Lettre d'un supporter stéphanois de moins de 45 ans
france
Par Fabrice M., lecteur subjectif - La Rédaction (autres articles du même auteur)
Sep 18, 2009 - 3:13:18 AM

« Ahh le quart de finale contre Kiev ! »

Qui dans le Forez n’a pas entendu cette exclamation répétée 200 fois par tous les anciens depuis plus de 30 ans ?

2-0 à l’aller pour les Ukrainiens, 3-0 au retour pour les Verts au terme d’un match épique, qui reste dans les mémoires collectives.

Les petits enfants -au niveau de géographie déclinant à force de réformes scolaires- de ceux qui étaient dans le stade contre Kiev pourraient poser une question dérangeante : « Dis, Papy, c’est où, Kiev ? ». Et grand père serait obligé de répondre : « Au Nord-ouest de Donietsk ! » (Chakthar oblige...).

Mais il y a plus grave : qu'un enfant ukrainien pose la question à un aïeul qui était du déplacement en France, et l’ainé de répondre : « Saint-Étienne, c'est à l’ouest de Lyon ».

C’est une réalité : si vous êtes né durant les années 70 ou plus tard, vous n’avez aucune chance d’avoir connu un jour ce qui (a) fait la légende des Verts : un amour du maillot chanté par le public aux rythmes des exploits et des efforts du terrain, des campagnes européennes flirtant bon l'épopée, le jeu panaché d'un courage certifié par la sueur des nuques viriles... belle abnégation de chaque instant et, des victoires, nombreuses.

Les Verts... joueurs mythiques, aussi célèbres que taiseux, venus de nulle part mais surtout du coin pour la majorité d'entre eux, ont dominé  le championnat de France et fais rayonner la petite ville stéphanoise dans toute l’Europe... Vous les avez peut-être croisé au détour du stade ou dans un match de gala organisé pour le centenaire d’un club de la région ? Mais vous ne les avez jamais vu à l’œuvre !

Un constat s'impose, triste : la légende des Verts, c’est comme l’ours. Vous ne connaissez que l’homme qui a vu l’homme qui a vu s’écrire la légende des Verts !

Si vous êtes né dans les années 70 ou après, vous avez tenté d’apporter des arguments pour faire croire que la légende est toujours là. Mais vous êtes allés d’échecs en échecs.

Vous avez dit Platini, on vous a répondu caisse noire.

Vous avez dit ticket Larqué - Guichard, on vous a répondu retour à la case départ.

Vous avez dit Alex-Aloisio, on vous a répondu faux-passeports.

Vous avez avancé supporters mythiques, on vous a rétorqué une cannette sur la tête de Papin !

Et cette année, vous avez dit Europe, on vous a répondu reléguable.

Bref, vous cultivez votre souffrance depuis votre naissance footballistique sans comprendre pourquoi, alors que l’explication est simple : comme Nantes vit sur son jeu à la nantaise perdu, Saint Etienne croit encore que la France est verte.

Les supporters Verts ont un autre point commun avec les nantais : la prétention qui les habite. Autoproclamée meilleur public de France (Lens n’est pas en France, c’est dans le Nord), la tribune stéphanoise raille en permanence le voisin lyonnais pour ses dépenses astronomiques, ses échecs répétés en coupe d’Europe et le peu de bruit de Gerland.

Sur ses trois points, personne ne conteste que les arguments avancés ne sont pas tout à fait faux... Le souci, c’est que les Verts en rêvent : que ne donneraient-ils pas pour se faire éjecter des 1/8èmes de finale de C1 ? Pour compenser le départ de Gomis par Gignac pour 20 M€ + Matuidi ? Pour rester dans le stade avec 35 000 autres personnes en silence en attendant un nouveau stade de 60 000 personnes où ils pourraient chuchoter en paix ?

Mais tout cela est impossible, Saint Etienne n’est plus le chef-lieu de région ; l'ASSE est redevenue une banlieusarde pour n’avoir pas su prendre les virages du foot moderne, puis du foot business. Un bon dirigeant de club est comme un chef d’entreprise parti de rien : il regrette le bon vieux temps où il faisait les marchés le jour où il inaugure sa 5ème usine en Slovénie.

C’est peut-être triste, mais c’est comme ça.

Une grande partie des supporters stéphanois habite ou travaille à Lyon… et en plus ils aiment bien ça.

Le constat est certes triste, mais pas désespéré !

Si vous êtes nés dans les années 70, vous avez peut-être des enfants et vous allez pouvoir leur apprendre plein de choses en les amenant au stade : ils sauront dire « enculé » avant leurs 10 ans, ils verront des beaux tifos leur apprenant la vie de la jungle avec la chasse au lion, ils apprendront le nom de villes comme Boulogne-sur-Mer, ou peut-être même Amiens ou Troyes si la saison à venir se passe mal. Pendant ce temps, le club aura changé 5 fois d’entraîneurs, 4 fois de président, la Caisse d’Epargne de la Loire et Casino ayant monté une holding pour diriger la SASP et pensant remettre Herbin (« C’est qui Herbin ? ») en entraîneur ou directeur sportif avec Larqué (« Mais si, le vieux qui parle à la télé et gueule à la radio !») en conseiller du président (« Lequel ? »).

Saint-Etienne vit dans le déni depuis 30 ans, en espérant le retour des vertes années. Nous l’espérons tous, mais pas pour une simple épopée.

On dit que c'est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures ? Mais c'est plutôt dans les mauvaises impostures qu’on fait mourir les vieilles légendes.


P.S : A propos, vos enfants croyant que, du moment que vous êtes adulte, vous êtes nés au XIXème siècle, dites-leur que vous étiez au match contre Kiev, ça les impressionnera et ça perpétuera peut-être la légende...