Lotina en perdition
espagne
Par David Cap - Spanish fly (autres articles du même auteur)
Mar 4, 2008 - 2:15:06 PM

Aujourd’hui, pour continuer dans la série des personnages symboles de la Liga, nous allons vous présenter celui de Pierrot le clown triste, réincarné en la personne de Miguel Angel Lotina, de nouveau sous les feux de la rampe.

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L’actuel entraîneur du Deportivo la Coruña n’arrive pas à se départir de son image de Droopy lymphatique et timide, ce qui en fait une victime facile des critiques qui lui tirent dessus à bout portant depuis quelques semaines déjà.

Pourquoi ? Tout simplement parce que ce bon vieux Miguel est arrivé au pire moment dans un club aux fondations aussi pourries que celles de Venise, et de fait il doit ramer à mains nues pour faire avancer sa gondole.

Rappelons-nous. Le Depor c’est ce club galicien sorti de nulle part au milieu des années 90, faisant enfin mentir la réputation de loser traînée par le Celta Vigo ou le Pontevedra. Le club qui a lancé en Europe Rivaldo, Bebeto et Djamilnha, consacré Donato, Naybet, Mauro Silva et Makaay et révélé Pauleta, Fran, Valerón, Luque, Pandiani ou encore Diego Tristán (même si ces 3 derniers joueurs ont ensuite ramé sortis du cocon).

Le club qui sur la dernière décennie a glané une Liga (1999/2000), fini 4 fois second (1993/94, 1994/95, 2000/01 et 2001/02), soulevé deux fois la Copa del Rey (1995 et 2002), et joué une demi-finale de Ligue des champions (2004) et une de Coupe des Coupes (1996). Ce qui n’est pas mal du tout dans un contexte habituellement écrasé par le Real et le Barça. Trop bon, même. Pour s’expliquer une telle entrée fracassante dans l’élite de l’élite, la rumeur murmura que le président Augusto César Lendoiro, en place depuis 1988, avait décidé de pactiser avec les narcos du lieu et leurs amigos colombianos : les transferts de joueurs comme meilleur moyen de blanchir la blanche.

Il est à supposer que la route de la cocaïne boude désormais le port galicien, car depuis 3 ans les caisses sont vides et les jeunes joueurs du centre de formation qui colmatent les brèches laissées par le départ des stars se battent pour ne pas descendre.

Et pour traiter ces cas cliniques désespérés, la liste des chirurgiens sérieux et compétents est réduite. Lotina a pu jouir un temps de cette réputation en Espagne. Le natif de la cambrousse basque, joueur sans génie, a fait ses classes d’entraîneurs dans le football amateur, permis la remontée de deux équipes en Liga, pour y faire enfin définitivement son trou, gagnant une coupe du roi avec l’Espanyol (2006) et surtout qualifiant deux années de suite le « petit » Celta pour la Ligue des Champions (2002 et 2003).

Honnête et professionnel, Miguel Angel apparaît cependant de plus en plus dépassé par les joueurs tendance merdeux mal éduqués qu’ils dirigent et la lâcheté des dirigeants qui le chapeautent. D’ailleurs, si Leondoiro ne l’a toujours pas viré, ce n’est pas pour une question de contrat, mais pour connaître le risque d’électrocution si il enlève ce qui constitue son dernier fusible… Après sa proscription par les joueurs de la Real Sociedad l’année dernière, Lotina cette saison a dû faire face à un nouveau camouflet public de ses pupilles du Depor.

Alors que l’uruguayen Munúa, le gardien remplaçant, avait détruit dans les vestiaires l’arcade sourcilière du titulaire Ouate,
ouate.jpeg Ouate défoncé, c'est la ouate qu'il préfère
bisounours suspendait les deux jusqu’à la fin de saison, arguant en substance qu’Ouate, pour être une grosse tête de con, méritait son sort. Les 4 capitaines de l’équipe convoquèrent alors une conférence de presse pour soutenir l’israélien, obligeant Lotina à manger sa chasuble et ses plots d’entraînement. Ce dernier rectifia peu après et réintégra le gardien dans l’équipe. En assumant pour les autres, comme d’habitude.

Mais ce nouvel épisode montre que les traitements de choc proposés à ses équipes par ce catholique fervent ne ressemblent plus guère qu’à des séances d’extrême onction. Devenu en 3 ans une sorte de Robert Nouzaret espagnol, Lotina est dans la panade. Le constat est cruel: évincé de l’Espanyol alors reléguable (2005/2006), descente avec la Real Sociedad (2006/2007), et de nouveau reléguable avec le Depor. De quoi siffloter le refrain spanglish de la chanson de Beck : « Soy un perdedoooor… ».

Piedad ! L’homme reste malgré tout sympathique et profondément malchanceux. Dans la confrérie des entraîneurs professionnels de Liga, Lotina est le meilleur représentant des éducateurs à principes qui apparaissent de plus en plus en voie d’extinction dans un championnat qui aime le clinquant des ambitieux en costards, des anciens joueurs vedettes à l’ego surdimensionné et des mercenaires étrangers à la recherche d’un contrat juteux .

Miguel a choisi une autre voie, celle du profil bas et du jeu beau et élégant. Il est lucide sur sa situation, mais ne se reniera jamais : « Depuis longtemps vous me dîtes qu’il s’agit de mon dernier match, et cela arrivera un jour. Si je sors à jouer au « kick and rush », que je perds et qu’ils me virent, je ne me sentirais pas bien avec moi-même. Si je joue bien, que je perds et qu’ils me virent, je m’en irais dégoûté, mais au moins je m’en irais bien avec moi-même. Certains meurent avec leurs idées (…) je crois en une manière de jouer au football et je mourrai avec elle. Les résultats sont le plus important en football mais je n’ai pas l’obligation d’y être enchaîné…je crois qu’en jouant bien au football, c’est plus facile ».

Pur et romantique, ingénu sûrement, Miguel regarde les yeux tristes sa carrière partir en lambeaux en même temps qu’une certaine idée du football.