Ma vie ressemble à une rivière furieuse. Petit cours et grande tempête, je fais la cavalcade, je m’infiltre dans tous les coins. Une manière de rayonner à hauteur d’hommes. Toute une ambition.
Cette fois, j’approche avec le sentiment d’aller à la rencontre d’un homme de ma stature. Un vrai, un dur, avec la sensibilité des familiers du pouvoir, mais de ceux qui le jouent tout autant qu’ils le pensent. Entre les deux, le flou de la frontière fait office de pare-feu. La lumière n’éblouit pas toujours.
La voiture de loc’ posée au coin de la rue, j’enfile les escaliers et déboule dans le bureau de Gérard. Je l’appelle Gérard. Il m’appelle Izno. Entre lui et moi, c’est une vieille tradition. Ça date de sa miraculeuse déconfiture, France – Bulgarie.
Izno : « Alors, Gérard, remis ?
Gérard Houiller : De quoi parles-tu ?
I : Kosta… »
Gérard Houiller, excédé, « Encore cette histoire !... »
Adoucit, I. : « Ok, ne parlons pas de prétendu assassinat ni de responsabilités fuies ! La France que les journalistes veulent voir comme une jolie grenouille, ça te fait sourire ?
GH. : J’ai deux postures. En tant que DTN, je roule des mécaniques, et surtout je ne suis pas surpris. C’est le fruit d’un travail. En tant que spectateur, je puis l’assurer, je me gondole !
I. : Qui te fait le plus rire ? Guy Roux, qui est devenu un lobbyiste pathétique du foot, du haut de ses gros mots, de ses postures populistes et de sa défense des intérêts supérieurs du football français ?
GH. : Je souris difficilement de la vulgarité. Rappelle toi, je parle anglais, je suis le profil type du technicien-dirigeant, ces managers d’hommes et de clubs dont la dimension première est le terrain. Nous sommes une espèce rare. Mes mots sont pesés, et celui qui me vaut l’animosité mémorielle de certains, prononcé dans la précipitation, il est trop tard pour l’ôter de ma bouche.
I. : Tu crois au renouveau du foot français ?
GH. : Arrêtez avec ces conneries ! Le renouveau, la fin, tout ça tombe continuellement dans l’ordre du commentaire. Babillages ! Pas plus qu’il n’y a renouveau il n’y a eu de fin. Dans une période économique qui pèse négativement davantage sur ceux qui avaient un modèle économique à risques, les clubs français ont profité d’une fenêtre, garder leurs meilleurs joueurs, fais de bonnes affaires. Nous sommes fin octobre. C’est un moment. L’analyser à coups de grandes conclusions s’apparente à du commentaire. Mais sur ces points encore j’ai deux positions !
I : Balance !
GH. : En tant que DTN, je suis favorable à ce modèle de fonctionnement médiatique, qui place le foot au cœur d’une actualité permanente qui prend deux formes : l’une, sportive, basée sur le jeu, les résultats, etc. L’autre, sur l’art de commenter ou, autrement dit, la gesticulation verbale, la capacité à traiter de tout, tout le temps. Ce traitement « café du commerce » fonctionne. Pour l’instant. En tant qu’amoureux du foot, je ne suis pas mécontent d’entendre parler de ma passion et de mon sport aussi régulièrement, mais je n’accorde pas plus d’importance que cela à ces jeux de flûte.
I : Gérard, tu me fais plaisir ! Mais prenons l’angle du terrain…
GH., directif : Non… Non… Izno, nous passions un bon moment, là !
I. : Eh quoi ?! Gérard, je ne comprends pas. Tu en as marre, du foot ?
GH : Rien à voir !
I : Une envie passagère de recul ?
GH : Non plus, tu n’y es pas…
I : Quoi alors ? Tu désespères d’un poste un peu plus enthousiasmant que DTN ?...
GH : C’est un poste en or.
I : Massif ou plaqué ?
GH : Jacquet a le massif, moi le plaqué, mais c’est en or tout de même…
I : Et l’UEFA, tu ne peux rien y faire là-bas ? Platini n’a pas de poste pour toi ?
GH : Oui… l’UEFA, c’est mieux que la DTN en France… Mais, je ne sais pas. »
Un instant, je suis resté sans voix, muet. Quelque chose comme une vague tétanie a semé le vertige dans mon esprit, et j’ai senti me traverser le front une absence presque totale de questions. Un sentiment de vide qui m’a rapproché de ce que vivent miss et autres animateurs radio à la dégaine rebelle. Pris de panique, j’ai repris le flambeau sans tarder.
I : « Tu vas pleurer là, ou je peux t’enfler ?
GH : Tu n’as aucun égard pour la faiblesse…
I : La tienne ? Je n’y crois pas une seconde !
GH : Ma sincérité se moque de ton indifférence.
I : Faible et poète, c’est DTN de la danse sur glace que tu devrais faire !
GH : Que de préjugés !
I : Bonne conscience, le faible, un beau gardien de la morale, tiens… mais qui ne l’a plus, le moral !
GH : Rumeur !
I : Avouée à demi-mot !
GH : Coureur de vents !
I : Et payé pour ! Mais toi, Gérard, à quoi sers tu ? DTN, c’est un placard pour technocrate, ou l’estrade des belles fins de carrière !
GH : Tu veux une claque ?
I : Arrête de défendre ton institution… tu vas faire du gras pour de bon !
GH : On tapera les irlandais. On ira en Afrique du Sud. On passera jusqu’en quarts. Et j’aurai la place pour agir. On verra.
I : T’es dans les starting-blocks, je rêve… C’est DTN G et Mister H !
GH : Ma sincérité se moque de ton ironie !
I : En attendant, je suis garé en vrac, en bas, et le Prince ne rembourse pas les contraventions…
GH : File !
I : Sans attendre, tu restes un filou de première, Gérard !
GH : Plus vrai que nature, en vérité !