinho nous entend causer en français : « Tu parles français mon frère ? Â» C’est vrai que Dinho avec son passage au PSG a pu pratiquer la langue de Molière à la sauce Sarcelles. Puis il poursuit : « Vous en faîtes pas les gars, cool, on se marre bien quand même, ça nous change les idées Â» il s’élance dans une danse coupée, décalée alors que le DJ se décide enfin à balancer un bon groove. Un cercle se forme autour de Dinho. Ronaldo, Roque, Robertinho, Denilson, Luizao, tout le monde se lâche et commence à s’éclater.

 

denilson_003.jpg Le déhanché de Denilson (c) subfoot.com

Soulagé, Serpente se laisse enfin aller à la détente, détente d’autant plus réconfortée par un énorme « Guruuuuuuuuuuuu ! Â» Ça y est le starets est enfin là, entouré des accompagnatrices tant attendues. Dès ce moment la boîte vit une réelle explosion d’allégresse nocturne, jusque lors non-expérimentée sur cette île, les joueurs sont ravis et empoignent les jeunes demoiselles, le Guru saute dans tous les sens et accomplit à la demande de Ronaldo ses fameuses cambalhotas (culbutes), les serveurs et le patron sautent de joie, bref, c’est la fête.

 

culbutes_001.jpg Les fameuses culbutes du Guru (c) subfoot.com

Je me dirige vers le patron de la boîte et lui demande de régler la note de la soirée, il part, reviens me tend une étiquette avec un chiffre apposé à la main – 100 – Je le mate, lui dis : « 100 quoi, turkish lira, dollar, yens ? Â» - « Dollal, Dollal, 100 dollal Â». Pas de problème, l’affaire est dans le sac, le service fut lamentable, mais la note n’est pas trop salée. Il est cinq heures du matin, l’heure pour les joueurs de retourner à l’hôtel : « Ronnie, c’est l’heure de plier bagage Â» - « t’as raison Omar, on doit combien ? Â» - « C’est bon Ronnie, j’ai tout pris Â» il secoue la tête, lentement, de bas en haut avec admiration et s’écrie : « Prince Omar, voce que manda agora ! (Prince Omar, dorénavant, c’est toi qui commande !) Â»

 

Dans le prochain épisode : on invente le taxi le plus cher du monde, Guru se frotte et le rêve continue

 

guru_robertinho.jpg Guru et Robertinho enfin réunis (c) subfoot.com



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