| Izno-"Gerger"
les faux Par Subfoot - La Rédaction (autres articles du même auteur) Aug 21, 2009 - 3:00:43 AM |
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Derrière moi, les cimes alpines. Devant moi, le tunnel sous la Manche. Je plonge dans l’obscurité… Fantastique voyage sous la mer : au sec et dans un train. Un peu plus tard, je commande un « tea, please ! ». Je me sens londonien. Mais ce n’est rien à côté de la gueule d’angliche de Wenger.
Izno : "Arsène, dis, ça faisait longtemps qu’on s’était pas croisé ?
Arsène Wenger : Tu arrives d’où ?
Izno : Tout droit de Chamonix. J’étais avec Jacquet. Un homme bien.
AW : Un peu daté tout de même.
Izno : Tu t’es mis à la mode du cassé de sucre ?
AW : Je l’ai toujours pratiqué, mais avec une cuillère bien tenue. Je suis éduqué.
Izno : Bref de style, tu t’es fendu d’une sortie qui remue le microcosme footballistique. Tes joueurs sont ils trop tendres pour faire parler de toi ?
AW : Tu sais, mes joueurs, je n’ai pas de vanité en ce qui les concerne. Le marché économique suffit à mes ambitions.
Izno : Le marché, le marché, c’est un leitmotiv, ma parole !
AW : Je m’excuse de ne pas faire partie du cercle large où des croyances ont pris forme quand il a été question de refonder le capitalisme.
Izno : Ca t’est possible de parler en français… Ton alsacien, là, ça me frise !
AW : Ne me vexe pas, ça ferait flancher mon verbe.
Izno : Rien qu’un pli, s’il te plait ! Tu parles comme un costume, c’est agaçant !
AW : N’est ce pas toi qui a dit, tout à l’heure, « bref de style » ? Veux tu qu’on parle dans le mou, ou veux tu qu’on discute entre adultes ?"
Dans ces moments où je sens que se creuse la brèche, mon cœur s'excite et je me sens vivre. L'interlocuteur, en face de moi, aussi : petit à petit, on glisse à deux sans savoir où...
Izno : "Je te sens délétère, ou fébrile… Pourquoi avoir évoqué cette Super League ?
AW : Pour éveiller les naïfs. Maintenant j’entends des cris d’orfraie. On voudrait que je sois l’apôtre du mal ! Je me fends d’un sourire devant des attaques de brin d’herbe. Le foot, en tant que modèle économique, a une vraie révolution culturelle à vivre.
Izno : Tu peux comprendre que ça effraie, la perspective de cette Ligue… Grosso modo, elle signifie la fin ou presque des championnats, la fin de la Ligue des Champions, telle qu’on la connait… Et l’inconnu…
AW : Oui, l’inconnu effraie. Changer bouscule. On retient souvent davantage le négatif, a priori, que le positif. Je ne considère pas que les championnats tels qu’ils sont organisés aujourd’hui soient plus justes qu’un modèle d’organisation à l’américaine, au contraire. La question n’est pas en termes d’équité sportive. La question se situe dans le lien, en Europe, entre les clubs sportifs, ces organisations qui n’ont jamais cessées d’évoluer dans leurs statuts au fil du temps, notamment en France, et un territoire donné. La différence, elle est entre le club et la franchise.
Izno : Et ?
AW : C’est une composante forte du foot aujourd’hui. Là, on a deux choix. On peut tomber sur le registre des valeurs, avec leurs arguments déguisés parfois. Ou on peut s’interroger.
Izno : Tu t’interroges trop : on croirait entendre un prof !
AW : Je ne suis pas un universitaire. Quand je m’interroge, forcément, j’exerce une influence. Mon but n’est pas d’augmenter le savoir acquis. Qui peut l’ignorer ? Evidemment, j’ai des intérêts. Evidemment, j’ai aussi des idées.
Izno : Foin de nuance !"
Ça n'aurait tenu qu'à moi, j'aurai viré cette dernière réplique de l'interview. Foin de nuance, j'ai honte de moi d'avoir sorti un truc pareil... Honte même si je trouve que ça fait bien dans le ton. Le REC l'ayant lu, dans tous les cas, et se marrant bien de ma nouvelle manie pour les expressions louches, il n'a plus voulu l'enlever...
AW : "Les réalités économiques sont une composante comme une autre : il faut arrêter de leur faire endosser des habits diaboliques. Ce que je dis n’a aucune autre dimension que celle-là : les clubs sont des entreprises, les entreprises n’ont pas de raison d’écarter un modèle économiquement plus favorable, s’il l’est.
Izno : Et le reste ?
AW : Ne fais pas, toi aussi, dans le raccourci ! Pitié ! Laisse les hurlements aux spectateurs de Scream !
Izno : Tu bosses pour une secte ou quoi ?
AW : Tu veux une claque ?
Izno : Développe mon raccourci, t’as pas le bras assez long pour m’effeuiller la joue !
AW : Le modèle économiquement le plus favorable n’est pas indubitablement celui qui place l’homme à quatre pattes sous le commandement dictatorial de logiques financières ! Ou ces dernières seraient absurdes ! L’économie, ça n’est pas juste une ligne en bas à droite, avec un zéro à la suite de plusieurs autres. Il y a un minimum de stratégie, avant de jeter les yeux sur cette belle ligne des zéros ! Et c’est une stratégie qui incorpore plusieurs dimensions.
Izno : Ouais, ouais, ouais… je te l’avoue : ça fait beaucoup de phrases compliquées, ton histoire ! Alors que moi, Arsène, j’aime le foot. Tu me parles d’un secteur économique avec des stratégies multidimensionnelles… Tu veux me perdre ?
AW : Justement ! Le modèle en question ne pourra pas se permettre de te perdre… A moins qu’il en trouve mille autres ! Après tout, tu feras autre chose si c’est le cas, je ne m’inquiète pas !
Izno : T’es un peu trop sur de toi, dans l’affaire… Et je n’aime pas que mon interlocuteur s’en tire comme ça, sans que plane le doute…
AW : C’est un sujet qui mérite le temps, pas l’accord immédiat. Rien n’est pressé. On en parle, c’est tout. Je peux être salaud ?
Izno : Oh oui, Arsène, s’il te plait ! Vas-y, dégomme ! Pour une fois !
AW : L’Europe est tellement embourgeoisée… C’est devenu une vraie prude !
Izno : Oui, et ? Vas-y, Arsène, c’est bon ça, fais le salaud !
AW : Ca y est, c’est fait.
Izno : Ah bon. Putain, tu le fais bien, le salaud, parce que je m’attendais à mieux… Horreur des frustrations !"
