Ballon d'or. Rien ne sert de courir.
international
Par Guillaume S, gros dégueulasse - et sociologue (autres articles du même auteur)
Nov 8, 2008 - 6:05:49 AM

Torrès, Ronaldo, Messi. Le trio s’impose comme celui des favoris ultimes parmi les candidats au prochain ballon d’or.

 

Fernando Torrès

 

Peu de gens avaient parié sur la réussite de Torrès à Liverpool à l’aube de la saison 2007-2008. Benitez avait auparavant épuisé des clients du niveau de Cissé ou Crouch et la peau du Madrilène ne valait guère plus que celle d’un futur remplaçant. Soyons honnêtes : le kop de Liverpool ne savait même pas qui était Fernando Torrès et émettait quelques doutes sur les choix d’un coach en réussite en Ligue des Champions mais sans intérêt dans la Premierleague.

 

images-2_6.jpg Torrès est un as de la gymnastique

La saison dernière a été égale à elle-même pour Liverpool mais Torrès a explosé les statistiques des numéros 9 passés par les Reds depuis Ian Rush. Enfin un tueur devant la cage. Les fans les plus vieux se sont tout à coup réveillés et se sont enfin calmé sur la pinte pour se remettre à chanter des chansons à la gloire de leur buteur sans, comme dans le cas de Crouch, se foutre de sa gueule en référence à ses pieds qui dépasseraient de la couette.

 

Torrès leur a redonné de la joie et de l’espoir. Avec lui, pas de doute, Liverpool peut marquer à tout moment. 24 buts, l’an dernier. Ca fait rêver les gosses et les grosses.

 

Et puis, le tueur à la face de gamin a offert un mois de football en rab, à ceux qui pleuraient sur l’absence de l’Angleterre au dernier Euro. Sur le bon côté de la Merseyside, on ne jurait plus que par l’Espagne, cette Madonne qui a enfanté le Messie. La Premiership est vraiment le meilleur championnat en Europe et Liverpool  a dans sa maison celui qui a donné le titre continental à Juan Carlos. Qui dit mieux ? Personne et surtout pas les voisins de Manchester qui ont certes Ronaldo dans leurs rangs, mais ce dernier a été incapable de s’arracher dans la campagne helvétique tout en crachant son ingratitude à la face de Sir Alex et de l’Angleterre toute entière.

 

Cristiano Ronaldo

 

Archi favori pour le ballon d’or, il aurait été sacré haut-la-main lors d’une année impaire. Mais les années paires sont celles des grands championnats internationaux rassemblant les meilleures équipes d’Europe ou du monde et où la suprématie européenne ou mondiale apporte une notion émotionnelle et nationale dont la portée se fait sentir jusque dans la désignation du ballon d’or. De ce fait, Ronaldo n’est plus l’Ushain Bolt qu’il était en mai. Il a vu revenir à ses basques plusieurs acteurs décisifs lors des compétions estivales. Fernando Torrès, vainqueur et buteur dans la finale du dernier Euro et Lionel Messi, leader incontesté de l’équipe d’Argentine aux Jeux olympiques de Pékin.

 

Lionel Messi

 

Lionel Messi, l’homme qui fait rêver les hommes qui mesurent moins de 1,65 mètre. Ces derniers s’étaient tournés vers des sports où le physique influence moins le jeu que dans le football : la pétanque, les échecs ou le carambole. Messi les a ramenés au ballon rond. Bel exploit. Sa saison au Barça n’a pas été très intéressante tant le jeu des Blaugrana a été appauvrie par les blessures de Eto’o, les chaudes-pisses de Ronnaldihno et l’adaptation difficile de Thierry Henry. Pour couronner le tout, Messi a été blessé à plusieurs reprises, incapable de tenir physiquement le rythme imposé par le nombre de matchs ahurissant joué par les Catalans chaque année.

 

images-3_8.jpg Diego roule pour Messi

Mais, il faut se méfier des nains, car ils surgissent souvent là où on les attend le moins. Ce fût le cas de Messi cet été où il rayonna à côté de ses coéquipiers de génie (Aguero, Riquelme, …) donnant une bonne leçon de football au Brésil de Ronnie ou à la Belgique de Mirallas (tout de même).

 

Les amoureux de l’ailier de Barcelone se sont alors tout à coup rappelé que le ballon d’or pouvait être espéré ou tout du moins approché par leur hobbit. Mais le chemin sera long pour atteindre le Graal et ce n’est sûrement pas cette année que les « grands électeurs » de France Football attribueront le prix  tant désiré à l’Argentin. A moins que Diego Maradona réactive ses réseaux européens d’escort girls, qui doivent être bien fatiguées.

 

La surprise du chef pourrait bien être que ces trois-là ne soient que les viennent-en-suite du classement de FF. En effet, il est arrivé à plusieurs reprises que le ballon d’or se joue entre le mois d’août et celui de novembre. Les choix sont difficiles, les jurés influençables et c’est tout une structure de favoris qui se casse la figure. Un beau but, une belle action relayée par la puissance médiatique continentale et le plus beau joueur de l’année 2008 jusqu’en juillet se retrouve dans les bas-fonds de la reconnaissance. Est-ce injuste ? Pas forcément, l’année ne se termine pas à la dernière minute de l’Euro 2008. Il reste alors aux footballeurs encore plus de cinq mois pour amadouer l’électeur, séduire le sensible journaliste, convaincre ceux qui font l’histoire.

 

Que nos amis lyonnais ne s’excitent pas trop, ce n’est pas à Benzema que la rédaction pense. Trop faible à l’Euro, trop mou en équipe de France, pas assez décisif en ligue des champions (Bucarest n’a plus fait trembler l’Europe depuis Ducadam).

 

Il ne pourra s’agir que d’un Espagnol, champion d’Europe et au capital médiatique bien assis au milieu de l’été. Pujol ? Trop canin. Ramos ? Trop latéral. Iniesta ? Pas assez Bekhamien. Casillas ? Pas assez buteur.

 

David Villa

 

Un seul joueur pourrait être la surprise de ce mois de décembre. Ila a failli tout perdre au premier semestre de l’année, englué dans un club rigidifié par Ronald Koeman. Grâce à son triplé dans le premier match de l’Espagne à  l’Euro, il a donné à son équipe une figure et une réputation offensives qui fait bien rigoler quand on analyse les statistiques et les matchs des sujets de Roi.

 

Et puis David Villa a gravi, lui aussi, le toit de l’Europe, avant de lancer une fin d’année 2008 proprement hallucinante.

 

images-1_8.jpg Un petit air de tortue

Neuf journées de Liga, dix buts à son actif. Villa a marqué 16 fois depuis le début de l’année, inclus coupe UEFA. Qui dit mieux ? Personne. Le joueur de Valence est une espèce rare. Courtisé par les plus grands depuis le dernier Euro, il a dit non aux livres anglaises et aux euros du Real Madrid qui l’aurait coté à 85 millions d’euros pour en faire le successeur de Raul, comme figure emblématique espagnole de la maison blanche.

 

Fidèle à son club et au contrat qu’il a signé. Homme d’honneur, Villa ne fait pas la pute en se donnant au plus offrant. D’autres ont moins de scrupules et chaque été clament haut et fort que leur situation est insoutenable et qu’ils sont les esclaves des temps modernes, oubliant un peu vite que les contrats qu’ils ont signé leur semblaient plus que raisonnables à l’instant d’y apposer leur griffe.

 

Rien que pour ça, David Villa mérite le ballon d’or.