Aïe aïe Yade !
Ordre du jour
Par Subfoot - La Rédaction (autres articles du même auteur)
Mar 3, 2010 - 1:51:22 AM

Rama l’a dit, ça doit donc être vrai, dans Le Monde du 1er mars : « Le charme de l'équipe de France, c'est aussi de ne pas être une machine économique. ».

Non ! Non ! C’est sûr, l’équipe de France n’est pas une machine économique !

C’est pour ça que l’équipementier de l’équipe de France est appelé à changer. Nike prendra la relève d’Adidas qui, en attendant, s’en donne à « cœur croix » pour déguiser les Bleus en nouilles super-héroïques… Et Nike, qui ne l’a pas précisé dans un communiqué de presse, sera ravi de lire ici ses intentions mises au clair : « La marque au ssswooossshh a choisi d’accompagner l’équipe de France dans son chouette parcours amateur dénué d’économie ».

C’est aussi pour ça que Thierry Roland a retrouvé le micro lors du match contre l’Irlande à Dublin comptant pour les éliminatoires, TF1 s’étant fait soufflé les droits vendus par la Fédé irlandaise, qu’on n’a pas interrogée car on sait déjà ce qu’elle aurait répondu : « No ! French team is not an economic machine ! That’s why we cell the match to M6, not to TF1 ! ».

Il faut dire que la parole est précieuse en ces temps électoraux, et ça n’est pas le moment pour Rama, candidate en IdF sur la mal-barrée liste de Pécresse la détresse, de balancer des réalités de mauvaise presse du genre : « Les Bleus, cette belle machine économique, qu’on a bien vendu à Nike et à TF1, mais qu’on peine à vendre aux français, ce qui en fait baisser la valeur marchande, ce qui est inquiétant, et retire de son crédit au Président de la Fédération ».

Car c’est de cela qu’il s’agit en fait : la baisse de popularité des Bleus équivaut à une baisse de leur valeur marchande… Il suffit de lire l’interview en entier, et de procéder à une rapide analyse de cohérence !

Après tout un laïus émouvant sur le besoin de proximité entre l’équipe de France et les quartiers, forcément les quartiers (cette belle caution sociale qu’il faut mettre dans ses phrases quand on veut parler de fracture, pour s’émouvoir, ou de lien, pour afficher des convictions), Rama Yade conclut que, derrière la flagrante, essentielle, primordiale nécessité de communiquer sur le lien entre les Bleus et leur public, l’équipe de France n’est pas une machine économique.

L’émouvant laïus mérite son flot de citations avant d’aller plus loin : « Je demande aux Bleus plus d'ouverture, de démonstration de générosité. Les jeunes veulent les voir dans les quartiers, les supporteurs veulent pouvoir assister davantage aux entraînements. Bref, qu'ils s'ouvrent et qu'ils le fassent savoir. » (…) « La FFF m'a fait part de la multitude d'actions et de projets dans lesquels les joueurs sont engagés. C'est très bien, mais ce serait encore mieux si cette générosité était davantage portée à la connaissance des Français. »

La portée du message délivrée est d’une ambigüité totale : la générosité ne comptant pas tant que la communication qui en est faite, doit on comprendre que la générosité s’annulerait si personne n’était mis au courant de celle-ci ? La générosité n’est pas gratuite, pourrait dire Rama Yade, il faut l’investir à bon escient… Et la ministre de finir sa tirade sur l’ouverture des Bleus dans un dernier élan : « Le défi, c'est la reconquête des cœurs ! »

Rama Yade réalise donc un double contresens : la générosité payante d’abord et, surtout, cette nécessité de communiquer pour une machine qui, dit elle enfin, ne serait pas économique. S'agirait il de communiquer pour l'amour des photos, des unes, des articles ?.... Ne s'agit il pas plutôt de communiquer ainsi que cela s'organise pour toute entreprise un tant soit peu dirigée et stratège ?...!

Ce faisant, la ministre candidate oscille entre la naïveté et l’entourloupe logique… On miserait bien sur le fait qu’elle suive la stratégie suivante : dire une chose et son contraire, après tout, les journalistes ne citent jamais que des bouts de phrase… d’un bout de phrase à l’autre, on peut être incohérent.

Baste ! … Rama Yade veut communiquer (à mort, à fond, comme des fous !) pour assurer la popularité de l’équipe de France… et tout ça, pour la beauté du sport imagine t on, en respectant le besoin de concentration des joueurs (c’est l’explication qu’elle donne de leur besoin effréné d’un casque audio aussi gros qu’un bonnet russe !), et pour l’intérêt général de gagner les matchs !

Contrairement à ce que dit Rama Yade l’équipe de France est cependant bien une machine économique, et une belle : elle rémunère ceux qui la font jouer, ceux qui jouent, elle génère des contrats et des relations commerciales à plusieurs dizaines de millions d’Euros, elle finance une bonne partie du ballon amateur, directement et indirectement… et sa popularité est une condition sine qua none pour que la belle mécanique de cette économie précieuse fonctionne ! Ca n’est pas honteux de le dire, c’est même vital… C'est ce qui rend « curieux », à tout le moins, le contresens de la ministre.

Peut-être, cette dernière présentation manque de sexy, alors qu'il est à la mode de la ramener haut et fort sur la morale de l'économie et le pouvoir des autorités publiques à inverser toutes les tendances, soient elles des tempêtes naturelles. Or, le sexy est l'affaire des élections, et souvent de la politique, toute saison confondue.