Petite chronique sans désespoir
Weltmeisterschaft 2006
Par Total Partizan - (autres articles du même auteur)
Jul 10, 2006 - 3:51:00 PM

Refusons d’emblée les larmes. Refusons les grandes phrases. Refusons les grands mots. Refusons de pénétrer le champ lexical des mythes et des défaites, d’héroïser, de condamner, de légender. Refusons de clamer, de blâmer.

 

Refusons de laisser la place aux mots définitifs alors que l’émotion est là. Alors que l’exceptionnel à peine cède sa place au cours normal des choses.

 

Ce n’est pas dans le chaud des tourbillons du sang que l’esprit cible les raisons et les tenants, que l’esprit trace les contours des âmes et des enjeux. Point trop de cœur, qu’il ne sétouffe…

 

Que s’est il au juste passé hier ? L’Italie a gagné la Coupe du Monde aux tirs au but. Zidane a tiré sa révérence sur un mauvais geste. Qui le privera sans doute injustement du titre de meilleur joueur de la Coupe du Monde au profit d’un profil défensif qui collera d’ailleurs sans doute plus facilement au jeu déployé depuis un mois… Platini parle d’une Coupe tactique, de la Coupe des entraîneurs. Mais la FIFA, à 11H 07 ce lundi 10 juillet, dément mon ironie maniaque… Zidane a bien l’honneur du sacre en question.

 

Au jeu des entraîneurs, Lippi l’a t il emporté contre Domenech ? Ce dernier dira non. Et pour cause, son équipe n’a pas perdu de match.

Mais Domenech a sans doute perdu le titre de champion du monde en n’évitant pas à son équipe les tirs aux buts, et ne les a sans doute pas évité en se refusant à toute forme ou presque de coaching pendant un mois. N’était il pas possible de faire davantage participer Trézéguet, en décalant plus tôt Henry sur le côté, lui qui prenait de vitesse la défense italienne sur ses accélérations, plus tôt c’est à dire avant qu’Henry ne soit soumis au régime astreignant des crampes ? N’était il pas possible que Diarra soulage Vieira plus souvent dans cette Coupe, et notamment au premier tour, afin qu’en chaque fin de match le grand Patrick repose un peu ses compas ? N’était il pas possible de sélectionner Giuly afin de disposer de solution de haut niveau pour gérer les remplacements ?

 

Autant de commentaires sans réelle importance. Sinon celle du plaisir de parler football.

 

Et dieu sait que cette finale fera marcher les langues. Surtout en France, où la communauté italienne est suffisamment importante pour qu’il y ait encore pendant de longues années des discussions échevelées.

 

Il vient plusieurs points à ce propos.

 

Peut on reprocher aux italiens de gagner contre nous et cette année un titre que nous leur avions pris dans les dernières secondes en 2000 ? Certes, il s’agissait alors d’un Championnat d’Europe, cela n’a pas la même portée… quoique l’amertume ne se mesure pas vraiment…

 

Peut on reprocher à l’arbitre d’avoir sorti un carton rouge à l’encontre de Zidane ? Le numéro 10 des bleus aura fait les frais d’une jurisprudence vidéo… puisque la vidéo n’a pas encore cours dans le règlement mais aura servi pendant la finale…

 

« Peut on reprocher ? » car l’on cherche souvent les raisons, voire les responsables d’une défaite…

 

Mais il ne faut rien chercher concernant la finale d’hier soir, rien chercher de précis. Ce sont deux grandes équipes qui ont joué, aucune ne méritait plus que l’autre de gagner le trophée suprême du foot. Il ne faut rien chercher qu’éviter de croiser Lorenzo Fanfani dans les couloirs de la rédaction…

 

Il faut surtout retenir un match admirable d’intensité tactique et physique dans lequel il n’y aura manqué que plus d’occasions de but et d’arrêts de gardien… Buffon s’en va peut être vers le titre de meilleur gardien du tournoi alors même que sa défense a été si forte qu’il n’a rien eu à prouver de son talent…

 

S’il est un joueur transalpin qu’il faut récompenser, c’est bien Cannavaro. Loin devant Pirlo, extraordinaire en première période, effacé par la suite. Des minutes où le milieu de terrain relayeur fut moins présent, l’Italie se replia sur sa base, cette défense en bloc quasi imprenable… puisque aucune équipe, dans le jeu, ne l’aura prise à défaut… Vous me direz, pour cela il suffit de provoquer des penaltys…

 

Et pourtant, cette défense me laisse un goût amer en la personne d’un imposteur qui m’en rappelle un autre.

 

Le terme d’imposteur est bien entendu disproportionné. Je l’utilise par provocation gratuite, tout protégé que je suis par mon statut de perdant.

 

Il est un joueur qui en finale de la Coupe du Monde 98 s’est immiscé dans la charnière centrale des bleus, a levé le trophée à l’égal de Desailly, pendant que Laurent Blanc vivait la scène sans gouttes de sueur que celles d’un suspense assumé depuis le banc de touche… Loin de démériter sur la finale, ce défenseur n’incarnait pourtant rien de bien excitant en matière de défense. Et sa solidité n’empêchait pas qu’il était avant tout, et seulement, solide…

 

Le terme d’imposteur est disproportionné parce qu’il sous-tendrait que la liste des 23 n’a pas de sens, qu’il faut gagner la Coupe du Monde à 11, etc. Le terme d’imposteur signifie seulement : George Weah n’a jamais joué ne serait ce qu’une minute d’un match de Coupe du Monde. Ryan Giggs non plus.

 

Franck Leboeuf est champion du monde.

 

L’imposture d’hier soir est plus grossière encore dans la mesure où elle offre le statut d’homme du match à Materrazzi. Il a marqué. Il a su prendre à son compte cette vérité chinoise de l’art de guerroyer : si ton adversaire est colérique, énerve le ! Il a marqué durant la séance des pénaltys. Bref, plus que Pirlo ou Buffon et même Cannavaro, c’est lui qui est au cœur du match et de ses moments forts…

 

Et pourtant… le malheureux Nesta n’aura pas ses lauriers qu’il mériterait tellement plus… et l’on eut préféré que lumière se fasse sur un joueur qui est digne de celles d’une finale de Coupe du Monde.  Mais n’est ce pas une des grandes beautés du foot que d’être aussi ambivalente que la vie ?

 

Pour autant, il est fort à parier que le héros d’hier soir vive une intronisation dans l’histoire du football moins glorieuse que prévue… et que les mémoires se rappellent davantage du joueur qui a su faire disjoncter un des plus grands génies du l’histoire du jeu, alors même que le génie s’offrait encore aux yeux du monde dans ses dernières secondes…

 

Zidane dont l’on espère qu’il ne fera pas l’objet des commentaires bavards de toutes les presses, notamment françaises.

 

Le carton rouge fait partie du jeu ; il n’enlève rien aux éclairs de génie qui précèdent. Zidane était le patron, encore hier. Malgré son épaule. Malgré son âge. Malgré la pression. Il était le patron d’un stade de 70 000 personnes et devant des millions de téléspectateurs. Et il n’a pas trente cinq ans.

 

C’est étrange comment la défaite en finale est moins amère que cette retraite… comment tout à coup, avec le départ de Zidane, à nouveau, un sentiment de vide émerge…

 

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

 

Alors il faut se consoler avec les mines ridicules des directs de TF1, qui avait tout prévu pour gloser sur la fête des Champs pour le reste de la nuit, et s’est retrouvé bien en peine de tout… Il faut se consoler avec le ridicule de la publicité d’Adidas sur l’Arc de Triomphe… Adidas qu’on retrouve de partout… jusqu’au nom des récompenses… le Soulier d’or Adidas… etc…

 

Overdose de TF1, d’Adidas, de marques en tout genre qui « vulgarisent » notre espace visuel et pollue notre cerveau disponible.

 

La Coupe du Monde est terminée. Total Partizan peut enlever sa tenue de civil et repartir à l’assaut des injustices…

 

Footeux, entends-tu la voix blanche du foot

Etreindre les gradins et les canapés

Là où les dirigeants s’en foutent

La Voix des Footeux les prendre à contre pieds !?