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Un stade, un jour. Le Nou Camp
Publié dans: Ordre du jour
Par [unknown placeholder $article.author$] - Nov 18, 2008 - 8:15:48 AM


Il y a des périodes de la vie qui permettent les plus belles folies. Ce sont les entre-deux. Elles ne supportent pas de contraintes majeures et offrent des libertés dont il faut savoir se délecter. Sans enfants mais avec un pouvoir d’achat. Les amis sont encore ceux qui nous sont le plus proche entre la longue période de l’enfance où la famille reste le socle plus important et le temps où on construit à son tour sa propre entité où sa moitié est son plus grand miroir. C’est l’auberge espagnole.

 

Amitié et liberté de décider trois jours avant un match au sud de l’Europe qu’il est temps d’aller voir son premier vrai duel de titans en ligue des champions. En effet, que sont les Neuchâtel Xamax-Sporting Portugal ou Neuchâtel Xamax-Bayern Munich à côté d’un FC Barcelone-AS Rome dans le majestueux Nou Camp ?

 

batistuta.jpg l'Argentin porte très bien la fourrure

Dans ce type de confrontations, il faut toujours être accompagné d’un supporteur d’une des deux équipes, sinon, le match devient secondaire et le statut d’observateur est toujours moins vivifiant que celui d’aficionado.

 

Etre accompagné par un des 5'000 Romains présents dans le stade est quelque chose qui prend les tripes. 5'000 sur 90'000, ça prend au cœur, ça crée des liens, ça soude pour 90 minutes.

 

Les autres sont là-haut, accrochés aux étages les plus éloignés dans l’immensité du Nou Camp. Nous, pistonnés comme jamais, on se régale sur le second anneau, premier rang, vue plongeante sur le terrain et latéral sur le tifo géant « BARCA » que tendent les papys et les mamies, socios depuis des générations.

 

Quand on va au Nou Camp, on ne va pas au stade, on va au théâtre et il y a quelque chose d’incongru à entendre les Romains hurler leur miséricorde de ne rien voir. Ils font plus de bruit que les bourgeois catalans, qui par fierté réagissent sobrement et rarement par des cris essoufflés d’asthmatiques et la nuque remplie d’arthrose : « Barça, Barça ».

 

20 février 2002, 5ème tour de la deuxième phase de matchs du groupe B. Sur le terrain, on espère le meilleur : voir des buts et encore des buts. Ici, sur les Ramblas catalanes, Batitusta est craint comme la peste espagnole, Totti est un jeune génie prometteur et Montella ne dit rien aux pépés du premier rang mais excite le peuple romain aussi violemment qu’un gladiateur en sueur et en sang.

 

La Rome a fière allure. Pas un ne baisse la tête à l’entrée sur la pelouse: Tommasi agrippe l’extrémité de ses manches dans ses poings serrés. Cafu et Candela regardent déjà leur couloir respectif sur lequel ils vont enchaîner les 100 mètres. Emerson fait le dos rond, enraciné dans une pelouse parfaite et Samuel serre les mâchoires, impatient du combat qui s’annonce. Seul Lima et Zebina ressemblent à des petits garçons parmi tous ces géants.

 

A l’entrée des équipes sur le terrain, l’AS Rome se présente comme suit : Antonioli, Cafu, Lima, Totti, Emerson, Candela, Batistuta, Panucci, Zebina, Tommasi, Samuel

 

Montella attend son heure sur la panchina, tout comme Delvecchio, Cassano, Guigou, Aldaïr, Zago et Pelizzoli. Si l’équipe type ne manque pas d’air, le banc fait peur à voir. Capello a de quoi voir venir.

 

rivaldo.jpg Un ballon d'or sans équipe

Les locaux, pour leur part végètent sur une période de transition. Les Hollandais sont sur le terrain mais perdent déjà du pouvoir. La maison Oranj prend l’air et Carlos Rexach n’est pas architecte.

 

Néanmoins, sur le papier, les noms défilent. Mais sur le terrain, ils ne jouent que trop rarement la même partition. C’est la cacophonie : les violons dézinguent, les cuivres s’enivrent et les solistes hurlent plus qu’ils ne chantent pour se faire entendre.

 

Devant, Saviola, Kluivert, Luis Enrique et Rivaldo cherchent leurs mots en esperanto footballistique, en vain. Au milieu, Cocu et Sergi ne se voient déjà plus, épuisés par le placement défensif aléatoire de leurs attaquants. Derrière, Motta, de Boer, Puyol et Christanval ressemblent à la cour des miracles. C’est un patchwork qui laisserait passer le moindre courant d’air. Dans les buts José Manuel « Pepe » Reina (oui, oui, le gardien de Liverpool) débute en ligue des champions. Cette équipe n’en est pas une, c’et une addition.

 

Sur le banc, on se rend compte que la charcuterie espagnole est parfois moins alléchante que la boustifaille italienne : Bonano, Reiziger, Rochemback et Gabri. Seuls Abelardo, Xavi et Overmans donnent envie de se jeter comme des morts-de-faim sur le jambon catalan.

 

Ce soir, on assiste à un moment d’histoire. Les quelques 30 joueurs sont pratiquement tous annoncés présents à la coupe du monde asiatique. Les 90'000 spectateurs s’en lèchent les babines et nous on ne se lasse pas d’admirer l’ellipse catalane.

 

De fait, le match est assez équilibré même si l’équipe de Capello donne l’impression de mieux dominer les aspects tactiques du jeu. Rome semble solide et imprenable par ce Barça manquant de liant.

 

A la 57ème minute, Panucci fait hurler de bonheur les 5'000 tifosi placés à 120 mètres de hauteur. Nous, bien placés dans les espaces « middle class », on exprime notre joie par des applaudissements nourris qui pourraient passer pour de la politesse de la part de deux jeunes amateurs de football, neutres et objectifs mais qui sont bel et bien des poings serrés de soulagement.

 

La victoire s’annonce belle. Gagner au Nou Camp n’arrive pas si souvent en Ligue des champions, même avec Christanval. Les tifosis se rappellent déjà les guerres de 1984, époque ou Pruzzo, Falcao et di Bartolomei faisaient peur au continent (http://www.youtube.com/watch?v=Uyiymg2g6P4). Dans la cité de la louve, on est prêts à monter jusqu’en Ecosse (lieu de la dernière marche avant le Graal), de l’autre côté des anciennes frontières impériales pour montrer aux anciens vassaux que Rome ne meure jamais. Mais les Espagnols ne se rendent jamais sans combattre.

 

La preuve : dès le but de Panucci, le « cochon » de Madrid, les fières âmes barcelonaises se réveillent et poussent Jonathan Zebina dans ses derniers retranchements. Il transpire, sue à grosses gouttes et c’est toute la défense romaine qui est à la peine.

 

Kluivert, moins en veine que lors de sa première finale de ligue des Champions (1996) où il marqua le seul but du match entre l’Ajax et Milan retrouve ses travers de finisseur. Un peu comme lors de la demi-finale de coupe du monde 1998 (Pays-Bas-Brésil), il se révèle incapable de mettre le ballon dans le cadre d’Antonioli et ce n’est qu’à la 87ème minute qu’il conclut.

 

Le peuple catalan peut enfin libérer sa joie dans un cri collectif et assourdissant. Gilles Veissière siffle la fin du match. L’honneur est sauf. Rivaldo peut toujours rêver d’une première ligue des champions.

 



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