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Le match de la haine
Publié dans: Ordre du jour
Par [unknown placeholder $article.author$] - Nov 27, 2008 - 5:09:47 PM


Malgré des ouvertures plutôt sympathiques du r.e.c., je ne prévois pas de sortir souvent de mon exil (de la rédaction, pas du foot, je rassure mes 3 fidèles lecteurs) auto-imposé sauf pour des excursions purement philosophiques. Ca sera donc uniquement à l’occasion d’instances exceptionnelles pour partager avec vous une réflexion qui me taraude, comme dirait l’autre (ami de Linea), à laquelle mon esprit ne trouve pas de réponse satisfaisante dans la solitude de mon salon.

 

Je vous pose donc ces questions:

 

– les petits hommes verts préfèrent t’ils voir un Lille – St. Etienne crispant de médiocrité et hanté par le pressentiment d’une imminente déception aux conséquences désastreuses, ou plutôt un Rennes – Lyon doublement jouissif d’une défaite des gones et la confirmation d’un challenger au titre finalement plutôt sympathique ?

– est-ce qu’un Boys San (un nerazzuro donc) se délecte à l’idée de se taper 90 minutes angoissantes d’un Inter – Genoa stérile (14 frappes mais seulement 2 cadrés) et inquiétant au point de retomber dans les travers du doute et de la haine des siens typiquement intéristes? Ou trouvera-t-il plus de bonheur à la vue d’un rebondissant Lecce – Milan orgasmique de l’égalisation imprévue de la tête d'Esposito?

– les supporters de tous les clubs d'Europe et peut-être du monde entier – à l’exception des socios blancos – ne trouvent t’ils pas un immense réconfort et sens de justice universelle à la vue de quelconque récent match des mercenaires de la maison blanche, trébuchants tels un Jean-Louis Borloo à la sortie d’une réunion ministérielle bien arrosée?

borloo-sarko_small.jpg Si je pense que l’OM peut re-gagner la Champions?

 

Si à la lecture de ses quelques lignes vous avez eu l’impulsion d’hocher la tête positivement dans le sens de chaque question (car effectivement elles étaient scrupuleusement rhétoriques), je vous félicite, vous avez rejoins comme moi le club des "haters" (ceux qui haïssent). Bienvenus dans le cercle de ceux qui sont plus motivés par le sentiment d’opposition que celui d’appartenance, qui trouvent leur joie et leur sens de vivre dans le malheur de la cible choisie par leur désapprobation. James Earl Jones n'a t’il pas si bien résumé l’importance de cette force motrice en donnant la réplique à Schwarzie dans Conan? Pour les incultes, j’invoque la fin du film et ce moment de vérité quand la légendaire voix d’annonce de CNN réussissait avec tant de brio dramatique à confondre le guerrier barbare dans son élan de vengeance, donnant ainsi à l’acteur (autrichien) l’opportunité de montrer un visage de stupéfaction totale, en pleine correspondance à son véritable QI.

 

TDoom_ManU.jpg James Earl Jones en Thulsa Doom: Aussi accueillant que Ferguson à Old Trafford
Vous hésitez sans doute à signer votre carte d’adhérent, un peu refroidis face à ces paroles imbibées de venin puissant au niveau d’une potion de l’antithèse de Panoramix (et probablement aussi dubitatifs par rapport à mes références cinématographiques douteuses). Pourtant, la haine a aussi ses propriétés positives. C’est beaucoup plus qu’une émotion passagère, il s’agit plus d'un état d’âme, une disposition mentale puissante qui donne force et sens de mission. Sigmund ne l’avait t’il pas d’ailleurs si bien défini comme étant l’état de l’égo qui souhaite détruire la source de son malheur?

 

Cette définition plus nuancée du concept du « match de la haine » convient parfaitement à résumer la mine d’or en émotions et satisfactions qui attendent le footeux passionné dans son chemin du tifo en opposition. Pour ma part, je suis converti. Certes, si je me suis réconcilié avec mes Blues chéris d’antan depuis que Felipao a repris les reines des mains sales de l’infâme Avram, et qu’il m’arrive parfois même d’éprouver un peu de plaisir sur une belle frappe de Frankie ou une petite pichenette de Nico, ce n’est pas à Stamford Bridge que je trouve mon véritable bonheur ces jours ci, mais plutôt à l’Emirates. Si, si, et tout spécialement le 27 septembre 2008, date d’une mémorable victoire de Hull City dans l’antre des canonniers (ponctuée d’une superbe frappe du ressuscité Geovanni), ainsi que lors de la rencontre contre les Spurs le 29 octobre, qui arrachèrent ce jour-là 1 point au combien important pour leur reconstruction mentale. L’élan de joie dans ces circonstances particulièrement inattendues, déjà poussif grâce à la beauté des gestes (surtout la frappe de la vieille abeille brésilienne), est dédoublé du plaisir de voir le rival londonien perdre ainsi que de ne plus entendre la bave wengeroise de Stéphane Guy et de Jacques Crevoisier. J’attends encore de retrouver de telles émotions similaires à Anfield, car mon appétit a été titillé par la victoire que leur imposaient les Spurs (encore eux).

Arsene.jpg Arsène n'est pas serein

 

Les preuves sont nombreuses que je ne suis pas le seul à trouver mon bonheur dans ces enjeux du côté obscur. L’une qui mérite d’être partagée m’a été fournie tout récemment par des amis brésiliens que je surprenais à soutenir Del Pierrette et les siens contre le Real Madrid dans la Ligue des Champions, et de se réjouir de la double défaite de ces derniers. Pourtant ils n’ont guère de sympathie pour la vieille dame qui n’affectionne guère plus les auriverdes dans ses rangs. Il s’agit là d’un règlement de comptes avec les blancos qui ont depuis quatre saisons opéré une purge quasi-complète de leurs employés brésiliens, à commencer par le malheureux entraîneur Luxemburgo, suivi de Ronaldo, Roberto Carlos, Julio Baptista et enfin Robinho, débarqué d’une manière dégradante à Manchester City.

 

Le week-end passé fut lui-aussi riche en jubilations semblables sur le plan européen, dû en partie à une nouvelle défaite d’Arsenal, mis à terre en déplacement chez Manchester City par un Robinho auteur du but européen du week-end, ainsi qu’aux difficultés de toutes les équipes favorites pour le titre. Mais le vrai joyau se profilait au sud grâce à une juteuse programmation en Italie. Car la sauce était finement montée par les Italiens, et surtout par les milanistes, qui depuis déjà le samedi 22 novembre se frottaient les mains de la perspective de voir les deux plus grands ennemis, les deux autres zébrés noirs que sont l’Inter et Juventus, se neutraliser, ou en tous cas se fracasser l’un contre l’autre. L’enjeu de la rencontre sur le plan des points, déjà important, était surenchéri par la confrontation personnelle entre les deux ex-concierges de Roman Abramovitch. Quelle belle tour de haine, le prince de Mordor en pince! Le destin est finalement cruel car au lieu de se retrouver gagnant, les Milanais ont été un peu les grands perdants relatifs de cette journée; ne bénéficiant pas pour cette fois d’un penalty ou d’une autre décision arbitrale arbitraire, ils sont obligés de constater que l’Inter prend du large.

Ruubiiinhu.jpg Ruuuubiiiiinhu!

 

Que ce soit dans un rendez vous des « grands » d’Europe ou dans un petit derby régional, les joies du choix d’opposition, dit « de la haine », présentent une agréable alternative, ou en tous cas un complément à l’incertitude et la pénurie d’un choix pur du cœur. Pour ceux qui l’auraient compris, ainsi que pour les canonniers*, voici un petit cadeau inspiré de l’excellent « When Saturday Comes », en guise de remerciements à l’excellente nouvelle initiative graphique du mensuel anglais qui égaie notre mental.


Wenger_Tackiness_Index_Part_2_FR_small_3.jpg

 

* que je salue au passage pour leur sens de fair-play ce soir face à mes copains de l’est du Dynamo de Kiev.

 



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