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Dublin parano
Publié dans: Ordre du jour
Par [unknown placeholder $article.author$] - Nov 24, 2008 - 10:10:39 AM


pas_de_foot.jpg la belle riviere Liffey d'une belle capitale
Le pourfendeur du « ras le foot à la télé » himself, celui là même qui, plus d'une fois, a critiqué l'omnipotence du fric dans les replis et les replats du ballon rond, celui là même qui voit surgir partout la fin du foot et la prédit à coups d'incantations divinatoires dignes du jeune pasteur inspiré de « There will be blood », celui là même qui voit surgir partout l'amoindrissement de la pure passion et qui, après deux jours passés à Dublin, a senti son sang bouillir de joie comme si, parce que le foot n'était pas à tous les coins de rue, il était plus pur, le pourfendeur du trop pourrait il souffrir de manque et tremblé des mêmes symptômes de dépendance qui agitent les accrocs aux drogues dures ?

Une semaine à Dublin, une semaine à ouvrir l'œil et rien, ou si peu de foot. Les poches sont vides, ou presque, alors les pubs sont interdits ; Internet est payant, donc rationné, et les journaux itou... Une semaine à Dublin, et rien à se mettre de foot sous la dent.

Ici ou là, du lèche vitrine... et quoi ? Sacrilège ! Le mot « soccer » ressort à toutes les sauces ! « Soccer Shop » mon Dieu ! Se pourrait il que l'horrible nom Yankee du foot soit usité par trop familièrement dans ces contrées ?

Pitié, non ! Je file dans un book shop me rassurer sur le champ et me trouver une dose compensatrice... A défaut d'articles de journaux ou de pages Internet, à défaut de matchs à la télé (une semaine sans télé...) ou de supporters croisés dans la rue (pourtant je ne demande pas grand chose, une écharpe, un fanion dans une voiture me suffiraient...), à défaut de ces signes qui sauraient à même de calmer mes angoisses, je traverse la Liffey et remonte O'Connell Street jusqu'à croiser Abbey. Là, quelques mètres avant la Poste centrale, Eason dresse sa sculpturale gloire commerciale. J'entre le pas décidé, ôte cap & scarf, déboutonne le blouson et commence la prospection maladive des rayons dans ce grand espace dédié à l'édition des lettres.

football_1.jpg pas meme un ballon pourri dans une pelouse....

Fiction, fiction, fiction... Shit ! Crime, crime, crime... Shit ! Que les irlandais lisent Mankell ne fait rien contre mon manque ! Où est mon foot ? ! A l'étage, peut-être ! Je grimpe sur le champ. First floor, et rien que des dicos et des livres pour l'école... Fuck ! First fucking floor ! Ma marche s'accélère, je redescends, et rejoins les rayons d'un étage en sous-sol. Alléluia !

Des rangées sur le sport ! Je me rapproche, j'ai hâte ! Vite ! Entre joies et désespoirs, la partie foot s'étale sous mes yeux, ses almanachs, se bios, ses B.D., sous les thème « Soccer ». Je refoule au fond de ma gorge tout commandement épidermique disproportionné et feuillette compulsivement les livres, laissant mon index parcourir les couvertures de ceux que je n'ouvre pas en prononçant à voix haute le nom des joueurs disparus de mon quotidien : Damien Duff, Didier Drogba, Jamie Carragher, Eamon Dunphy... Je plonge mes yeux dans le rouge mancunien, fixe le regard de Steven Gerrard. Tout ce que je peux prendre, il me le faut : combien de temps encore devrai je tenir à ce régime de vache qui rit* ?

Le doute et le manque rendent à la fois prudent et excessif.

Revenu au calme d'un appartement une demi heure plus tard, je fume (un luxe) sur un balcon et rentre vite au chaud, l'esprit bousculé. Le pourfendeur que je suis est en manque ! Que se passe t il ?

Ne saurai je donc plus vivre sans lire chaque jour des choses que pourtant je sais, pour les avoir vu la veille même à la télé ? ! Ne saurai je donc plus vivre sans mettre en fond, là de mes yeux, ici de mes oreilles, la retransmission de telle énième partie pourtant déjà vu cent et une fois ? !

Où s'arrête le jeu si je suis en manque ?

le_ballon_br__le.jpg le ballon brûle
Ai je compensé la frustration de ne plus jouer, genoux récalcitrants obligent, par l'occupation du foot sur tout l'écran, par les journaux, et Internet, les émissions et autres directs d'avant et d'après match ?

D'où vient ce manque que je n'aurai jamais pensé un jour sentir en moi sous une forme à ce point tangible et dans une mesure aussi aigüe ?

D'une overdose précédente et... insoupçonnée ? D'une overdose, précisément.

Si je suis accroc, l'Irlande, sans télé ni journaux ni Internet, est un traitement de choc. Ce qui ne répond pas à la question que se posent tous les fumeurs qui trouvent que 20 cigarettes à 8 Euros devient déraisonnable : ont ils seulement envie d'arrêter de fumer ?

Alors même que je pressens le jeu pervers qui se joue autour de ma passion, suis je seulement prêt à aller au bout de mes idées... à pourfendre le trop en supportant le moins ? L'engrenage intellectuel a le mérite de prévenir tout encrassement prématuré du cerveau... et de gagner du temps. En attendant qu'une introspection dérive vers des conclusions claires, mes manques ont toute largesse pour se nourrir de leur besoin. Et le trop, s'il l'est, s'habillera de moins, sans secousse.




* Pour les habitants du Cantal, il paraît prudent de préciser que la variété et la qualité du fromage n'est pas une tradition universelle.



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