Che casino!
Liberatemi!
Par Lorenzo Fanfani - (autres articles du même auteur)
May 19, 2006 - 3:38:00 PM

C’est assez difficile pour quelqu’un qui n’est pas spécialiste de parler dès maintenant de ce scandale, de ce tremblement qui est entrain de secouer l’univers du football italien. Certains ne comprennent pas vraiment ce qui se passe, d’autres sont incrédules, d’autres encore sont ironiques, mais il y en a aussi qui sont dégoutés, tristes ou énervés. Les opinions, évidemment, divergent mais personne n’est indifférent. Ces dernières semaines un des rendez-vous les plus importants pour le pays a eu lieu : les éléctions politiques qui ont amené un changement de la majorité parlementaire avec l’investiture du nouveau Président de la République. Comment ne pas rester sans paroles devant le fait que les premières pages des quotidiens aient du être partagées entre le sourire (préoccupé, puisque la majorité du centre-gauche est très étroite et intérieurement divisée) de Romano Prodi et les larmes de Luciano Moggi? Le séléctionneur de la Nazionale azzurra, Marcello Lippi, nous a fait part de son choix des 23 joueurs qui iront avec lui en Allemagne, et au lieu de pouvoir en discuter, d’exprimer notre désaccord ou notre appréciation, d’imaginer notre ‘11’ titulaire nous ne pouvons que constater que toute l’attention est concentrée sur ce qui du sport devrait être le plus distant possible, juges et tribunaux.  

 

Si vous décidez de passer un week end à Roma vous pourrez certainement entendre, en vous baladant entre les ruelles de Trastevere, des conversations entre supporteurs giallorossi qui, blasés, se racontent depuis combien d’années ils savaient que quelque chose n’allait pas dans le calcio et comment leurs convictions n’ont fait qu’être confirmées par les interceptations téléphoniques de ces derniers jours. Selon eux la qualité d’une équipe n’est que relative et a peu d’importance car, de toute façon, tout est décidé à l’avance et le Palazzo (les ‘pouvoirs forts’ du football), une organisation quasi-mafieuse orchestrée par le Padrino Luciano Moggi, n’a pour objectif que de favoriser les quelques équipes qui s’abritent sous sa Coupole. Un poulpe aux tentacules longs et puissants qui s’infiltrent dans tous les recoins, en particulier arbitrage et marché des transferts, pour que rien ne soit laissé au hasard.

 

Totalement différente la version que vous pourrez entendre en vous promenant à Piazza San Carlo, à Torino. Même si quelques juventini, surtout ceux de longue date habitués au style de la famille Agnelli et en particulier du ‘jamais plus qu’aujourd’hui regretté’ Gianni, n’ont pas digéré que l’image de la Juventus soit autant salie, la grande partie des supporteurs de la Vecchia Signora se sont mis dans les tranchées en défense de leur équipe mais aussi de leurs dirigeants. Selon eux la Triade - Giraudo, Bettega, Moggi -  a été durant 12 ans exemple inimitable de bonne gestion financière (des bilan toujours positifs, des accords de sponsorisation rémunératifs, l’introduction en bourse...) et sportive (en particulier 7 Scudetti mais aussi des recrutements médiatiques et intelligents). Et beaucoup de ces tifosi ont démontré publiquement leur soutien au trio aux commandes par l’intérmédiaire de banderoles d’encouragement. Cynique : ‘’La fin justifie les moyens... Merci’’ ; romantique : ‘’Luciano, je t’aime’’ ; comme la publicité de Martini avec George Clooney : ‘’No Moggi - No Party’’ ; patriotique : ‘’12 ans d’histoire ne s’oublient pas. Honneur et gloire à la Triade’’ ; religieux : ‘’Moggi Saint tout de suite’’ ; politique : ‘’Moggi Président’’.

 

La confusion règne souveraine, c’est indéniable et si la Juventus, club avec le plus grand nombre de fans en Italie, a toujours été l’ennemi principal de tous les autres supporteurs, ce casino à l’italienne n’arrangera pas les choses. Cela s’est d’ailleurs vu sur les travées de tous les stades dimanche 14 mai lorsque des messages très clairs ont été passés. Là aussi différents styles ont été adoptés : ‘’Moggi comme Provenzano’’, le big boss de la Mafia récemment capturé ; ‘’Moggi appelles mes profs pourqu’ils changent mon bulletin de notes’’ ; ‘’1977 fin du noir et blanc à la Télé - 2006 fin des bianconeri en Serie A’’.         

 

Il est clair que chacun maintenant, pour ou contre Juve, attend que la justice sportive fasse son devoir rapidement et après cela je pense que le football italien aura une belle oppurtunité afin de passer un bon coup de balai et repartir sur des bases plus limpides avec de nouveaux visages et de nouvelles idées, afin que le public se fasse à nouveau séduire par ce sport magique. Je pense que le temps est venu de faire une mini-révolution modernisatrice sur le modèle de celle qui, en 1992, a amené la Premier League en Angleterre. Ce qui serait souhaitable, c’est que cette période de transition soit achevée avant le début de la Coupe du Monde de sorte que les Azzurri puissent affronter le rendez-vous allemand plus sereins.