Groupe F: l'insurrection des suffisants
ligue des champions
Par Consultant Yugo - Sinitch Emphatic (autres articles du même auteur)
Nov 5, 2009 - 4:00:00 AM

Vous ai-je déjà parlé de ma passion pour les films à revanche? En tant que gamin pré pubère et facilement impressionnable, un de mes films préférés était "Conan le Barbare". Cette magnifique fresque fantasque, produite par nulle autre que Dino di Laurentis, le padrino du Napoli, mettait en scène les périples d'un Schwarzie quasi muet, dans la fleur de l'âge, obsédé dans sa quête de justice, contre vents et marées. Il en avait surtout gros sur la patate contre l'annonceur de CNN, James Earl Jones, qui, après avoir pillé et tué à volonté pendant des années (y compris les parents et amis de Conan), se complaisait dans son rôle de guru autoproclamé serein et philosophe.


valeria0375_small.jpg La belle Valeria, guerrière insoumise
La revanche est belle et fascinante. Ainsi ce fut le cas ce soir dans le groupe F de la Ligue des Champions, tellement serré qu'il avait dès la fin de la troisième journée acquit toutes las caractéristiques mathématiques d'un groupe de phase finale d'un mundial. Trois matches pour en découdre, voilà le défi. Pourtant, dès la fin du tirage des groupes en Septembre, nombreux étaient les sages du football qui ne concevaient guère pour ce groupe autre chose que le respect d'une logique de hiérarchie toute faite, selon laquelle le Barça et l'Inter du Milan allaient se qualifier sans grands problèmes. En fin de soirée, après la rencontre nulle en Russie, Pep Guardiola s'est donc voulu relativement prudent en admettant que le groupe n'était pas facile.

 

Mais c'est facile de deviner les numéros du loto une fois qu'ils sont sortis[i]. Il fallait avoir la clairvoyance de s'en rendre compte au début. José Mourinho l'avait signalé d'ailleurs, en attirant l'attention du monde entier sur ce groupe composé de quatre champions (de leurs championnats respectifs) et compliqué à souhaits. En vue de l'actuel renversement de situation en ce qui concerne le classement de ce groupe après cette quatrième journée, cela devrait encourager les observateurs au respect et à l'humilité.


Hélas, le journalisme sportif n'est pas une discipline ou les valeurs de l'humilité et du respect (ni d'ailleurs de la clairvoyance) sont particulièrement valorisées de nos jours. Les consultants, commentateurs, présentateurs et autres espèces de plateaux télés et journaux bénéficient désormais de tellement de temps d'antenne et d'espaces médiatiques pour donner libre cours à leur ego qu'à force ils perdent tout sens des réalités. À force de se fourvoyer dans ce milieu où il fait bon de se lancer dans de grandes théories à partir de la dernière action de jeu observée, ils se perdent dans le labyrinthe de leur fierté et des impulsions et subjectivités personnelles. Chacun se construit son propre mausolée en forme de G14 ou Club des 11, construit sur la base de suppositions et facteurs inébranlables censées représenter alternativement le beau jeu (Arsenal, Barcelone), le succès intemporel (Real Madrid, l'A.C. Milan), la tradition (Liverpool, St. Etienne) et ainsi de suite. Dès lors, on a l'impression en tant qu'observateurs de ce processus que ces journalistes ne perçoivent plus véritablement les actions des acteurs sur le terrain qu'ils sont censés observer, et qu'on est en train d'écouter en boucle le même et unique disque de ce discours figé coulé dans la pierre. Malheur à ces équipes qui ne pourront pas accéder à ce Panthéon aristocratique car elles ne bénéficieront d'aucun soutien, voir même reconnaissance de la valeur sportive de leur travail.


Nombreux sont donc ceux qui ainsi s'enfoncent, préférant se maintenir sur leur lancée dogmatique plutôt que de reconnaître la réalité, voir au moins retourner leur veste (l'autre moitié de la profession concernée), par tous les moyens. Est-ce que cela constitue de la masturbation intellectuelle ou est-ce qui s'agit d'un plus simple besoin de confort de simplets incapables d'appréhender une réalité en mouvement?

 

Gazzaev.JPG Gazzaev, un lien de parenté avec Pierre Tornade?
La meilleure illustration de mes propos était fournie ce soir à travers les réactions à la rencontre Dynamo Kyiv contre l'Inter de Milan. Ce fut une rencontre magnifique qui aura témoigné de deux formations qui ont toutes les deux livré un magnifique combat effréné au bout de leurs capacités techniques et physiques et qui se sont enfin départagées en fin de rencontre. La première mi-temps était partagée (l'Inter enregistrant même plus de possession de balle, 54% contre 46%) mais sur l'ensemble finalement plutôt en faveur du Dynamo Kyiv. L'équipe ukrainienne se montrait confiante et insoumise, inspiré par les qualités de dirigeant d'un Andriy Shevchenko renaissant et certainement motivé par cette opportunité de briller en Europe face à son ancien ennemi historique nerazzure. C'est d'ailleurs lui qui ouvrait la marque sur une belle frappe superbement dosée qui, après avoir caressée le dessous de la latte, punissait un Julio César légèrement trop avancé devant sa ligne. Cette réussite symbolique, quasi prédestinée, n'obscurcissait pourtant pas le travail collectif des hommes de Valeri Gazzaev, et notamment celui des défenseurs Roman Eremenko, ailier gauche Andriy Yarmolenko et milieu Taras Mikhalik.


Wesley_1.png Wesley Sneijder, encore décisif
De retour de vestiaire par contre, l'Inter prenait décisivement l'initiative et orchestra dès lors 45 minutes d'une pression monumentale qui se révéla payante. Les remplacements tactiques de José Mournho, d'abord Thiago Motta et Mario Balotelli (dès la reprise) et ensuite Sulley Muntari (à la 79ème minute) témoignaient de la volonté de l'Inter de tenter le tout pour le tout. En effet, le pari de José exposait le secteur défensif, désormais réduit à trois joueurs (Lucio, Maicon et Zanetti). Les opportunités s'enchaînaient l'une après l'autre (tirs, coup de têtes au raz du poteau et autres) mais n'aboutissaient pas dans le filet, protégées par le gardien ukrainien Bogush en forme solide. Enfin, à la 86ème, Milito égalisait en bonifiant d'une grande sérénité une magnifique passe de Wesley Sneijder à travers l'axe central de la défense de Kyiv. 3 minutes plus tard, après un beau mouvement collectif conclu par une forte frappe de Sulley Muntari, le gardien Bogush commettait sa première véritable erreur de la soirée, permettant ainsi à Milito et Sneijder de convertir l'occasion en réussite par leurs efforts physiques combinés.

 

Les statistiques clés[ii] sont d'ailleurs très parlantes pour illustrer le mérite global de l'équipe des bleus et noirs, sans parler de son caractère de combattante acharné. En voici un aperçu comparatif:


1. 20 tirs dont 9 cadrés pour l'Inter, contre 9 mais seulement 1 cadré pour Dynamo

2. Possession de balle de 60% pour l'Inter, 40% pour Dynamo (pourtant à la maison)

3. 405 passes complétées (sur 542), soit 75% de réussite pour l'Inter, contre 217 (sur 368), soit 59% de réussite pour le Dynamo

4. 63 passes livrées et raids solitaires tentés dans la troisième partie du terrain (attaque) pour l'Inter contre 38 pour le Dynamo

5. 19 passes livrées et raids solitaires tentés dans la surface de réparation pour l'Inter contre 6 pour le Dynamo

6. 7 coups de pieds du coin pour l'Inter contre 3 pour le Dynamo

7. 2 buts dans le jeu pour l'Inter contre 1 but dans le jeu pour Dynamo


Que nenni! Tous les bons journalistes savent que les statistiques ne valent rien à côté de la subjectivité pure. Ainsi les nombreux détracteurs de l'Inter et de José Mourinho ne manquaient pas de manifester leur mauvaise foi au sifflet final. Pour certains, il était surtout question d'un Inter "suffisant" et peu inspiré dans le jeu, "pas assez collectif". Pour d'autres, il était même question de "presque un hold-up" en dépit de l'évident sens unique du jeu en deuxième mi-temps. Même l'UEFA semble égarée en élisant Andriy Shevchenko en homme du match, en dépit de l'assist et du but de Wesley Sneijder. 


En analysant ses commentaires (et en attendant un commentaire que le football des équipes de José est prévisible), il me vient à l'esprit la phrase dite par Laurent Blanc le week-end dernier (du 31 Octobre au 1er Novembre) en réponse au harcèlement des journalistes. En gros, cella donnait: "si vous n'êtes pas capable de constater cela (les faits de jeu démontrant les qualités du jeu Bordelais) c'est que nous n'avons pas vu la même rencontre". En effet, je soupçonne certains de ces messieurs de regarder la plupart des rencontres à travers un filtre noir et blanc (suivez mon regard), ce qui ne doit pas aider pour ce qui est de la clarté.


Fort heureusement, le football est beau et tout cela n'est pas si grave que ça et n'empêchera certainement pas José Mourinho et son équipe de dormir d'un sommeil profond et heureux, récompensés de leur labeur par une position désormais meneur de ce groupe F toujours aussi ouvert. Les chiens aboient, et la caravane passe. En attendant, ça ne s'arrange pas pour mon abonnement télé.

JoseCelebrates.png La joie de José

 

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Réactions anticipées à cet article:

Le sociologue: Allo Mourad? La stratégie a marché, deux articles du yugo en une semaine, ce n'était plus arrivé depuis 2007. Continuez comme ça, j'envoie le virement ce soir.

La femme du yugo: Chéri, s'il te plaît, on ne va pas prendre Sky Italia, je ne parle pas un mot d'italien.

Patrick Vieira: Hé les gars, je n'ai pas eu de carton ce soir, alors un peu de gratitude, quoi!

Andriy Shevchenko: Io giocato molto bene

Jack Brêle: Ouaaaiis, ils sont tellement réalistes ses Italiens, c'est typique, toujours à jouer défensif à 11 derrière, de diieeuu

Franz Beckenbauer: Je tiens à rappeler que c'est le Bayern qui détient le copyright du stéréotype de marquer et de gagner des rencontres à la dernière minute.