Frissons italiens
Weltmeisterschaft 2006
Par Lorenzo Fanfani - (autres articles du même auteur)
Jul 13, 2006 - 1:57:00 AM

Quatre Coupes du Monde! J’ai bien dit quatre. Juste une de moins que le Brésil, qui maintenant sent notre souffle sur le cou et va devoir comprendre que 11 champions qui jouent individuellement ne vaudront jamais une équipe qui joue collectivement. Une de plus que l’Allemagne, qui à domicile, espérait conquérir une étoile supplémentaire mais n’avait pas assez d’imprévisibilité. Deux de plus que l’Argentine, qui en ayant toutes les chances de son côté a eu peur de gagner. Trois de plus que la France, qui après avoir très mal débuté la compétition a peut-être été trop sûre de vaincre. Bref, quatre Coupes du Monde.

 

            Quatre Coupes du Monde c’est énorme. L’Italie, en terme de nombre d’habitants, est un des plus petits pays du gotha footballistique. Plus petit que tous les concurrents directs mis à part l’Argentine, nous ne sommes que 58 millions à vivre dans la Botte : moins d’un tiers des brésiliens, un tiers de moins que les allemands et trois millions de moins que les français. Petits en quantité, immenses en qualité. Ceci est fruit de siècles d’apprentissage et de perfectionnement. Si les anglais aiment se dire inventeurs de ce sport, ils ne veulent probablement pas se souvenir que du côté de Florence nos ancêtres le jouent depuis la Renaissance et, pour en interdire l’excès de pratique, sur les murs de la ville toscane était écrit « Jouer au Calcio est interdit ici ». Mais depuis le temps de la Rome antique quelques cousins éloignés de Giulio Cesare essayaient déjà de courir derrière une balle pour arriver près d’un embut. Une nation de football ne s’improvise pas telle en quelques années, et arriver à gagner plus de 20% des tournois mondiaux organisés n’est pas un exploit négligeable, ou plutôt c’est un exploit remarquable.

 

            La Coupe Jules Rimet est précieusement conservée au Brésil après que la Seleçao l’ait remportée en 1970 (victoire à Mexico City contre l’Italie) pour la troisième fois. Le trophée actuel est une sublime statuette de 36,8 centimètres de haut pour 6,175 kilos réalisée en or 18 carats. Soulevée aux cieux elle devient encore plus belle, presque émouvante, image même de la majestuosité du football, Dino Zoff l’a brandie le 12 juillet 1982 à Madrid et Fabio Cannavaro le 9 juillet 2006 à Berlin mais une prochaine troisième victoire ne lui permettrait pas de revenir dans les terres de son créateur, Paolo Gazzaniga, puisque la Fifa a décidé de la garder et de ne donner au gagnant qu’une réplique moins précieuse. Lundi 10 juillet, après avoir passé la nuit dans les bras du capitaine de la Nazionale, la Coupe est arrivée à Rome pour qu’un million d’italiens puissent l’admirer dans le cadre unique du Circo Massimo, le lieu où, à partir de 329 avant-Christ, se sont déroulées pendant des siècles les courses de chars. Le spectacle fut à couper le souffle car la pleine lune illuminait les ruines envahies pour l’occasion par de nombreux fans incontrolables, mais aussi des dizaines de milliers de drapeaux bianco-rosso-verde agités inlassablement. Sur la scène les joueurs se laissèrent aller à danses et discours rythmés par l’entraînante ‘Seven Nation Army’ des White Stripes, nouvelle chanson-symbole de la Squadra empruntée à la Curva Sud qui l’avait adoptée et adaptée (Po-po-po-po-po-poo-poo) pendant la superbe série-record de 11 victoires alignées par la Roma cette saison.

 

            Comme la nuit précédente il fut difficile de s’endormir en Italie, car les caroussels de voitures et de scooters ont rempli les villes et les villages jusqu’au petit matin. J’habite à côté du Stadio Olimpico et ceux qui connaîssent un peu la capitale sauront que pour arriver chez moi depuis Piazza Navona, en deux roues, l’on ne met pas plus de 15 minutes. Dimanche soir, rentrer à la maison m’a pris plus d’une heure, et ce malgré une certaine maîtrise du zig-zag sur mon Piaggio. Le lungotevere, les quais de Rome, étaient bondés de véhicules et pas une seule personne croisée n’avait pas les trois couleurs de notre drapeau quelque part sur elle : chapeaux, casquettes, maquillage, banderôles, bannières, maillots, tee-shirt, sous-vêtements. Un surprenant tapis frémissant qui n’en pouvait plus de rester enroulé dans un coin des coeurs et qui a vécu cette victoire comme une libération. Ce genre de manifestations, ces moments d’exhaltation collective ne sont provoqués que par le football et les joies qu’il est capable de procurer. Et de ça nous ne pouvons que l’en remercier.

Rien ne servira d’ouvrir un débat sur le match d’un dimanche pas comme les autres mais je suggère à tous nos lecteurs de lire attentivement l’article (http://www.subjectifoot.com/artman/publish/article_560.shtml), incisif, subjectif mais juste, écrit par notre Total Partizan. La meilleure façon de parler de ce qui s’est passé vers la fin du match est d’en rigoler (si on le peut vraiment) et pour cela je reporte à ceux qui ne l’auraient pas lue la blague qui circule sur le web et qui expliquerait le geste de ZZ. MM aurait osé lui dire : « Pourquoi tu ne viendrais pas jouer à l’Inter l’an prochain... ?».  

 

Je n’ai pas besoin de vous dire, vous le savez déjà, à quel point le football est, en Italie, suivi, regardé, étudié, analysé, lu. Une donnée m’a cependant surpris et ce bien que conscient du fait que La Gazzetta dello Sport soit souvent, le lundi matin en particulier, le quotidien le plus acheté du pays. Le lendemain de la victoire mondiale le journal rose a été imprimé en 2.302.088 exemplaires, record italien de tous les temps. Imaginez que si on décidait d’empiler toutes les copies, la plus haute atteignerait les 921 mètres, c’est-à-dire plus de trois Tour Eiffel l’une au dessus de l’autre.

 

Ce serait beau d’ériger un monument aussi imposant dans le coeur de Paris pour vérifier si les calculs ont été bien faits, mais il est clair qu’aujourd’hui il se transformerait vite en le plus grand bûcher de tous les temps. Rage et déception sont incommensurables de l’autre côté des Alpes mais le destin offre à la France une occasion de revanche à court terme et je ne parle pas du match de qualification à l’Euro 2008 qui aura lieu le 6 septembre. Non, bien mieux : Les championnats du monde de feux d’artifice auxquels participeront les deux nations et qui se dérouleront du 4 au 7 août à Val Montone, dans la région de Rome. Venez nombreux...