"la france qui n'aime pas les gagnants" aime quand même les fêter...
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Jeudi 8 janvier dans les
colones de Subfoot, Thierry Pellet s'attaquait aux dessous choc d'un
cliché creux qui veut que la France n'aime pas les gagnants et il
notait ceci : « (...) cependant que les contempteurs des
perdants magnifiques s'abreuvaient du culte du premier, ils
oubliaient de comprendre quels étaient les canons des différents
genres, ou comment il était devenu pratique d'imaginer un perdant
magnifique comme une machine à vaincre ! »
Une invitation toute
tracée à s'interroger plus avant sur le concept, ou mythe, du
perdant magnifique. Pour mieux comprendre qui il est, ce glorieux
vaincu, rien de tel qu'une présentation des critères auxquels tout
perdant magnifique digne de ce nom doit répondre :
D'abord et avant
tout, le perdant magnifique doit perdre... mais attention, et c'est
une condition sine qua non, il doit perdre en frôlant le Saint
Graal, il perd alors qu'il effleure l'éblouissant accès à ce
qu'il y a de plus grand, de plus beau, de plus fou ! Ah, s'il avait
gagné, le perdant magnifique aurait atteint au grade quasi
surnaturel de légende vivante et peuplerait à coup sûr et pour
les siècles des siècles la tradition orale du monde entier ! Ainsi
doit il perdre après avoir été en passe d'embrasser le ciel,
ainsi doit il perdre avant d'avoir ouvert, pionnier, une voie
presque céleste !
entre deux bourrelets, david livre son match
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Oui, le perdant
magnifique doit perdre, et il perd face à une montagne dressée
pour l'empêcher de toucher au fabuleux ; ensemble avec son
adversaire, ils rejouent l'histoire de David contre Goliath, et bien
sûr le perdant magnifique est ce petit poucet béni par
l'intelligence !
S'il est
intelligent, le perdant magnifique est plus encore aimable, adorable
même ! Et la manière dont il suscite le soutien populaire jusqu'à
l'engouement sans frontière tient tout à la fois de charmes
indéniables et de faiblesses désarmantes ! Le perdant magnifique
ne souffre pas sans rien dire, et ses gestes sont une comédie qui
parle de chacun et reflète celle du monde. Il a quelque chose,
dans sa nature et son parcours, d'universel. Il cristallise
autour de lui les voeux inassouvis, voeux de gloire et d'autres,
dans des évènements où s'expriment des valeurs positives, comme
le courage et le manière !
Le perdant
magnifique est un héros défait, certes, mais dans l'esprit il est
celui qui gagne ! Il gagne, parce que sa défaite c'est un peu Jean
Valjean injustement envoyé aux Galères, parce qu'il méritait
tellement la victoire ! L'injustice est chevillée au destin de
sa défaite. Quelque chose d'un coup du sort frappe sur la
marche du héros, et le triomphal de cette dernière, arrêtée aux
pieds du trône absolu, rappelle la cruauté du monde, qui n'est pas
juste, et livre les hommes au « terrible (...) et
captivant » du poète.
le perdant magnifique aurait prêté ses traits au prophète de gibran
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Le perdant
magnifique est une figure de la nostalgie, une culture des
années passées de la magique, légère jeunesse, la marque d'une
génération, d'un temps, d'une époque ! Rien ne régale plus que
ces pages tournées du livre des souvenirs ! Au fil d'entre elles,
on voit ces cruautés qui n'étaient pas méritées et qu'à la
grâce de valeurs positives, comme le courage et le plaisir du
partage (la belle communion du champion déçu avec son public, et
comment d'atterré il se relève porté par les hourras de l'acquise
foule ardente qui, malgré sa défaite, remercie le héros pour
l'exemple et l'histoire !), on a surmonté pour connaître
pleinement les joies que le monde réserve, malgré tout, à ceux
qui s'en donnent la peine et en goûtent l'agrément ! Le perdant
magnifique vieillit bien et ne cultive pas l'aigreur. Il sait se
retourner sur le passé et jeter un oeil bonhomme. Il se souvient
des bonnes choses comme des mauvaises et, des dernières, il a tiré
des leçons de sagesse autant que de fantaisie.
Surtout, le perdant
magnifique s'est opposé et a perdu face à un adversaire
particulier. David contre Goliath, disait on plus haut... Et si lui,
le perdant magnifique, incarne presque le Bien, son adversaire, lui,
est suspect, bon à répondre et obéir aux lois et forces du Mal !
Sans doute le succès de ce barbare ambassadeur de l'Injustice tient
il d'un pacte maudit avec le Diable ! L'adversaire inspire la
méfiance et suscite les fantasmes les plus délirant chez les
supporters du perdant magnifique.
de marbre, le méchant adversaire est arrogant
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L'apocryphe, cet adversaire
qui, s'il collabore avec le démon, plutôt qu'immortel est sans
faille. Froid, c'est une mécanique implacable, qui ne recule
jamais, devant aucun assaut ne tremble ; un mécanisme construit
pour la gagne et qu'aucun sentiment n'habite qui ne soit pas d'abord
et définitivement étranger à ceux qui supportent le perdant
magnifique, cet être de clarté jusque dans ses ombres. A
l'adversaire du perdant magnifique, il est refusé toute légitimité
à être comme les autres et parmi eux. Il est du monde certes, mais
c'est un ennemi, une sixième colonne néfaste. La preuve même
qu'on ne peut pas aimer cet adversaire : n'a t il pas purement et
simplement réduit à néant les espoirs de conquête du perdant
magnifique ou, pour ceux qui ne voudraient pas rejouer l'histoire,
ne se met il pas tout simplement en travers du chemin de celui qui
doit aller ? Et son arrogance commande t elle autre chose que l'indifférence, ou le mépris ?
Perdant magnifique donc,
parce que populaire et, populaire, parce que perdant magnifique, ce
dernier incarne pour toute une génération l'esprit particulier de
valeurs positives qui ont marquées son temps. Qui de solidarité,
qui de courage, qui de créativité, qui de panache, le perdant
magnifique n'existe pas sans le revers de la médaille sur laquelle
se bâtit sa légende : sa défaite contre l'implacable vainqueur.