Twenty third man's diary
les zéros
Par Th.P., sexe, foot & vidéos - La Rédaction (autres articles du même auteur)
Oct 27, 2008 - 1:59:45 PM

substitutejacquette.jpg
Substitute, c'est l'histoire d'un mec, un joueur de foot, qui ne joue pas la plus belle compétition du monde. Dhorasoo le formule lui-même, vers la fin du film : « Qu'est ce qui est mieux ? D'y aller pour vivre ce que je vis, ou de pas y aller du tout ? » Le film raconte ça : comment cette question est devenue au fil du temps le sujet même du film, et comment Dhorasoo y répond.

Vikash, on le suit sans le suivre. Un peu comme une image de super 8, dans lequel le film est tourné, épaisse, chaude, le grain poudré de flous vibrant, se dérobe du regard ; un peu comme le son des voix, téléphoniques, alternent avec le merveilleux bruit que fait la pellicule en projection.

On le suit sans le suivre, en suivant ses images, où il ne se met pas beaucoup, en suivant son comparse, Poulet qui fait comme nous, tant bien que mal derrière ou devant son ami le joueur.

Vikash, dans Substitute, est d'abord l'acteur d'un film formellement réussi. Sobre, et c'est une qualité, par la cohérence de l'esthétique choisi. Élégant, dans les valses discrètes sur des moments perdus au fil des jours... plans fixes ou caméras nomades qui filment livres, paysages, cellulaire, couloirs... parfois au rythme de musiques peu nombreuses et dans le ton.

Vikash, dans Substitute, est d'abord un homme heureux. Il a participé à la qualification de la France. Il pense que le sélectionneur croit en lui. Dans une carrière cahoteuse, la Coupe du Monde a des airs de « dessert ».

substitute_filme.jpg Cassavetes était meilleur caméra au poing... mais ballon aux pieds ?

Vite, très vite, le doute s'insinue. Parce que Vikash joue peu. Puis très peu. Puis plus du tout. Alors philosophe, il commence un dialogue intime avec son co-réalisateur, sous forme d'appels téléphoniques.

Vikash, alors, met ses pendules à l'heure. Il est dans les 23. Dans les 23, il a tâté du terrain. Mais l'espoir mincit. Et les aiguilles de la pendule décidément tournent en sens inverse.

Vikash, alors, parle de et se focalise sur Raymond, le sélectionneur. Démesuré : « Je suis son fils. Il m'entraîne pendant deux ans pour gravir une montagne. Et finalement il prend le fils du voisin. » Blessé : « C'est une trahison. Pourquoi m'avoir fait croire plein de choses pour m'écarter complètement ? »

Vikash s'interroge, dans sa chambre. Après les huitièmes, il raconte à Poulet qu'il est finalement allé parler à Domenech. « En même temps, ce qu'il m'a dit c'est vrai. » Mais la déception est la plus forte.

Les huitièmes et les quarts sont terribles pour Vikash. Les valses discrètes se répètent à l'identique : couloirs, chambres, vue à travers la fenêtre, rencontres expéditives, insolites et compliquées avec Poulet. Les seuls dialogues de Vikash le sont toujours pas téléphone.

Qualifiée pour la demi, la France se prépare pour Munich et le Portugal. Vikash, pour la première fois, se confie seul à la caméra et entame un monologue, tout en s'adressant à Poulet, destinataire des images et des sons.

« On a battu le Brésil. Enfin... Ils ont battu le Brésil. (...) J'en ai marre de parler tout seul dans ma tête. (...) Je me demande ce que je suis venu faire ici à part un film. (...) Moi, je suis pas un supporter. Je suis joueur de foot, et je joue pas. Et en plus faut faire illusion et faut sourire. »

Sa peine, Vikash, il la garde pour sa chambre, tellement il ne sait pas quoi en faire. Il la garde pour Poulet. Il a mal que ses proches aient mal pour lui et sa Coupe du Monde sans terrain. Il la garde pour son espace de vie solitaire. Dans sa chambre, « pas de compte à rendre. »

dhorasoomaillot.jpg tout propre le n°8... 10 minutes contre la Suisse, 6 contre la Corée.
Sa Coupe du Monde, Vikash, il la passe entre chambres, pokers et massages. Sa Coupe du Monde, c'est fait, en vrai, c'est Substitute. Une Coupe du Monde dans laquelle il ne joue pas.

Remplaçant, Vikash parle de foot. De son monde de foot. Ce n'est pas un monde à devenir fou, parce qu'il en a « l'habitude », mais ça reste un monde étrange, presque irréel. Dans lequel il n'y a pas de vie domestique. Dans lequel un joueur peiné trouve réconfort aux solitudes d'une chambre et craint « de revenir sur Terre ».

A mesure que l'atterrissage se rapproche, et plus haut montent les Bleus, Vikash accepte sa douleur.

Vikash, qui dit tenir à être « debout sur ses deux jambes » et « à regarder les gens dans les yeux », se rapproprient la finale comme il peut.

La trahison du père, la frustration du remplaçant, autant de personnel emporté par l'évènement et sa portée réelle et symbolique.

Vikash, qui a caché sa caméra au groupe France, se lâche un peu. Filme en dehors de la chambre. Et même, s'offre un plan des vestiaires, cérémonie bouclée. Thuram regarde sans mot dire ni expression, fermé. Trézéguet arrange son col de chemise. Dhorasoo, sûrement triste, semble apaisé de quitter les coulisses d'un théâtre dans lequel il voulait jouer. Dans lequel, depuis le début, il apparaît isolé, coupé du collectif.

Récompense des efforts de joueur envolé et avec, sûrement, un rêve de gosse. Vikash avait projeté sa Coupe du Monde. Et puis après il l'a vécu. La vraie. Celle qui se vit mais ne se projette pas. Ou sur l'écran.

substitute_isol__.jpg une vérité qui a le mérite du courage

C'est ça, l'histoire de Substitute, la vérité que toutes les expériences sont bonnes dès lors qu'on les digère d'une manière ou d'une autre, la vérité qu'on peut pleurer sur soi au milieu d'un bonheur collectif, la vérité qu'il faut faire face... en faisant ce qu'on peut, comme on peut.

Et puis l'œil du cyclone s'écarte. Et l'homme peut, plus tranquille, de retour à la maison, dans un rayon de soleil doux comme un sourire d'enfant, ouvrir son courrier entassé sur la table. Des factures, des nouvelles. Et puis après ? Ça vaut quand même le coup, non ? Ça vaut quand même le coup, pour peu qu'on sache se faire face, semble dire le film.

Substitute, c'est l'histoire d'un mec qui n'a pas peur d'être lui-même et de se livrer tel quel. Ce courage, sur la pellicule, imprime. Un témoignage de ce genre est assez rare dans le foot, assez rare par sa vérité pas forcément reluisante, assez rare par sa forme esthétique, pour que les footeux ne fassent pas la fine bouche et découvrent ou re-découvrent cette pierre à l'édifice de « la bagatelle la plus sérieuse du monde ».


Sujet connexe :

http://www.subfoot.net/artman2/publish/Ordre_du_jour_35/R_volte_en_weston_606.shtml