| Pape était-il un bon président?
france Par Guillaume S - sociologue intérimaire (autres articles du même auteur) Jun 23, 2009 - 6:03:35 AM |
envoyer par email version imprimante |
La thèse
Ca y est, vous dîtes-vous. Encore un article sur le regretté Pape dont les qualités sont aujourd’hui louées de gauche à droite comme si le pauvre Pape était mort d’une crise cardiaque soudaine.
Il n’a fait que subir une opération de l’œil, exténué par des cernes datant de Mathusalem.
Dire qu’hier encore, des supporteurs aux dirigeants, chacun y allait de sa pique verbale au sujet d’un dirigeant qui, comme le disait si bien Jean-Michel Aulas, n’a jamais rien gagné. Faut-il donc que les Marseillais soient aveuglés à ce point pour crier haut et fort que seul leur Pape peut les sauver de l’enfer ?
Rien, même pas une coupe de France, c’est dire. Même l’En-Avant Guingamp a fait mieux. Pourtant, dans les cinq années de présidence du Pape, le maillot blanc n’a pas été enfilé que par des chèvres. Nasri joue à Arsenal, Drogba à Chelsea, Ribery à Munich ou encore Flamini au Milan. En outre, Pape a acheté un paquet d’internationaux : Cissé, Ben Arfa, Cana, Niang, Zenden et les autres. Malgré cela, rien, pas une coupe, pas une ligne au palmarès, peau de zob. Ah si, le championnat de France des moins de 19 ans. Une peccadille.
un bon acheteur ne fait pas un bon vendeur
|
Pourtant Pape a réussi le défi de réussir non seulement son entrée mais aussi sa sortie puisque tout le monde le regrette. Ce qui, à Marseille spécifiquement, n’était pas gagné d’avance quand on se remémore les départs de Marchand ou Bouchet qui ont échappé au goudron et aux plumes parce qu’ils courraient plus vite que le grand couillon qui sert de Président aux Winners.
Pape a géré son entrée-sortie, mais Pape a toutefois aussi magnifiquement géré les petites mafias marseillaises qui ne veulent en aucune manière céder un pouce de terrain gagné au mépris de l’institution.
Les supporteurs, véritables entreprises dans l’entreprise, qui contrairement à ce qu’ils prétendent se sucrent à travers leurs différents groupes, des marges dont l’OM pourrait bénéficier (Vente d’abonnement, vente de produits dérivés aux couleurs marseillaises,…).
José Anigo dont la poésie verbale est connue de Lille à Toulouse mais surtout chez la famille Rothen, est devenu un agneau sous Pape. Que lui-a-t-il fait ?
Les prétendants qui déstabilisent le club depuis des lustres et qui, sous Pape ont vu leur espace de bousculement fortement réduite (Tapie et les autres).
Pape par contre n’a pas réussi dans l’entreprise que lui avait confiée RLD : vendre le club. On se souvient des épisodes rocambolesques du fumeux Kajcar et du fiasco qui en avait suivi.
Pape a géré mais n’a pas changé grand-chose au bout du compte. Anigo est toujours là, à ménager la chèvre (les supporteurs) et le chou (les forces locales). Les supporteurs sont toujours aussi cons alors qu’en cinq ans ils auraient pu passer un Master (selon Bologne). RLD est toujours propriétaire. Pape n’a rien transformé mais il a géré.
Chapeau Pape. Depuis 10 jours, il provoque son Conseil de Surveillance et sa tactique entre celle de garant d’une certaine éthique (je mourrais avec mes idées) et celle de gagnant à la Loterie (en slip au Conseil d’Administration) aura été la bonne.
Diouf n'as pas encore pris le cigare
|
C’est fort, de hurler au « Je suis Maître chez moi » quand on sait qu’on s’est servi de lui comme d’une serpillère pour gérer le cas Gerets. Pape a su créer devant ses 5 ans de Présidence un écran de fumée que RLD a bien du mal a faire passer. Pas fous, Aulas et Triaud maintiennent la tête du résident suisse sous l’eau en regrettant amèrement le départ d’un homme fort compétent. Deschamps s’emballe et regrette lui aussi ce départ précipité. Ce n’est plus de la fumée, c’est de la purée de pois.
Diouf a bien joué sa sortie.
Acariès au secours.
Le remercier ne devrait-elle pas être la bise d’adieu d’un supporteur lyonnais qui pleure le départ d’un homme qui malgré tout réussissait bien aux septuples champions de France ?
Non, ce merci ne s’adresse pas à la fonction du Pape, elle s’adresse à l’homme politique.
Pour la première foi dans l’Histoire du football français, un Président noir, d’origine africaine prenait la tête d’un club professionnel de football. Jusque là destiné aux élites blanches et européennes, la position subissait une révolution mentale dont on ne peut estimer encore la portée.
Robert Louis Dreyfuss, de culture internationale (alors que les clubs français sont malgré tout fortement marqués par leur culture locale, inclus Paris), se chargeait de prouver au monde du football français qu’on peut être d’origine africaine et aspirer à d’autres positions que celle d’acteur dans le pré carré.
Mais il ne suffit pas de nommer, faut-il encore prouver qu’on y a sa place et l’épreuve est autrement plus dure pour celui qui est le premier à franchir les obstacles.
L’effort est également doublement admirable car dans cette position, le regard de l’environnement n’est pas uniquement porté sur la personne de Pape Diouf en l’occurrence mais surtout sur ceux, en projection, qui viendraient prendre la suite. On n’évalue pas seulement l’homme, on juge le groupe social (ethnique pour ceux qui aime bien les barrières pseudo-génétiques rigides) dont il ferait partie.
Ce qui n’est jamais le cas pour ceux qui ont gagné le droit de faire partie des groupes sociaux dit selon les termes, dominants, majoritaires, reconnus, pleinement intégrés. On les jugera mais jamais sous la grille de lecture de leurs origines. C’est injuste mais c’est comme ça depuis la nuit des temps.
Et pape a renversé l’Histoire comme peu de gens avant lui.
