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Les supporters mis en cartes
Publié dans: espionnage
Par [unknown placeholder $article.author$] - Feb 16, 2009 - 8:57:39 AM


Quel lien y a t il entre la finale de l'Euro 2008, la Nuit de la Saint-Jean à Cracovie et une manifestation intitulée Ville 2.0 qui s'est clôturée à Paris le 8 janvier dernier et était organisée par la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING) ?

Ce lien, c'est l'innovation numérique, dont la FING est un think tank français.

Plus précisément c'est une expérimentation, qui sera approfondie en 2009 par Scan the City et dont l'idée est de concevoir une cartographie de la « ville vécue » par le traitement de l'ensemble des données qui configurent les flux d'une localité (télécom, trafic, etc.), qu'a connue en 2008 la finale de l'Euro et la ville de Cracovie -ainsi même que Paris lors de la Fête de la musique.

Que s'est il donc passé de « numérique » qui retienne à ce point l'attention d'un think tank et continue de mobiliser les énergies ?

De la cartographie des émotions populaires !

De quoi est il question de ce qui sonne a priori à la fois comme un titre de roman d'anticipation et associe paradoxalement un outil scientifique à des manifestations de l'organisme humain ?

La cartographie des émotions populaires permet de représenter visuellement, par le prisme de l'utilisation du téléphone portable, un « pouls urbain composé de l'activité des foules et de leur mobilité », grâce à la technologie UrbanMobs développée par Orange et la société Fabernovel.

Lors de la finale de l'Euro 2008 (et lors des autres manifestations évoquées), une cartographie animée a été effectuée à Madrid et à Barcelone censée représenter les moments forts d'une émotion populaire et leurs évolutions :



Urban Mobs - Barcelone

 

On découvre ainsi une représentation précise du déroulé des émotions au cours du match : un but marqué correspond à un pic d'enthousiasme auquel équivaut des pics d'utilisation du réseau téléphonique.

La cartographie est déjà utilisée pour optimiser les actions marketing des entreprises. Il s'agit alors de « géomarketing », et cela consiste à associer des données géographiques (les découpages du territoire de l'entreprise) et des données comportementales et statistiques afin de faciliter le travail des équipes commerciales et marketing. Axes de développement potentiels en matière de réseaux, identification de faiblesses, veille concurrentielle, tout cela s'affine grâce aux systèmes d'informations géographiques (SIG), outils informatiques qui organisent et représentent des données spatialement référencées.

L'utilisation du réseau télécom constitue cependant une nouvelle étape. Les objectifs énoncés sont doubles : traduire et représenter des flux globaux qui permettent aux opérateurs d'adapter leurs réseaux dans le cas de notre exemple, favoriser l'émergence de services urbains innovants de manière plus générale.

Le développement des TIC (technologie de l'information et de la communication) a longtemps donné lieu à peu de controverses. Mais à mesure que ces technologies connaissent une pénétration croissante de la société et qu'elles touchent de plus en plus au corps, à la matière et à l'espace physique, leurs applications posent des questions de vie privée et de protection des données personnelles.

Dans l'exemple de l'utilisation des télécoms, on retrouve d'un côté la possibilité d'un marketing mieux dirigé ainsi que d'une efficacité renforcée du réseau, on pourrait aussi avancer plus généralement la possibilité de mieux gérer et sécuriser des flux de foule, mais de l'autre côté on retrouve un coût en termes de libertés, individuelle ou collective.

Là où des millions d'individus sont tracés, l'espace est celui de la maîtrise des foules, de la masse. Et cet espace de maîtrise de la masse est d'autant plus efficient qu'il se base sur un traçage de ce qui relève des émotions.

En pénétrant jusque là chez chacun ainsi que dans la foule, la technologie ne cesse pas d'étonner nos yeux d'enfant, mais elle laisse nos cerveaux d'adulte bien en peine de comprendre les tenants et les aboutissants de telles mutations.

La convergence d'intérêt entre l'organisation de matchs de foot et des pouvoirs économiques et politiques n'est pas nouvelle. La théorie critique1 du sport explique comment le football peut être un paramètre moderne de domination. Les supporters de foot se demandent ils seulement où ils fixent la frontière de leur « tolérabilité » ?

Si le débat éthique autour de l'utilisation économique et politique des nouvelles technologies, et plus particulièrement des nanotechnologies, se fait mais encore discrètement, la question de l'instrumentalisation du foot est un sujet aussi récurrent que peu médiatisé.

Le supporter computationnel a t il encore à voir avec l'individu libre et conscient de son intérêt pour le foot et sa pratique ?


1Lire notamment « Football et Politique », de Patrick Vassort aux éditions L'Harmattan, ou encore « Le football, une peste émotionnelle » de Jean-Marie Brohm aux éditions Gallimard.



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