Skuhravi, Modern Talking appliqué au football
Mon empire aux tendances tyranniques ayant tenu le peuple Slovaque en infériorité pendant plus d’un millénaire, je me sentais d’aplomb, afin de laver ma conscience, d’ériger une statue littéraire au bénéfice d’un de ses joueurs. Pourtant, footballistiquement autant qu’historiquement, la Slovaquie fut grande perdante de la scission à l’amiable en 1993. Avec le charme de Prague, les Slovaques perdirent aussi leur identification au talent des Nedved, Rosicky, Baros et autres Berger. Trop peu de différences séparent la Tchéquie de la Slovaquie et trop de liens l’y rattachent, la
langue et la culture sont issues d'une souche identique et le mot tchécoslovaque reste tout à fait pertinent. Aznavour chantait la bohême, les Tchèques et les Slovaques la vivaient ensemble.
Ainsi, la dernière fois que l’on vit la Tchécoslovaquie défendre ses couleurs dans une phase finale d’une compétition internationale fut lors du soporifique Italia 90. Pendant que Roger Milla ensorcelait les poteaux de corners, les coéquipiers de Moravcik butaient contre les champions du monde, le tank germanique, en quarts de finale et se distinguaient en cartonnant les USA, le Costa Rica et en humiliant ma nation voisine d’un maigre 0-1. Une campagne noble avec 10 buts marqués, dont la moitié fut inscrite par la foudre et la coupe de cheveux brosse-devant, long-derrière de Thomas Skuhravi. Avec 5 buts, le sosie de Daniel Van Buyten terminait deuxième buteur derrière un autre grand joueur ayant marqué l’histoire du football d’une manière délébile : Toto « court sur patte » Squillaci et devant, excusez du peu, Gary Lineker.
Pourquoi vous entretenir de Skuhravi ? Pourquoi vous entretenir d’un joueur ayant moins de calibre que Pierre Yves André et Frédéric Née réunis et ayant culminé sa carrière en club avec le médiocre Genoa? Car le snobisme tchèque ne pourra que se souvenir de la classe ponctuelle de cet attaquant Slovaque, afin de glorifier un palmarès national modeste mais honorable. Thomas est donc mon point de référence imaginaire au sujet du jour, pour clamer haut et fort, qu’il n’ y a pas que les Tchèques qui ont forgé la réputation footballistique de cette contrée qui jadis, ne fut qu’un seul pays. Et si Marek Mintal n’a de point commun avec Thomas que sa nationalité, il s’inscrit aujourd’hui comme une des seules légendes de la courte histoire du football de la Slovaquie complexée. Marek qui ? vous exclamez-vous, Marek Mintal vous réponde-je, un sombre milieu de terrain du Fussball Club de Nuremberg, plus que modeste quatorzième de la Bundesliga.
Il n’y a pas que JC Sabatier qui peut se gargariser de sa science saxonne, sur subfoot.com on sait dénicher les perles rares avec l’accent de Goethe. Vous attendiez les chiffres, les voilà : Figurez vous que cette tête de premier de classe boutonneux
Mintal, 1er au rang des anonymes
est un redoutable buteur ayant marqué ni plus ni moins que 22 des 49 buts inscrits par son club, cette saison en Bundesliga, et ce en 2790 minutes, coiffant la teinture au rabais de Marcelinho (18 buts) et le pif au flair insatiable de Roy Makaay (16 réalisations). D’autant plus méritoire, lorsque l’on sait que dans l’entrejeu de Nuremberg, l’on ne possède ni les jambes arquées de Zé Roberto, ni l’abnégation de Michael Ballack pour vous offrir sur un plateau les Weltklasse Tor (non, je ne vous parle point du frère de Michelle Torre mais des buts de classe mondiale).
Marek Mintal, venu tout droit du MSK Zilina, s’impose bien drôlement au pays de Beckenbauer. Profitant des scores fleuves qui fleurissent les tableaux de Mathoux un dimanche à 22h49, il reste pourtant inconnu au bataillon. On ne parle que d’Ailton, Marcelinho et Makaay mais quid du Slovaque de 27 ans ?
Cette impression est confirmée lorsque l’on recherche des sujets sur le bougre, un quart de colonne sur Kicker, une tête de ligne dans un coin de l’Equipe, un postillon de ce même JC Sabatier dans l’Equipe du Dimanche et sur le web, quasiment rien à se mettre sous la dent. Bref, de quoi déprimer et me lancer dans le portrait ingrat mais néanmoins mieux documenté statistiquement parlant, de mon homonyme à la coiffure frisée grisonnante.
Vous vouliez moins glamour qu’un joueur de la trempe de Jan Koller ? Subfoot.com vous a présenté Marek Mintal, 27 ans né à Zilina en Slovaquie, meilleur buteur de la Bundesliga.