| L'arme à gauche
international Par Thierry Pellet - La Rédaction (autres articles du même auteur) Nov 19, 2009 - 6:37:01 AM |
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Ne comptez pas sur moi pour tenir une page de lamentations post-péché, ni même pour alimenter les salves ronronnant à l’adresse d’un inamovible et courageux agaceur, sélectionneur de son état.
Le titre utilisé sera ici décliné en deux mouvements distincts et complémentaires, convergeant vers l’analyse ; la phrase est pompeuse, à la mesure de la prétention qui habite mon propos.
L’arme à gauche c’est, sans aucun rapport avec l’expression populaire synonyme d’un décès lorsqu’elle est précédée du verbe « passer », la main gauche de Thierry Henry sur laquelle le focus est planté suite à France – Irlande, match qualificatif pour la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud. La main gauche de l’attaquant français a permis de contrôler un ballon qui aurait sinon filé en sortie de but, puis de l’orienter en pleine course ainsi qu’il a été possible de centrer doucement, au nez et à la barbe de la défense irlandaise et de son goal, à destination de William Gallas, portant bien son prénom, et marquant de la tête, sans prétention et pour la gloire !
Dans ce match qu’elle n’a jamais commencé en première mi-temps, la France s’est montrée moins fébrile ensuite, sans être plus précise. L’approximation préfère malgré tout le muscle à la mollesse et l’affirmation d’un engagement à des courses hésitantes. Cependant que l’Irlande certes courageuse faisait la démonstration de ses propres limites, les Bleus forçaient le destin et Henry mettait la main à la pâte. « Quel pied ! » s’écrierait un provocateur !
L’arme à gauche, pour l’Irlande, c’est cette petite mort pleine de tristesse et d’injustice. Perdre nettement est il plus doux que de perdre en ayant l’impression de s’être fait « volé » ? Peut-être… Mais alors, par qui s’est on fait voler ? C’est la question devant laquelle tout ceux qui flagellent la tricherie restent prostrés : il faudrait répondre « Henry », mais cette béate croyance à la pureté humaine et, surtout, l’invraisemblable attachement à l’idée du Fair-play majuscule et divin prêteraient à sourire. Non pas qu’il faille louer les faveurs d’une tricherie, mais qu’il convienne d’éviter le jeu des religieuses ! A ne pas vouloir regarder un sein, on finit par se branler en cachette dans des toilettes pour femme !... A refuser l’alcool, on l’engloutit sans savoir faire ni goût, dangereusement. Le constat d’une tricherie peut, parfois, se passer de jugement, au risque de s’inscrire dans de vaines considérations. L’idée même qu’une victoire est plus belle sans tricherie, qui voudrait donc qu’il existe des victoires pures, est une aberration : et la main qui prend tant de lumière ce matin en aurait elle prise autant si de but, Gallas n’avait pas marqué ? Plutôt que de déclarer péremptoirement une tricherie, à l’usage du facile mode accusatoire, je préfère l’approprier au bénéfice de l’analyse.
Dans le concert d’opinions qui ne manquent pas à la suite d’une soirée au suspense consommé, le quotidien sportif L’Equipe ne se montre pas à son avantage : titrant « La main de Dieu » pour tenir sur la même page une position d’exigence, toute à l’admiration des perdants. Lisant les feuilles insipides du journal sur le match d’hier soir (on se doute bien que les journalistes sont bienheureux de penser à leur prochain été, mais partout on sent leur calme saveur au dédain), c’est à n’y plus rien comprendre du match : comment ces « magnifiques irlandais aux notes proches de la copie parfaite » ont-ils pu concéder le match nul face à une « équipe de bras cassés indolents et tricheurs dont seul le gardien a été à la hauteur de l’évènement » et à qui il est intimé de faire « profils bas » pour ne pas les inviter à rejoindre Clairefontaine sur les genoux en déclarant saints tous les joueurs de l’équipe d’Irlande, auréolés maintenant des plus nobles titres et valeurs ? De deux choses l’une : soit l’Irlande n’a pas été si formidable que ça, soit la France n’a pas démérité autant que le désamour de Domenech en biaise l’analyse et, c’est mon idée force ici, la France n’a pas démérité autant que le geste de Henry renvoie les supporters de l’équipe de France à leur miroir : sont ils prêts à être joyeux en ayant gagné sur une main ?
C’est un peu : « Dis moi ce que te fait la main de Henry, je te dirai quel supporter tu es. » !
La main de Henry, c’est comme la fille avec qui on se promène dans la rue : si c’est un canon, on crâne ; si c’est un laideron, on fait profil bas. Si on l’aime, on ne pose pas la question, on l’aime, on la trouve belle, et on vit, parce que la vie, c’est comme ça.
Conclusion facile ? Le foot, c’est comme ça ?
Non, conclusion réaliste, les yeux en face des yeux, avec à l’esprit une éthique… relative. Forcément relative puisque l’éthique est subjective, forcément subjective, puisque l’éthique renvoie à un/des système(s) de valeurs, à ce qui est bien ou mal, et qu’elle est donc fonction des situations, des personnes, etc. Pour décider que le geste est mauvais ou bon, il faut un repère décentré du sujet : c’est le règlement du foot et l’esprit du jeu.
En ce qui concerne l’esprit du jeu, celui qui a déjà joué au foot sait qu’il n’est pas rare de mettre la main par réflexe et « par hasard » (toujours !). On imagine comment le désir d’un but peut, en une fraction de seconde, lancer un bras vers l’objet rond des convoitises… pour attraper du rêve, et du plaisir ! L’esprit du jeu voudrait cependant que le fautif d’une main se déclare… fautif. Pour le fair-play.
Le règlement donne des responsabilités et des moyens à trois hommes pour arbitrer le match. Faire une main est interdit au foot. Faut il que la main puisse être constatée constamment. L’arbitrage n’est pas une affaire de machine, ni de perfection.
Le jeu est une affaire de vie, en fait, qui ignore la perfection, sauf à considérer que les défauts sont indissociables des qualités.
Henry d’ailleurs ne se prend pas pour Dieu. Il l’a dit à Dunne : « Vous méritiez de gagner. J’ai mis la main. »
On peut regretter une seule chose : que l’arbitre n’est pas demandé au joueur s’il avait oui ou non touché le ballon de la main. Sorti de l’instantané, les choses auraient quitté les zones incertaines de l’esprit pour s’inscrire dans la réalité d’une conscience.
Pour l'heure, le coup de sifflet a retentit. Un jour ou l'autre, les rôles seront inversés.
