le Trap', une institution technique
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La question agite la presse irlandaise : le choix du Trap' est il le bon ? Et pour cause, la green team irlandaise n'est pas so great et marque le pas, tant sur le plan des résultats que de la manière. Un Domenech y mordrait la poussière avec faim dans une dramatique shakespearienne ; Trapattoni répond aux questions des journalistes qui retournent à leurs études, peser le pour et le contre, et se montre inflexible.
Pour entrer de plein pied dans l'histoire, deux notions nécessitent notre attention : tactical (la tactique en anglais) et strategy (stratégie, idem).
A cart-before-the-horse approach ?
Sans disposer d'un petit Robert rétif
à me suivre dans mes bagages dublinois, je différencierai
les deux notions de tactique et de stratégie de la manière
suivante, sûrement avec des approximations criantes que vous me
pardonnerez : la stratégie, visant un objectif
d'ensemble,énonce des principes généraux qui
permettront l'atteinte de l'objectif ; la tactique, elle, indique de
manière opérationnelle comment faire. Référé
à une temporalité, je dirai que la tactique est une
question de chaque jour, quand la stratégie, elle, s'inscrit
dans un moyen et long terme.
Une expression comme, « nous
avons perdu une bataille, mais nous n'avons pas perdu la guerre »,
est me semble t il symptomatique de la différence qu'il faut
marquer entre les deux.
C'est autour de ces deux notions que s'opposaient, en conférence de presse, après une défaite contre les polonais mercredi 19 novembre dernier, les observateurs du cru et le sélectionneur en place.
Du côté des médias, la formule était ainsi posée : ne met on pas la charrue avant les bœufs ? Ou, si je puis me permettre : Trapattoni ne met il pas la stratégie avant la tactique ?
Sous-jacent, les médias se posent ici en pragmatiques et mettent le doigt sur un ordre des choses : s'il faut être jeune pour la Coupe du Monde, ne faut il pas déjà se qualifier ? Ainsi, en Irlande, on ne comprend pas la mise à l'écart de l'expérimenté Lee Carsley alors même que l'équipe, toute jeune qu'elle est, n'apporte ni résultat ni ne montre manière.
Trapattoni a plus d'un tour dans sa réflexion, et renvoie les journalistes dans leurs cordes en arguant de la nécessaire cohérence entre la stratégie et la tactique, la seconde devant nourrir la première. Si la jeunesse doit être aux commandes durant la Coupe du Monde, alors il faut que cette jeunesse se soit aguerrie, et donc elle doit d'ores et déjà jouer !
Si stratégie et tactique ne se confondent pas, nous dit Trapattoni, elles s'annihilent... et s'il utilise des trentenaires pour qualifier une équipe de jeunes loups, ceux là n'auront pas les dents pour manger du lion une fois en Afrique du Sud !
Mais, au fait... « use of youth », pourquoi faire ?
Face à la dénégation de la tactique du Trap', ce que les médias relatent sans rendre la moindre critique, c'est pourtant bien sa stratégie : celle des jeunes pour la Coupe du Monde.
L'argumentaire de l'italien est sur ce point d'une netteté aussi clairement trouble qu'elle n'est pas remise en question. La stratégie de la jeunesse nécessaire est ainsi née d'une étude des moyens étant considéré la nature de l'objectif. Ce dernier s'écrit avec des initiales en majuscule, c'est la Coupe du Monde de la FIFA ! Or, explique Trapattoni, la Coupe du Monde, c'est un match tous les trois jours... soit, une intense succession de matchs de haut niveau qui commande... un effectif jeune.
Une fois cela énoncé, le reste coule de source. Puisqu'il faut être jeune pour la Coupe du Monde, alors il faut non seulement que ces jeunes là aient du temps de jeu, et qu'ainsi puissent être posées les fondations d'une équipe sur laquelle construire une ambition !
Bref, la critique effectuée à l'encontre de Trapattoni souffre de cela même qu'elle lui reproche, à savoir de mettre la charrue avant les bœufs, et plutôt que de l'interroger plus avant sur la nécessaire utilisation des jeunes, charge sur la non utilisation de Lee Carsley au vu des résultats obtenus... Un abandon de l'essentiel qui prive le Trap' et les suiveurs d'un vrai débat !
Une puce à l'oreille glisse que l'escamotage de ce débat touche à deux sujets difficilement abordés de manière officielle.
Quelle ambition pour quel niveau ?
La stratégie de Trapattoni, rappelons le, consiste à préparer de jeunes joueurs pour la Coupe du Monde, car seuls de jeunes joueurs sont à même de tenir le coup dans l'enchaînement de matchs de haut niveau à des cadences aussi rapprochées que tous les trois jours.
Il est invraisemblable qu'une telle ineptie ne fasse pas l'effet d'un seul commentaire ironique à défaut d'une défonce de fond ... et ce d'autant plus quand le Trap' justifie l'ensemble par, tenez vous bien, ce qui est sans doute une des plus belles déclarations de tous les temps, en anglais dans le texte : « It's not written in the Bible, but i've learned it from 30 years of experience in football ». Amen.
Le sang neuf, donc, en Coupe du Monde, ou l'élimination ! Et deux observations brûlent les lèvres. La première, héritée de toutes les éditions ou presque de la compétition majeure : les équipes de trentenaires se retrouvent régulièrement dans le dernier carré, voire en finale, voire sur le trône, et la France, ou l'Italie, sont bien placées dernièrement, par exemple, pour le savoir ! La seconde, plus incisive, et l'Irlande des footeux me le pardonnera, mais l'équipe nationale se doit elle à ce point à la jeunesse qu'elle ambitionne de jouer tant de matchs que cela ?
L'énergie qu'il faut pour jouer tous les trois jours, ici je ne la conteste pas. Mais puisqu'il me paraît improbable que, dans l'esprit du Trap', des trentenaires ne soient pas en mesure de jouer trois matchs d'affilé en trois jours, et ce de manière compétitive, soit il est question que l'Irlande vise à jouer plus de trois matchs d'affilé, soit il est question du niveau des joueurs irlandais.