Le rédacteur en chef et en personne avait eu le nez fin en ce début de saison en décrétant au nez et à la barbe de tous les médias ou presque spécialisés dans le ballon rond que le plus beau championnat serait cette année la Série A et non pas cette poufiasse de Premiership.
En effet, on a beau se mettre un push up pour remonter une poitrine dépressive, une gaine pour aplanir une ceinture abdominale ventripotente et des bas résilles pour exciter le buveur de bières, il n’empêche qu’à un moment donné, il faut bel et bien se défaire de tous ces tours de magie et révéler au monde ou en tous les cas à son étalon, la réalité crue. Ce n’est pas toujours beau à voir.
Le rédacteur en chef, donc, pas toujours sûr de son goût avait troqué cette fois-ci ses lunettes de vicelard contre les binocles de l’esthétique.
Pato aime les Milanaises
Il faut dire que le pouilleux ne demandait que ça. Sous prozac depuis quelques mois et la date du perfide renvoi de José Mourinho, son idole par l’innommable Abramovitch, son ancien messie. José part en Italie et le championnat italien devient tout à coup la plus belle fille du monde. C’est fou ce que le charme portugais peut faire aux Libanais.
Ajoutez à cela le transfert de Ronaldinho au Milan et vous avez un rédacteur en chef qui se frotte compusilvement aux colonnes en béton armé de la rédaction. En effet, il suit les Brésiliens champions du monde comme Francis Lalanne les maillots de l’équipe de France. A la trace et toujours dans la plus grande discrétion.
Ah, ça, on s’est bien foutu de sa gueule en août quand il nous a déclaré sa flemme pour la belle italienne. On l’a chambré sur la vitesse et l’adresse retrouvées de Schevchenko, on l’a allumé sur l’international suisse Liechsteiner, remplaçant au LOSC et titulaire à la Lazio. Qu’est-ce qu’on s’est marré.
Et puis, les championnats ont commencé. Comme tous les clients des chaînes françaises, le régime anglais nous a été imposé par un Canal+ plus intéressé par le nombre de téléspectateurs que par la qualité du jeu. Le Prince Omar a fait le dos rond, vexé mais sûr de son fait.
Quelques lézardes se sont fait sentir dans nos sarcasmes par les résultats des clubs italiens en Ligue des champions et ceux notamment de la Juventus à Madrid ou de Rome à Bordeaux même si la Fiorentina nous laissa quelques bons moments en sa compagnie.
Zlatan, 1m95 de génie
Puis, afin de faire le bilan de cette mi-saison, le rédacteur à lunettes nous a invité chez lui pour le derby milanais. Pour tout vous dire cela nous cassait un peu les pieds d’aller se taper une heure de catenaccio.
Mais il a su nous séduire. Houmous par là, feuille de vigne de maman par ci, loukoums au miel et aux cacahouètes en dessert. Bref, si on allait sûrement s’emmerder devant la télé, au moins, le palais et la panse allaient plutôt passer une bonne soirée.
En réalité, on n’a rien mangé.
Non que ce ne fût-ce pas appétissant. Non que la quantité ne fût au rendez-vous. Bien au contraire : C’était Byzance.
Des femmes à demi-nu nous accueillirent tout d’abord au son d’une musique orientale enivrante. Elles étaient parfumées de senteurs qui faisaient tourner la tête, libres de nous frôler, nous promettant tout, ne nous donnant rien. Les coussins les plus moelleux faisaient face à un écran géant sur lequel notre hôte passait en boucle des images subliminales de bonheur et de jouissance en attendant le début du match. Sur les tables alentour, trônaient les plus beaux plats orientaux, d’Istanbul à Casablanca, tous le bassin méditerranéen était représenté. Les odeurs se mélangeaient avec délice et j’ai même cru reconnaître ici ou là des desserts aperçus du côté d’Ispahan.
C’était devenu clair pour nous tous : cet homme n’est pas rédacteur en chef pour rien. Ce garçon que la nature a gratifié d’un nez proéminent ne connaît pas la moitié de l’équipe du Brésil par hasard. Ce technicien hors pair balle au pied ne roule pas en Porsche blanche par la grâce du bon Dieu, même s’il ne manque aucune des cinq prières obligatoires tout en rechignant aux ablutions les plus intimes (faut voir son intimité…).
Et pourtant, nous ne touchâmes à rien. Pas une cuisse, pas un fruit, pas un verre de nectar qui nous fût proposé ne purent nous sortir de ce à quoi nous allions assister.
En effet, cet Inter-Milan AC ne nous laissa pas une minute de répit. La puissance de l’Empereur Adriano, revenu de nulle part et affichant une santé digne d’un Jonah Lomu des grands soirs. L’altruisme (enfin) d’un Ibrahimvotich qui gagne en maturité. La rigueur d’un Samuel, exemplaire à la Rome, indigne au Real et enfin redevenu lui-même à l’Inter. La sûreté d’un César aussi brillant lors de ce derby que quatre jours auparavant face aux Français. Le dynamisme jamais mis en défaut d’un Zanetti increvable. La discrétion indispensable d’un Muntari, véritable relais de Mourinho sur le terrain. La rage d’un Stankovic qui se transmet chez ses dix coéquipiers. Toutes ces qualités qui font de l’Inter une équipe, enfin.
Ronnie est de retour
Et puis de l’autre côté, on a bien failli voir un Milan AC faire manger à l’Inter ce qu’il avait du ingurgiter comme arête en finale de ligue des champions contre Liverpool. Seul Kaladze, vraisemblablement troublé par un été géorgien sanglant, nous donnait l’espoir de pouvoir vite ingurgité un délice qui nous tendait les bras. Tant d’erreurs, tant de fautes. Pourquoi Ancelotti n’a-t-il pas mis Senderos plus tôt ? Est-ce donc réellement si mauvais ? Mais à part lui et un Maldini que plus personne ne peut critiquer au vu de on âge (40 ans), la deuxième mi-temps des Rossoneri fût tout simplement exemplaire de qualité technique et de collectivité offensive.
Certes Bekham a paru un peu dépassé par les événements mais quel plaisir de retrouver Ronnie dans ses passes aveugles qui vont là où personne ne les attend. Quel bonheur de suivre Pato à 20 centimètres de l’écran pour ne pas manquer une seconde de son récital. Quelle folie de suivre Pirlò, si mauvais le mardi et retrouvé en seconde mi-temps le dimanche. Et puis, je vous le demande : comment tenir correctement un verre de vin quand Inzaghi manque trois fois de suite de réduire le score pour des hors-jeux aussi stupides que rageants ? C’est impossible.
La fin de ce spectacle haletant est arrivée trop vite et la déprime qui a suivi a été à la hauteur de ce qui avait été proposé.
Au bout de 90 minutes, nous ne pûmes avaler quoique ce soit, honorer qui que ce soit et nous repartîmes partagés par un sentiment de bonheur et aussi de tristesse qu’aucun auteur n’aurait su transmettre.
Nous avons vu Milan et nous ne voulions que mourir.