| Pudding + Feijoada = Indigestion
Statistiques Par Paul Ster, statisticien austro-hongrois subjectif - (autres articles du même auteur) May 11, 2005 - 11:14:00 PM |
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A l’heure où l’on parle d’Adriano, Ronaldinho ou Ronaldo sous la tutelle d’Abramovitch, il me saute aux yeux une évidence que tout statisticien en manque de moyennes, de médianes et d’écarts types aurait pu réaliser. Comme il me semble aussi que le rédacteur en chef semble s’immobiliser, se déshydrater dans son conte de la Coupe du Monde 2002 en différé des dessous de Scolari, je me lance pour vous offrir ma version des œufs dans les jaunes. Les cotillons, le carnaval et la samba vous manque, laissez vous emporter par la rigueur des chiffres de votre statisticien né à Kitzbühel, un soir de victoire de Franz Klammer.
Les Brésiliens, magiciens, ensorceleurs de la sphère cuirassée n’ont pas ou peu d’affinités en terre britannique et ce n’est pas le gentil minois du champion du monde Kleberson qui me démentira. Première recrue brasileira de l’histoire des Reds, « Kle » ne s’est même pas imposé pour une place de titulaire sur le banc de Sir Alex. Il passa plus son temps à changer de style, de coiffure plutôt que de browser sur une pelouse. Son temps de jeu il l’obtiendra en Seleçao lors de la Copa America, dont il sortit néanmoins vainqueur.
Kleberson (8 présences, 416 minutes jouées cette saison) n’est que l’exemple le plus récent de l’échec de l’introduction de la fièvre jaune au pays de Darren Tulett. Seul une quinzaine de joueurs s’y sont aventurés depuis maintenant 18 ans, avant de sombrer dans les blessures puis l’oubli. Mirandinha fut le premier d’entre eux (source: http://www.sambafoot.com), un joueur venu « sauver » Newcastle en 1987, mais dont le souvenir se résume à une illusion héroïque contre ManU et un kung-fu kick digne de Canto, dans la tronche du gardien de Wimbledon de l’époque, Dave Beasant.
Non, ce n'est pas Rick James sous crack, c'est Emerson Moises
Les passages remarqués de Branco, de la permanente d’Emerson Moises, de Doriva et de Juninho Paulista à Middlesbrough, furent aussi flamboyants que courts et heurtés. Mon premier frappa quelques coups francs à 212 à l’heure dans les tibias des murs de Liverpool, mon deuxième aurait pris Teeside pour Copacabana avant que sa femme ne découvre les charmes de la zone industrielle de Middlesbrough tout en lui demandant gentiment de rentrer au pays. Mon troisième, clone de Dunga avec le gêne du talent en moins reçut quelques applaudissements fanatiques pour des passes en retrait au gardien ou un duel gagné près du poteau de corner.
Enfin, mon dernier, bien que resté dans les cœurs des supporters de Boro pour sa technique fantasque et une saison où il transforma le Riverside stadium en cirque du foot (96-97), enchaîna ensuite blessure sur blessure, allers-retours entre le Brésil et l’Espagne avant de rater encore un transfert vers le Celtic de Glasgow. Le Celtic, plus friand des passements de jambes-tondeuse à gazon d’Hartson, que de la gestuelle « funky » du dribbleur de poche qu’est Juninho.
Roque Junior, quant à lui, un autre champion du monde, s’est littéralement humilié en prenant branlée sur branlée au sein d’un Leeds en pleine déconfiture aux côtés d’Olembe, Sakho et toute une armada de joueurs en perdition. Même sort pour Jardel, que même Bolton et les talents de guru de Sam Allardyce n’ont su réhabiliter, le maillot flottant, couvrant une bedaine digne de Jean-Marc Thibault, Super Mario n’avait plus rien de super, 7 matches, 0 buts, 1 carton jaune pour coup de bide.
Gilberto, un talent indéniable
Dans ce portrait que je vous dresse, triste, morose et affligeant, les brésiliens d’Arsène semblent être les seuls à tirer leur épingle du jeu. Londres est effectivement un environnement autrement plus attractif que le Nordeste british. Tour à tour, Silvinho, Edu et Gilberto Silva ont pu amener de la valeur ajoutée aux Gunners. Gilberto Silva fut particulièrement convaincant lors de sa première saison, partenaire idéal de Vieira, il impressionna par son jeu posé tant en Championnat qu’en Ligue des Champions. Les blessures l’ont quelque peu freiné cette année mais il semble bien intégré au sein de ce groupe hétéroclite (plutôt hétéro que clite d'ailleurs). Le transfert foireux d’Edu vers Valence exprima un tout autre constat, celui-ci désire partir jouer en Espagne, malgré le chant de sirène qu’Arsène entraîne.
Les causes de ce flop auriverde sont à chercher évidemment côté culturel, une feijoada contre un pudding, une samba contre un bon pog, bonjour les stéréotypes, mais apparemment c’est ce qui aurait empêché Ronaldinho de fouler la pelouse d’Old Trafford avant qu'il ne signe finalement pour le Barça (pourtant je connais des brésiliens qui se sont imposés dans les Iles Féroé, c’est vous dire). Notre excellent confrère Sambafoot (lien ci-dessus) cite aussi la difficulté d’obtenir des permis de travail en Grande-Bretagne, comme autre source au nombre limité de footballeurs brésiliens. Afin d’être qualifié pour le championnat d’Angleterre, un joueur brésilien doit avoir participé durant au moins 75% des parties jouées par sa sélection et ce dans les deux dernières années. Ce qui voudrait dire par exemple qu’au sommet de sa forme avec l’OL, il aurait été impossible pour Anderson de concevoir une poursuite de carrière en Premiership.
Un fou qui ne s'arrête jamais
Les récentes jérémiades de Socrates, 50 ans ou de l’éternel Romario, du côté du club amateur de Garforth Town n’iront redorer le blason brésilien qu'aux yeux des britanniques nostalgiques, les autres, préfèrent s’extasier sur les prouesses des jaunes en sélection sur Bravo (chaîne du bouquet Sky) plutôt que de les voir gambader sous le maillot de leur club favori.
En attendant, Roman continue de rêver aux frappes supersoniques d’Adriano
