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La révérence de Willy
Publié dans: les héros
Par [unknown placeholder $article.author$] - Jan 23, 2009 - 4:18:16 AM


petite_musique.jpg comme une petite chanson douce
J'ai dis stop. Enfin, c'est le Président qui a dit stop. C'est lui qui a joint les médias, qui a fait circuler l'information. Moi, je n'avais pas le goût de le faire. Un sportif, ça n'a pas le goût de l'abandon, et ma fin de carrière, là, comme ça, elle ressemble à ça, à un abandon, alors que c'est tout sauf moi, ça, d'abandonner.

Ça me fait quelque chose de penser que c'est fini. J'ai un vrai pincement au coeur, une sorte de nostalgie déjà, condensée en tristesse, et cette tristesse elle est en boule dans mon ventre, elle me bloque la gorge. Hier, c'était terrible. Je crois que si je me montrais soulagé qu'on prenne une décision, soulagé que, d'une certaine manière, le calvaire se termine, je sentais monter en moi les vagues qui me domineraient bientôt, et leurs lames de tristesse. Aujourd'hui, oui, je suis triste.

Mais il fallait que ça se termine, non ? Je n'ai plus jouer depuis l'Euro, et à l'Euro, comment j'ai joué ? Alors oui, je serai parti sur une sélection internationale, et ça, ça a de la gueule ! Et oui, je serai parti sur une énième passe décisive en edf, et ça, ça a de la gueule ! Mais je pars sur un match en bleu qu'on a perdu, je pars sur un match où même en me donnant à fond, je ne donnais pas tout ce que j'ai pu être capable de donner dans ma carrière.

Je peste, mais je suis fier. Je ne vais pas le crier sur les toits que je suis fier, parce que ça ne se fait pas, et puis je ne suis pas fier pour jouer au vaniteux. Je suis fier de ce que j'ai fais dans ma carrière. Jusqu'au bout. Certes, ce dernier match avec la France contre les Pays-Bas, ça n'était pas le meilleur Sagnol qu'on n'ait jamais vu, loin de là... Mais j'ai fais le max avec ce que j'étais à ce moment là, comme j'ai toujours fais dans ma carrière : j'ai joué généreusement, j'ai joué en m'appliquant, j'ai joué pour être irréprochable derrière, propre, et j'ai joué pour être décisif devant ! Voilà, j'espère qu'on retiendra ça de ma carrière et je crois sans me vanter que c'est ce qu'on peut en retenir : ma générosité sous le maillot, sur le terrain, et l'intelligence que j'essayais d'apporter, et la vitesse, et la propreté.

bavi__re.jpg la bavière entière salue son preux chevalier latéral

Penser à ce que je laisse, ça me console. Ça a beau faire bizarre de penser à ça -ce que je laisse derrière moi, comme si j'étais un vieillard, en même temps je sais que objectivement je suis jeune et qu'il me reste plus à vivre que n'importe quel retraité « normal » ; alors ça me permet de regarder les choses avec un certain détachement.

Je me souviens doucement. De Saint-Étienne, les premiers ballons, les copains. Quand les rêves sont nés, ont grandi, ont pris forme et se sont concrétisés. Monaco, et un premier titre, une sorte d'aboutissement. Je ne suis pas seulement pro, ce que je voulais être bien sûr, mais je commence à être le meilleur à mon poste. Ensuite, le Bayern et l'équipe de France, ça a été une cerise de plusieurs années sur un gâteau gigantesque de plaisirs, d'émotions.

Il y a eu des échecs, des déceptions, mais quand même... J'ai joué une finale de Coupe du Monde, j'ai soulevé la Coupe aux Grandes Oreilles, celle que j'avais vu soulevée par l'OM quand j'étais encore un « ptit con ! ». Et le Bayern, c'est une Rolls, c'était déjà dans mon histoire du foot quand j'étais jeune et supporter des Verts et puis c'est devenu mon histoire à moi, celle du travail et de la récompense. Et l'équipe de France, c'est le maillot bleu. Le porter celui-là, c'est quelque chose. Ça donne du cran, des forces. Jusqu'à dire "ta gueule" hors des terrains, jusqu'à l'excellence sur la pelouse.

J'ai dis stop parce que j'ai mal, et la douleur à ce point là, elle m'empêche de jouer comme je suis. Je sais que c'est une décision irrévocable. Je ne suis pas Jordan, je ne ferai pas de come back ! C'était une décision lourde à prendre. Parce que je ne la prendrai qu'une fois. Mais la tristesse que je ressens là, tout de suite, je sais qu'elle va passer. Je sais que j'ai toutes les raisons d'être heureux de ces trente deux premières années de vie que j'ai eu.

Je sais que la suite sera riche encore pour moi. Parce que je sais réfléchir, je sais parler. J'ai confiance pour continuer à m'inscrire dans le foot, d'une manière ou d'une autre.

Et puis surtout, je sais que le foot, lui, il est comme la vie. Quand un joueur se retire, il y en a d'autres qui rentrent sur le terrain. Il y plein de mômes qui s'apprêtent à chausser leurs crampons pour la première fois. Plein de marmots qui poussent aujourd'hui même leurs premiers cris et qui bientôt adoreront tâter du cuir.

tete.jpg il maîtrise déjà les reprises de volée...
Alors je pense à tous ces petits gosses, je pense à tout le plaisir que j'ai pris et qu'ils prendront, et je suis heureux pour eux, heureux avec eux. J'ai des frissons de penser que je suis dans cette lignée. Qu'avant moi il y a eu d'autres gens, d'autres mecs pour jouer au foot, pour inventer tel geste, connaître tel match, etc, et qu'après moi il y aura plein de mecs à nouveau pour continuer ça, continuer le foot.

Alors j'ai plein de noms de gosses heureux de jouer qui me trottent par la tête en même temps que je suis triste... Ça fait drôle d'imaginer une crèche sur un terrain de foot ! Et si je les coachais, tous ces gagas, pour leur montrer et leur apprendre comment s'amuser ensemble ?

« Franz Karl, donne ton ballon ! Hippolyte, prends ton couloir ! C'est bien, c'est ça, déborde ! Centre ! Ouais ! »

J'arrête. C'est au tour de Franz Karl, c'est au tour d'Hippolyte. Je leur fais ma révérence. Ça continue !



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