La Coupe des Fédérations cons (paru le 27 juin 2005)
Par Guillaume S., sociologue subjectif
Tout s’achète en ce bas monde, hormis peut-être Nicolas Anelka. Quoique.
Sponsor officiel de la CC
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C’est dans cette optique mercantiliste que la FIFA organise depuis 13 ans (Arabie saoudite 1992, première édition) la fameuse coupe des confédérations, qui réunit (pour ceux qui auraient été enlevés lors de la première guerre du Golfe et relâchés la semaine dernière) les vainqueurs des coupes organisées par chaque fédération continentale tous les quatre ans ou tous les deux ans.
La dernière se passe en Allemagne comme chacun le sait. Un petit retour sur les éditions précédentes permettra de planter le décor :
1992 Arabie saoudite. Vainqueur : Argentine
1995 Arabie saoudite. Vainqueur : Danemark
1997 Arabie saoudite. Vainqueur : Brésil
1999 Mexique. Vainqueur : Mexique
2001 Japon/Corée. Vainqueur : France
2003 France. Vainqueur : France
2005 Allemagne. Vainqueur :?
N’importe quel analyste financier pourrait, sur la tête de son banquier, parier que le premier sponsor de cette fameuse CC (Coupe des confédérations) a été l’Arabie saoudite. Bingo !
La FIFA, non sans mal, tente depuis 15 ans, maintenant, d’occuper un terrain dangereusement attaqué par le football européen. Champions league, tournées estivales, marketisation des images de la plus regardée des compétitions de football hors coupe du monde, merchandising des différents « brands » du football européen, la FIFA voit des entreprises privées marcher sur ses plates-bandes et cela ne lui plaît que modérément.
Aussi, sous couvert d’humanisme et de développement dans le monde (), la « nouvelle FIFA » s’affranchit de sa poussière centenaire et se décide à réagir sous peine de voir sa raison d’être disparaître au profit des clubs, ces entreprises sans foi ni loi (…).
Seulement, on ne prend pas la décision d’organiser un nouveau tournoi mondial ou disons intercontinental comme on se sert un peu d’eau dans son pastis.
Havelange : « On prend qui les clubs ou les nations?»
Blatter : « Che dirais les kloubs, mais che suis pas sûr i sont d’accord »
Havelange : « C’est vrai, déjà que pour organiser une coupe intercontinentale, on a sué pendant des années, alors pour un tournoi… »
C’est ainsi qu’il fût décidé d’inviter les nations, non sans jeter définitivement à la poubelle écologique de l’organisation zurichoise l’idée d’un tournoi interclubs.
je te tiens, tu me tiens
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Cette décision entre le brésilien et le haut-valaisan est un peu le mariage entre la carpe et le lapin. Difficile à organiser car aucune fédération n’est prête à prendre le pari d’une faillite annoncée ou disons le clairement d’un déficit assuré pour un tournoi qui n’a ni légitimité, ni crédibilité historique.
Simonet : « Non, j’ai cours de voile à la Baule »
Beckenbauer : « J’ai rendez-vous chez mon ophtalmo pour de nouveaux verres fumés »
Ayatou : « Si vous me donnez la coupe du monde en 1998, j’organise votre coupe des confédérations ».
Finalement, Havelange téléphone à Bush-père en fin de règne et lui demande d’organiser cette CC coûte que coûte sur territoire us. Georges, empêtré dans sa campagne présidentielle a juste le temps de lui dire que déjà pour une coupe du monde, ça va être difficile de faire venir du monde, mais que pour une CC, il peut toujours se gratter. Devant les pleurs de Joao, Georges prend son bignou, appelle le Prince d’Arabie et lui demande d’organiser un tournoi de football sinon, il se barre du Koweit. Le roi Fahd, accepte à une condition : que la coupe porte son nom. Aussitôt dit, aussitôt fait. Un peu comme si en 2003, Chirac avait demandé que la coupe porte son nom…Je suis certain qu’il y a pensé.
C’est ainsi que la première CC a eu lieu en Arabie Saoudite. A l’image de la première coupe du monde, elle ne put réunir tous les candidats à la victoire finale puisque seuls l’Arabie saoudite, l’Argentine, la Côte d’Ivoire et les Etats-Unis (4 équipes) y participèrent. Brillant (Si Platini ne s’était pas dégonflé, la France aurait pu y participer et enrichir son palmarès).
Peu importe, selon la légende, dira Joao, c’est le début d’une grande histoire.
1995, bis repetita avec un peu plus de viande autour du squelette puisque l’Argentine revient sur les terres de sa dernière victoire accompagnée du Danemark, du Japon, du Mexique, du Nigeria et bien évidemment de l’Arabie saoudite ou disons de l’équipe du Roi Fahd (6 équipes).
1997. Enfin une coupe digne de ce nom : Brésil, Australie, Emirats arabes unis, Mexique, Republique tchèque, Afrique du Sud, Uruguay et je vous le donne en mille, l’équipe du Roi Fahd (8 équipes). La compétition est tellement intéressante que l’Allemagne de Bierhoff, championne d’Europe, lui fait un énorme bras d’honneur cette année-là, ainsi que la France future organisatrice de la Coupe du monde qui lui préfère son « Tournoi de France » pour tester et condamner
image d'archive
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Ba, Keller et Maurice. Toutefois, le tournoi acquiert un rythme de croisière avec ses 8 équipes. Le Brésil amène ses stars (Romario, Ronaldo) et gagne, ce qui non seulement plaît à Joao et Sepp mais surtout donne une visibilité plus importante à la CC. Rien ne sera plus comme avant. La Fifa est entrain de réussir son pari commercial.
1999 : Allemagne, Arabie Saoudite, Bolivie, Brésil, Egypte, Etats-Unis, Mexique, Nouvelle Zelande. On n’est plus à un jeu de dupes prêt et l’Arabie Saoudite se montre ici pour la dernière fois dans la CC. Merci pour l’investissement de départ. Le succès du Mexique assure à la CC un véritable engouement populaire dans un pays qui vit le football et qui ne se régale jamais autant que quand il peut faire la nique aux voisins du nord (USA) et la leçon aux voisins du sud (Brésil). La révélation du tournoi est Ronaldhino Gaucho avec ses 6 buts et 4 passes décisives. Paris en tombe définitivement amoureux.
2001 : Australie, Brésil, Cameroun, Canada, France, Japon, Mexique, Corée du Sud. La France y va en traînant les pieds. Barthez et Zidane refusent même le déplacement. C’est la fin d’une équipe. Les passe-droits fleurissent mais la confiance dans un maillot bleu et la classe estivale d’un Pirès accompagné par Carrière, Marlet et Anelka suffisent aux bleus pour remporter le trophée et demeurer le grand favori pour la CM qui s’annonce. La mayonnaise de la CC ne prend pas malgré tout. Les équipes têtes de série viennent au tournoi avec des équipes B ou C et seuls les stars peuvent assurer le succès d’une telle manifestation.
2003 : Bresil, Cameroun, Colombie, France, Japon, Nouvelle Zélande, Turquie et Etats-Unis. La compétition est si importante pour l’organisateur que ni Zidane, ni Vieira n’y participent. Zidane ne sera donc jamais vainqueur de la CC. La Turquie vient elle aussi amputée de plusieurs de ses cadres et le Brésil sans Ronaldo, Cafu et Robert Charles déjà. La compétition ne provoque aucun débordement d’enthousiasme, si ce n’est pour un coup franc de Nakamura sur Barthez dans le chaudron vert et n’est finalement suivi par les médias non sportifs que par la faute du tragique décès de Marc-Vivien Foé lors de Cameroun-Colombie à Lyon. Mais les sponsors commencent à se positionner sur le portillon de la visibilité. Le « soulier d’or Adidas » revient donc à Thierry Henry, sacré meilleur buteur et joueur (« ballon d’or Adidas ») de la compétition, Adidas distribuant cette distinction depuis 1997 et le premier tournoi à huit participants. Henry succède ainsi à Romario, Ronaldhino et Pirès. Y a pire.
2005 : Allemagne, Argentine, Australie, Grèce, Japon, Brésil, Mexique, Tunisie. Pour la première fois la CC rassemble effectivement tous les vainqueurs des tournois ayant eu lieu sur leur continent. L’Argentine en tant que finaliste prenant la place du Brésil pour cette édition. C’est avec grand regret que tous les sponsors auront noté l’absence de l’Arabie saoudite. Les équipes sont à peu près au complet à part peut-être Crespo, Ronaldo, Robert Charles et Cafù, Dellas et Blanco le dribleur couillon
Blanco, le dribleur couillon
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. Cela ne nuit pas à la sympathique compétition qui par la présence de presque toutes les stars des équipes présentes gagne en légitimité.
La FIFA est en passe de gagner son pari lancé il y a 13 ans de cela dans le sable saoudien : l’occupation de l’espace commercial. Vraiment?
1992. L’UEFA présente la toute nouvelle ligue des champions dont le premier vainqueur est l’OM. Le projet existe depuis certainement plusieurs années, mais il apparaît cette année-là dans sa version la plus fruste. An 0. Certes, les poules débarquent dans cette logique de mini championnat qui assure aux plus riches une plus grande sécurité sportive (voir stats depuis 13 ans) et à tous un bon paquet d’argent en plus. Toutefois, on en reste encore à la participation exclusive des champions en titre. La version numéro 1 semble plaire au futur G14 mais cela ne suffit pas. 1994-1995, quatre groupes au lieu de deux. Toujours plus de matchs. 1997-1998, 6 groupes et pour la première fois plusieurs équipes de même pays dans la compétition destinée aux champions. Toujours plus de matchs pour toujours plus d’argent, l’Inter générant plus d’audience et donc de rentrée publicitaires que le FC Sion (Constantin si tu nous lis…). Les poules aux œufs d’or sont en marche, elles ne s’arrêteront plus. Les plus riches sont de plus en plus riches et les fédérations non européennes de plus en plus pauvres dans le payback lié à l’image du football.
C’est exactement dans cette décennie, ironie du sort, que nous pouvons revenir à notre coupe du roi Fahd. Elle débute la même année que la ligue des champions, mais on observe à quel point elle se développe à la vitesse d’un Carlier au pas de course. Pourquoi ?
1. Elle n’a pas le même renouvellement « produit ». La Coupe du monde de football ne génère, et de loin pas, les bénéfices provenant de la Ligue des champions. Les droits télé sur la CM n’ont explosé qu’après 1998 (pour la CM en Asie), soit 6 ans après le début de la CC, une éternité dans le business. De plus, cette manne financière n’arrive que tous les quatre ans. Un bail. La CC est là pour occuper le terrain laissé en jachère mais qui produit du blé pour l’UEFA, un comble. Mais sa fréquence est également trop faible. Ce n'est pas le merchandising du nouveau ballon Adidas qui changera l'affaire.
2. La CM n’a pas les mêmes réseaux de distribution que la ligue des champions. Tous les mardis et mercredis pendant près de six mois, la ligue des champions assène ses images fabuleuses sur la planète football. Toujours plus belles, toujours plus neuves, toujours plus visibles. On ne parle plus d’ESPN legends. On vit l’histoire. La CM et la CC n’ont pas ce rythme de marathoniens. Certains sponsors ont fait un choix non dénué de bon sens. Canon a été sponsor de la CM de 1970 à 1998. Puis la marque japonaise a arrêté ce sponsoring non pas comme elle le prétend pour des questions de coûts mais plutôt pour des questions d’images. Par contre, dans cette logique d’entreprise, Canon se concentre aujourd’hui sur la Ligue des champions et l’Euro. Plus de visibilité, toute l’année sur un football qui est de plus en plus le football regardé par la planète toute entière. Les meilleurs joueurs y viennent se montrer, attirant les consommateurs du monde entier.
3. La CM et la CC n’ont pas l’assise industrielle de la Ligue des champions. Les championnats européens assurent une sécurité d’image que la CM ne peut pas aujourd’hui assurer pour deux raisons. La première est que les sponsors maillots de sont pas autorisés en sélection et la deuxième est que la qualification est toujours un pari risqué vis-à-vis des sommes allouées. A contrario, quand Moratti achète Ronaldo une fortune à Barcelone, il sait qu’il rembourse son investissement par la seule vente des maillots (Zidane 400'000 maillots vendus !) sans compter les rentrées sponsors et télévisuels. L’investissement est plus contrôlé. Quand Nakata vient jouer à Marseille, c’est un calcul financier qui est établi. Pas un stage de formation pour le jeune japonais. Marseille, son célèbre banquier et ses sponsors ayant une petite idée du marché japonais. Chacun dans son club peut y trouver son compte contrairement à une CM ou une CC ou les équipes sont limitées et le laps de temps pour rentabiliser l’investissement très, très court.
Dans cette optique, la CC est apparue très vite comme une tentative désespérée de la FIFA d’occuper un terrain qu’elle n’a pas les moyens de dominer. La CC n’est d’ailleurs pas la seule compétition que la FIFA a lancé pour contrer ses concurrents sur ce terrain commercial. Coupe du monde junior, moins de 17 ans, CM féminine, beach soccer, futsal et enfin la première coupe du monde des clubs en 2000 au Brésil dont ici tout le monde se souvient parfaitement… Quelqu’un pour donner le vainqueur ? Corinthians. Les participants ? ManU, Real Madrid (avec Anelka meilleur buteur de la compétition !), Corinthians, Vasco (avec Romario et Edmundo), Nexaca, Raja Casamblanca et je vous le donne pour le plaisir : les saoudiens du Al Nassr. Le succès est tel que la FIFA remet le service fin 2005 à Tokyo.
Cinq ans pour reconduire l’édition 2000. La FIFA tousse et ne fidélise pas vraiment son client, mais elle a le mérite de persévérer. Elle n’a pas vraiment le choix. L’UEFA mange à tous les rateliers. Du lourd au léger. N’a-t-elle pas créer cette coupe Intertoto pour occuper les trois mois d’été qui, tous les deux ans sont vides de tous profits (Pas de CM, pas d’Euro)?
La CC s’inscrit exactement dans cette logique puisqu’elle permet à la FIFA d’être là et bien là 3 ans sur 4 pour vendre ses images et son football national à ceux qui en mangent.
Toutefois, au-delà de la mise en crise du discours de la FIFA sur sa volonté de mettre le football au service du développement dans toutes les régions du monde, notre honnêteté intellectuelle légendaire nous oblige à reconnaître que la CC commence à s’inscrire dans le temps et dans les esprits. 7 éditions, beaucoup de buts (autant en France qu’en Allemagne cette année 2005), plein de matchs mettant en lumière des équipes rares sur la scène mondiale (Tunisie, Mexique, Japon, et les autres équipes non européennes). La Coupe du monde n’a-t-elle pas commencé par réunir en 1930, 13 équipes européennes et sud-américaines ? Le seul risque que court la FIFA avec la CC est de canibaliser la CM et tout ce qu’elle représente aujourd’hui.
Dans cette optique, la coupe du monde des clubs peut trouver le succès espéré
à condition qu’elle s’organise également comme la CC là où se trouve son public le plus acquis : le continent européen. Et la FIFA rattrapera une partie du retard qui est le sien actuellement dans la course aux revenus liés au football. Elle y joue aussi une partie de son existence.
Malheureusement, cette course au business ne prend pas vraiment en considération la santé des joueurs des fédérations engagées, ni l’intérêt des championnats toujours en jeu au sein de ces fédérations.
un sourire gâché par les blessures
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La pression mise sur Ronaldo pour participer à cette CC (menace de ne pas participer à la prochaine coupe du monde) démontre deux points cruciaux au-delà de notre réflexion. Primo, le développement indirect des apports pharmaceutiques qui ne pourront épargner le football au vu du nombre de matchs joués par les acteurs du football aujourd’hui et de l’obligation qui leur est demandée de participer à toutes les compétitions. Deuxio, la bagarre contemporaine entre clubs et nations, entre entreprises et nations qui poussent des joueurs comme Ronaldo à se reposer en été et à jouer en hiver et des joueurs comme Scholes (29 ans) à déclarer qu’il se concentrera désormais à son club au détriment de l’Angleterre.
Le développement de la ligue des champions et celui de la Coupe des confédérations est aussi celui des fédérations cons qui à force d’accepter tous les défis sportifs pour notre plus grand plaisir vont tuer une des poules aux œufs d’or. Joueurs ? Clubs ? Nations ? Les paris sont ouverts.