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Evènement exceptionnel: Luis Figo jubile à Genève le samedi 13 juin 2009
Publié dans: les héros
Par [unknown placeholder $article.author$] - Jun 11, 2009 - 1:26:59 AM


Grâce à Gamasport, agence d'organisations d'évènements footballistiques basée à Montreux, Genève (plus particulièrement le Stade de la Praille), accueillera Luis Figo et une brochette de noms prestigieux (Mourinho, Capello, Seedorf et Chivu entre autres) ce samedi 13 juin 2009, pour un jubilé caritatif au bénéfice de la fondation Luis Figo et la fondation G4, toutes deux oeuvrant pour le soutien des enfants défavorisés. Les lecteurs de subfoot sont vivement encouragés à se rendre à ce match en l'honneur d'un maître décrit il y a trois ans, de manière unique par David Cap notre consultant espagnol. Ecrit en Septembre 2005, ce portrait intervenait au moment où Luis Figo quittait le Real Madrid pour l'Inter Milan.

 

L'orgueil de Luis, par David Cap

(Date de parution originale, 1er septembre 2005 sur subfoot.com)

 

Le 5 août 2005, Luis Figo annonçait qu’il allait désormais faire ses courses, ses dribbles et ses centres à l’Inter-marché de Milan, le seul club au monde capable de proposer à ses clients des chèvres d’Argentine, des melons français, de la crème uruguayenne, du bœuf brésilien, du flanc serbe, et donc aujourd’hui, de la gomina portugaise.

 

Peu commentée, la fin de carrière programmée de Figo dans l’équipe patchwork de Moratti ne pourra que combler ses détracteurs, qui y verront là une preuve supplémentaire de la tendance au mercenariat d’un joueur aux chevilles surdimensionnées.

 

Il faut dire que le portugais n’a jamais rien fait pour dissiper une image de nanti soupe et lait et prétentieux, un rien antipathique. Quand un Zidane ou un Ronaldo, par leur humilité pathologique ou leur joie de gamin, ont toujours su faire oublier les aspects plus ambigus de leur carrière, Luis quant à lui s’est construit de ses pieds un destin de mal-aimé, même chez lui, au Portugal. Si une sorte de respect résigné accompagne ses passes décisives ou ses raids dans les défenses, c’est toujours un cri étouffé de haine qui s’élève à chacun de ses plongeons le long de la ligne de touche, après avoir voulu faire le dribble de trop et s’être encastré dans les abdominaux du défenseur adverse. Et comme en plus le bonhomme maîtrise comme personne l’art du croche pied…ne cherchons plus, dressons la guillotine. Les lignes du CV de Luis sont écrites à l’encre de la rancœur.

figo3_1.jpg Figo dépité
Finaliste humilié par un streaker culé lors de l’euro portugais, icône de la génération perdue du football portugais, sempiternel second d’un Barcelone miné par les luttes intestines, plus gros transfert de l’histoire bien vite supplanté par celui de Ziz le marseillais, galactique madrilène toujours cité en fin de liste du bout des lèvres, ballon d’or immérité glané au dépend du même Zidane, sanctionné pour deux coups de tête, cette fois sans ballon. Figo, c’est encore le traître au fait de sa gloire qui  est passé à l’ennemi ancestral, quittant sans états d’âme un navire blaugrana sabordé par sa propre incurie. Pis après tout, Figo, quoi, soyons sérieux deux minutes, ça reste un toss.

 

figo5_1.jpg Figo relax
Pourtant, ce serait bien mal connaître notre bon Luis que de le réduire à une vulgaire caricature de Ginola lusitanien. L’homme comme le joueur est beaucoup plus complexe et intelligent pour s’accommoder du simple rôle de la tête de turc. C’est au forceps et au talent qu’il a su s’extirper de la rancune des supporters, un jour à Lisbonne, l’autre à Barcelone, et bientôt à Madrid, pour se construire un palmarès éloquent et un rôle de leader dans les différentes équipes auxquelles il a participé. C’est par son ego monstrueux et ses dons que Luis Figo a su collectionner les actions Playstation et récolter les honneurs et les trophées tout au long d’une belle et pleine carrière, qui va s’achever dans le crépuscule des néons des magasins Armani qu’il affectionne tant.

 

Car le beau Luis est un véritable enfant de la balle, un adepte du dribble sauté, un génie du centre au cordeau, un maître du débordement en un contre un, un orfèvre de la passe dans l’intervalle, un nettoyeur de lulu hors du commun. Un savant mélange de milieu offensif et d’ailier, ayant régné sans partage sur sa moitié droite du terrain, semant la terreur lors de chevauchées opportunes à gauche et au centre, dès que l’espace se libérait.

 

figo4_1.jpg Figo beau
Avec Luis, rien n’est impossible, rien n’est jamais perdu. Ce n’est pas que vous y croyez, non, vous avez bien vu qu’il est tout en sueur après un quart d’heure, que son short est déjà tout crotté à force de tomber et que l’arbitre lui fait la gueule. Non, non, vous n’y êtes pas. Si vous devez avoir foi en Luis, c’est surtout parce que lui-même ne doute jamais, qu’il est infaillible, qu’il est le meilleur, un point c’est tout. D’ailleurs il se relève déjà et se déhanche là-bas pour appeler la balle. Si son défenseur direct l’a humilié vingt fois, qu’importe, Luis continuera à tenter encore et toujours son double contact ou à lui faire un petit pont. Luis rate deux penaltys de suite éliminant son équipe ? Il s’avancera pour le suivant vers le point de peno le regard noir et hautain. Une presse déchaînée appelle à sa substitution ? Luis signe un contrat de titulaire dans un autre club, et porte le brassard de capitaine en sélection. Luis voit arriver d’un mauvais œil un présomptueux Deco fraîchement naturalisé et un Zidane auréolé lui faire de l’ombre ? Ils apprendront à respecter M. Figo, à s’adapter à son jeu plus que lui au leur, même si pour cela Luis passera six mois à refuser obstinément de leur faire la passe.

 

            Il faut, pour remettre Figo à sa juste place, s’entraîner au regard parabolique à l’image de ses centres et de ses corners. Il faut, pour percer le secret de Luis, se plonger dans l’ombre mâle de son corps trapu, et se faire quelques réflexions subfoot-jectives. Rivaldo et Ronaldo n’auraient sûrement pas été désignés meilleurs joueurs européens sans les passes décisives et les espaces créés par Luis, tout comme le Barça et le Real n’auraient pu soulever une nouvelle coupe d’Europe sans ses exploits individuels et ses ruses.

figo7_1.jpg Figo respectueux
Concernant son parcours en Seleçao, rappelons que Luis fut le capitaine et le meilleur joueur de cette brillante équipe, cette génération dorée portugaise, victorieuse deux fois de la coupe du monde en catégorie jeune, qui généra par la suite tant d’attentes. Et puis peut-on vraiment parler d’échecs pour l’autre Seleçao, la senior cette fois, qui a réussi à atteindre successivement les demi-finale et finale du championnat d’Europe des nations avec Luis comme leader incontesté, avec le handicap de se coltiner des attaquants aussi efficaces qu’un Titi Camara fatigué ?

 

figo1_1.jpg Figo papa et capitaine
Sur un autre plan, à l’instar de Michael Laudrup en son temps, Luis ne serait pas parti à Madrid si le Barça lui avait enfin offert le statut de leader et d’étendard qui lui accordait Florentino Perez[1]. Un Luis qui signe aujourd’hui à l’Inter, pour un salaire moindre à ce que ne lui offraient certains clubs de préretraités anglais et qataris, mais qui présente l’avantage de pouvoir se frotter aux défenses de la Serie A, et de participer au moins un fois encore à la Champignon’s…Enfin, enfin, Luis le mercenaire, à 33 ans passés, n’a jusqu’à ce jour joué que dans 3 clubs[2]. Clubs où il sera devenu à chaque fois l’interlocuteur privilégié du président, clubs où ses compères successifs de vestiaires se sont jusqu’à présent bien gardé de soulever la moindre critique sur son comportement. Luis n’est pas une diva, Luis est simplement le meilleur, c’est lui qui vous le dit.

 

figo2_1.jpg Figo the best
Ce qu’on reproche à Luis Figo finalement, c’est peut-être d’avoir été l’un des premiers prototypes de joueur professionnel complet et distant né dans les années 90, sachant privilégier tout autant ses intérêts personnels que ceux de son équipe du moment, conscient de sa valeur marchande, humaine et sportive dans un football converti aux rendements de taux décroissants. Et c’est pour ce spectacle à grand frais et pour son propre orgueil que Luis va continuer cette année encore à vouloir déborder des joueurs de 10 années de moins que lui, à tenter des passes de 40 mètres et à faire face aux sarcasmes des supporters bien installés dans leur canapé. Fier.

 

De toute façon, Luis vous emmerde tous! Car Luis a déjà réussi l’impossible : faire deux beaux enfants à la plus belle femme du monde.

figo8_1.jpg Figo amoureux
 

 



[1] Et Luis Enrique n’est-il pas devenu un symbole du Barça en ayant pourtant joué auparavant chez les blancs?

[2] Sporting de Lisbonne (1989-1995), FC Barcelona (1995-2000), Real Madrid (2000-2005).

 



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