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Real Telenovela
Publié dans: espagne
Par [unknown placeholder $article.author$] - Mar 2, 2007 - 10:04:00 PM


Real Telenovela

En toute objectivité bien sûr (ahem, ahem), on a tendance à tomber dans la facilité d’ingurgiter sans faire gaffe des nouvelles du Real Madrid. Eu égard au placardage, voire à la propagande médiatique à laquelle personne n’échappe ici. Le grand Real, le club du siècle blabla occupait, occupe et occupera toujours le devant de la scène ibérique, tout du moins tant que l’Etat espagnol ne se sera pas disloqué sous les coups de boutoir de l’ignorance et de l’égoïsme politiques, enfin bref, ceci est un autre sujet.

Plus qu’un club de foot, on parle ici d’une véritable institution, le baromètre autour duquel se mesure en bonne partie la température de la Liga ; n’en déplaise au Barça, dont l’audience et le prestige sont plus exclusifs. Mais alors, pourquoi évoquer ce club une fois de plus? C’est que cette année, il faut bien le reconnaître, le panorama est exceptionnel, le degré de comique a atteint un point culminant, et que rigoler des malheurs des riches reste toujours un exutoire salutaire. Car ça part véritablement dans tous les sens, l’ensemble des vices s’étalent au grand jour, comme si la sortie ratée de Florentino Pérez avait ouvert la boîte de Pandorre. Le gros machin merengue est ingérable, et personne, de Calderon à Capello, ne semble savoir comment passer une semaine sans qu’une tuile plus improbable que la précédente ne vienne tâcher encore plus une tunique blanche déjà bien sale.

images-2.jpg fayot

Déjà, Ramon Calderon, le nouveau président , n’a toujours pas réussi à affirmer son autorité, ni auprès du conseil d’administration, ni auprès des socios, ni auprès des joueurs, ni auprès de cette presse agressive qui lui saute à la gorge comme un pitbull sur le crâne d’un nouveau-né. Mauvais communicant, le nouveau président est mal armé pour affronter les paparazzis de Marca ou de As, qui remuent la merde avec l’empressement de lombrics affamés. Une situation que dénote franchement avec l’ère Pérez, toujours aux petits soins pour les hyènes, et qui n’eut à essuyer aucune critique frontale durant son mandat.
C’est que Calderon a pris le pouvoir presque par surprise en profitant de la pagaille et l’impréparation laissée derrière elle par l’équipe Pérez (qu’il connaissait bien pour en avoir été membre un temps). Les courtisans suceurs de l’ère Florentino, les Mir , les Palacios (et ces mêmes plumitifs qui chantaient leur louange en pensant assurer leurs arrières) n’ont pas vu le coup venir, trop occupés à remettre à sa place à leur droite un Lorenzo Sanz ressuscité, sans penser à protéger leur gauche. Avec la vieille ficelle des promesses intenables (Kaka, Cesc) et l’alibi d’un Capello et d’un Mijatovic vainqueurs de la septième , le Ramon a gagné de justesse. Gros-Jean comme devant, les mauvais perdants ont bien tenté un recours en civil sur les votes par courrier annulés, recours qui a tenu en haleine les crédules, jusqu’à ce que les juges de la XI section de la Cour Provincial de Madrid ne confirment fin janvier la décision de ne pas comptabiliser des bulletins à l’identité invérifiable .

Mais si Calderon ne peut pas faire grand-chose contre une presse vorace qui ne lui laisse même pas le bénéfice du doute, s’il n’a fait que se défendre face à la rancoeur d’adversaires trop imbus d’eux-mêmes, finalement nuisibles au club dans leur volonté de ne pas perdre la face et de s’accrocher à leurs rêves de gloire enterrés par leur propre incurie, le rejet qu’il provoque chez les socios et les joueurs lui est grande partie imputable. Il faut dire que ce bon vieux Ramon est une sorte d’ersatz de Pierre Richard, capable de s’étaler par terre parce qu’il a oublié de lacer ses godasses. Face aux supporters, il pensait naïvement que l’arrivée du capitaine italien vainqueur de la coupe du monde, Fabio Cannavaro, couplée à celles de Reyes, de Diarra et d’Emerson, ce sang espagnol et ces milieux de terrain défensifs de talent réclamés à corps et à cris depuis des lustres par le public, feraient l’affaire. Mais le jeu défensif de Capello, les résultats irréguliers et le faible rendement des nouvelles recrues ont eu rapidement raison de la patience d’un Bernabeu capricieux qui, quitte à perdre, espère au moins du spectacle, alors que le jeu brillant du Barça les nargue depuis trop longtemps. Capello n’a pas non plus facilité la tâche, montrant pour une fois de sérieux signes d’incohérence, tant dans ses choix tactiques que dans la gestion du groupe. La danse sur le thème de « Je t’aime moi non plus » avec Ronaldo, Beckham, Cassano, voire Robinho, Reyes et Helguera ont rivalisés avec les meilleurs scénarii des telenovelas proposées les après-midi aux ménagères pour meubler leur ennui.

Quant aux joueurs, el presi n’a cessé gauchement de les critiquer, sans se soucier de ménager ces ego énormes, habitués à ce que papa Pérez leur pardonne tous leurs écarts. L’épisode le plus hilarant remonte d’ailleurs à quelques semaines quand Ramon, sûrement échauffé par le vin et devant un parterre d’étudiants admiratifs, a clamé tout haut ce que tout le monde évoque tout bas, en oubliant qu’un micro pouvait être branché quelque part. De Beckham (« acteur raté d’Hollywood ») à Guti (« l’éternelle promesse à 30 ans ») en passant par l’« ignorance et l’inculture » de ses pupilles et l’épisode des joueurs saouls à l’entraînement (Robinho et Ronaldo entre autres), l’ironie a été de mise pour ridiculiser la vieille garde, quand au même moment se négociaient les arrivées des jeunes argentins Higuain et Gago. Les joueurs, après avoir beaucoup réfléchi et avec l’aide de quelques conseillers, en ont déduit que leur président leur avaient manqué de respect, et l’on fait savoir,
images-1.jpg ça ne rigole pas toujours avec Calderon

le bon fils Raul montant au créneau pour défendre le statut de ses camarades, et le sien au passage. Suite à une réunion houleuse très médiatisée où les insultes fusèrent, le président n’eut d’autre choix que de se confondre en excuses publiques (le fameux « on a mal interprété mes propos »), pour un résultat inverse à celui espéré : la confirmation du pouvoir de nuisance des cadres, jusqu’à la fin de la saison du moins.

Car ceux-ci ont beau protester des récurrentes marques d’irrespect, il ne reste désormais plus beaucoup de place aux doutes, bien que Capello et Calderon soient les premiers en ligne de mire. Le Real reste sur 3 ans sans titres, malgré le premier budget d’Espagne et le deuxième d’Europe. En sus du changement de présidence, tout a pourtant été tenté. Les plus beaux pots de fleurs gominés du club ont été placé en exposition dans le bureau de la direction sportive : Valdano, Butragueño et Mijatovic. Excepté Chelsea, aucun club européen n’a autant dépensé ces dernières années pour attirer des joueurs parmi les plus respectés du milieu. Un nouveau centre d’entraînement, ultramoderne et immense, a été mis à disposition. En 4 ans, tous les profils inimaginables d’entraîneurs, et tous les styles de jeu, ont été testé, sans succès : Queiroz, le véritable cerveau du ManU de Ferguson ; Camacho le sergent chef, légende du club et ancien sélectionneur ; Luxemburgo, le brésilien surtitré et meneur d’hommes, censé discipliner la colonie brésilienne du club ; Lopez Caro, l’éducateur de la cantera ; et aujourd’hui maître
images.jpg Tronche de cake

Capello, le prototype de l’entraîneur italien efficace et maître tacticien. Pendant ce temps, les joueurs, blasés, vieillissants et prétentieux, ont accueilli toute velléité de changement comme une injure à leur prescience et à leur statut. Et des galactiques rescapés, la mélonite aigu tel un virus continue de se propager dans les vestiaires. Encore récemment, Reyes ou Robinho, qui n’ont absolument rien démontré, se sont permis de critiquer leur entraîneur au lieu de se regarder dans la glace. Ay, Dios mío ! Ronaldo a bien fait de partir…

La stratégie de Calderon de se débarrasser des éléphants n’est donc pas sans fondements. Fortement influencé par Capello, Ramon veut construire une équipe jeune (on parle de nouveau de l’arrivée de Cesc, voire de C. Ronaldo), affamée, encadrée par quelques loups de mer rompu à la pression, comme Emerson, Van Nistelrooy ou encore Raúl, si le capitaine conserve son niveau actuel, sérieux à défaut d’être flamboyant. Dans un contexte hostile, le pari, quoiqu’en dise les critiques, semble bien parti. En cette année de transition, et malgré de sérieux ratés et une tactique mal définie, le Real est à seulement à 6 points du Barça, rodé depuis 3 ans, possède le meilleur total de points à l’extérieur, et a obtenu de bons résultats face aux grosses équipes qu’il a affrontées, l’OL imparable du début de saison excepté. Comme le disent de concert Juande Ramos (l’entraîneur du FC Sevilla, très beau deuxième de la classification) et Caparros (Depor), quand le club merengue se réveillera, le monde de la Liga tremblera de nouveau.

Les pies, corbeaux et autres oiseaux de mauvais qui s’acharnent sur la présumée dépouille merengue n’ont donc plus beaucoup de temps pour achever la charogne. Mais même en cas d’échec de leur entreprise, personne ne doute qu’ils reviendront docilement picorer tels les pigeons qu’ils ont toujours été: lâches et habitués à dormir sur leur propre fiente.


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