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Les oeufs dans les jaunes - Chapitre 15
Publié dans: Les oeufs dans les jaunes
Par [unknown placeholder $article.author$] - Aug 31, 2005 - 3:57:00 PM


Ce qui suit est une non-fiction. Toute personne nous accusant d’avoir inventé ces faits seront poursuivis pour tentative de diffamation subjective. Toute ressemblance avec Al Bano et Romina Power ou autre célébrité existant dans la vie vraie n’est que pure fausse coïncidence

 

al_bano.jpg Al Bano et Romina

 

Les oeufs dans les jaunes - Chapitre 15, La voiture la plus chère du monde

 

Pour certains, le bonheur est dans le pré, pour d’autres, le bonheur réside dans l’inhalation d’un air pur au doux matin. Cheju, 5h42, nous sommes au pas de la discothèque qui aura vu passer la moitié de la seleçao un soir de juin 2002. Les badauds sont partis, ils ne restent plus que nous. Entourés de Denilson, Ronaldinho, Ronaldo, Juninho, Roque Junior, Luizao et Roberto Carlos. Une petite séance de photos s’improvise, Ronnie m’appelle : « Viens là Omar, on va faire une pose… Â» Cet instant sera à jamais marqué dans ma mémoire et cette immortalisation sera bientôt dans mes mains pour en témoigner.

 

Les sourires des gars étaient étincelants, ils se sont vraiment divertis. Ils ont pu relâcher l’énorme pression qui existe lors d’un tel évènement. Certes, il est encore un peu tôt pour pavoiser, se reposer sur une maigre victoire sur la Turquie ainsi qu’une correction face à la modeste Chine. Mais au Brésil, la performance va de pair avec l’allégresse. Guru me disait d’ailleurs toujours : « Homahio, avant chaque match, il devait faihe une pahtouze, sinon, il ne mahquait pas !» On imagine donc le nombre de partouzes que l’enfoiré a du se farcir…

 

Ronaldinho se tourne vers moi : « Tu as appelé un taxi mon frère, parce que si on est pas bientôt rentré, Felipao va nous chauffer les chevilles Â». Etonné par son français, je lui répond : « Putain Dinho, t’assures dans la langue de Molière Â»â€¦ Â« C’est clair mon pote, je n’ai pas été à Paname pour rien Â» Profitant du lancement du sujet j’embraie « D’ailleurs Paris tu vas y rester ? Â» - « C’est clair Â» me répond-il,

le_signe_de_ronnie.jpg Dinho est coool

« Même si on n’a pas forcément envie de recevoir mes folies. Mais tu vois, moi je suis comme ça, le ballon, je dois en faire quelque chose de spécial, je dois le faire vivre, je ne peux pas me contenter de le faire circuler, il faut qu’il vive ce ballon, c’est ça qui fait rêver les supporters. Le football d’aujourd’hui est plus tactique et c’est bien, mais il ne faut pas oublier que les seules images que tu gardes dans ta tête pour toujours, c’est le sombrero de Pele contre la Suède, le solo de Maradona en 86, les roulettes de Zidane, les magies de Romario, pas les organisations défensives du Bayern, alors je m’efforce de préserver cette tradition artistique du football, sans prétentions, mais je suis né pour ça, sans ça je ne suis rien, un garçon du Brésil comme il y en a tant qui traîne dans les rues Â»

 

Je suis vraiment ému qu’il me déroule sa philosophie de jeu au beau matin après une nuit blanche en boîte de nuit et ne peut qu’en rester là : « A Paris tu es adoré, tu es vénéré, tu vas faire une grande carrière Â» « T’es cool Omar, merci, toi tu viens de Paris ? Â» - « Nan, je suis Suisse et le football en Suisse, toi qui parle d’art, on n’est pas servi Â» Il rigole « Ouais, il y a une exception, mon frère, tu connais Roberto Assis ? Â» … Â« Bien sûr, il jouait à Sion, il avait un super sens du placement Â» … Â« Ouais et une bonne frappe, tu sais que lorsqu’il a signé pour ce club, il avait essayé de me fourguer chez eux, je devais avoir une dizaine d’années,

roberto_assis_et_ronie.jpg Ronaldinho et son frère Assis

il avait dit aux dirigeants, prenez mon petit frère, c’est un fou du ballon, je vous le signe pour 50'000 dollars, puis ils ont fait un petit essai, j’ai jonglé d’un poteau de corner à un autre, ils ont dit qu’ils avaient besoin d’un joueur de foot, pas d’une bête de cirque… Â» Incroyable, Ronaldinho est aujourd’hui estimé à plus de 30 millions – « Putain ils sont cons ces gars, ce qu’ils ont loupé avec toi… Â»

 

Entre temps, le taxi est arrivé, je suis abasourdi par ce que Ronaldinho vient de me dire, on se salue, cordialement, les étreintes sont chaleureuses. Ronaldo me fait un clin d’œil en me serrant la main : « Ã  bientôt mon pote Â» Décidément, il s’est vraiment détendu depuis notre première rencontre. Robertinho est comme un fou, Roque quant à lui roule de belles pelles à l’une des demoiselles ramenées par le Guru et Juninho se moque de lui en s’esclaffant de son sourire de gamin.

 

Nous informons le taximan de la valeur de la cargaison, il n’a pas l’air d’être branché foot, il secoue la tête à l’écoute de la destination et ne semble reconnaître nos amis, tant mieux. Les taxis à six heures du matin à Cheju étant aussi rares que les poules au Pôle Nord, nous sommes obligés de tasser les artistes dans la carrosserie rouillée de ce véhicule, le taximan semble inquiet mais nous y arrivons. La caisse démarre, quelques mains sortent de la fenêtre pour dire au revoir. Denilson, Ronaldinho, Ronaldo, Juninho, Roque Junior, Luizao et Roberto Carlos dans un seul taxi, plus de 300 millions de dollars compressés dans une tôle coréenne, si Felipao savait ça, je ne sais pas s’il serait confiant pour une victoire contre le Costa Rica, mais putain, quelle belle soirée…

 

Le Guru enchanté, ravi, le visage rempli d’émotions regarde le ciel, redescend son regard, nous fixe de ses yeux clairs comme ceux du Christ : « Alohs les gars, c’est vhaiment ce que je vous avais phomis, vous venez de passer une soihée intime avec des champions du monde, des champions du monde Â» Son ton est tellement confiant, qu’il ne fait plus aucun doute, le Brésil va porter une cinquième étoile sur son maillot national.

 

Le lendemain, nous devons nous préparer pour un retour au Japon, puis Serpente et moi poursuivrons sur Genève, la fête est bientôt finie. Le Guru quant à lui, restera sur l’île nipponne afin de perpétrer sa bénédiction sur le groupe.

 

Le tournoi semble confirmer ses prédictions, l’Argentine et la France, grands favoris avant la compétition souffrent. Un retour de Zidane touché à la cuisse pour le match contre le Danemark reste le grand espoir d’un Champion en titre malade, je me souviens encore de ce que le Guru m’avait dit au début de notre aventure « La Fhance ne passeha pas le phemier tour Â»

 

Quelque part, je cache secrètement à mes amis brésiliens mon envie pour que les Bleus puissent faire quelque chose, mais il semble qu’ils sont envoûtés par une malédiction, le football, ça ne tient à rien du tout et ce match contre l’Uruguay en fut la parfaite illustration, le désarroi de Trezeguet contre les poteaux coréens, la frustration d’Henry sur les chevilles uruguayennes et l’absence présente de Djorkaeff…Jean Pierre Pernault doit être dépité, je n’imagine pas la gueule des plateaux de TF1.

 

Entre temps, le mobile a sonné, c’est Ronaldo qui nous signale qu’ils sont arrivés à bon port et que Felipao n’a pas bronché. Pour moi, comme diraient les Boys 2 Men, c'est le End of the road, mais bon dieu que c’était bon de tremper mes œufs dans les jaunes.

 

Dans le prochain épisode (saison 2) le Guru rejoint Edmundo, les hôtesses de l’air comblent Serpente et Zidane bouffe du gazon.

 

 

 

 



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