Real-Lyon, un partout et qualification lyonnaise.
On aura vu Puel sur le point de verser une larme, c’est un exploit. Visiblement ému, le coach lyonnais a de quoi : ses gones ont viré de la LdC l’ogre madrilène et ses orgueilleuses attitudes. La qualification d’une belle sérénité, ainsi que Lyon l’a affiché : calme du début jusqu’à la fin, appliqué y compris sous les feux, les gones ne se sont jamais pris pour le bœuf, même quand ils ont dominé au retour de la mi-temps, ils n’ont jamais joué la pleureuse en délicatesse même quand fonçaient sur eux et en tout sens les forces créatrices du Real galactique !
Le match d’hier au soir a oscillé entre le bouillant et le contenu. Le bouillant d’un Real, qui est parti au charbon, ardent. Le contenu d’un Lyon qui a fait montre d’une grande maîtrise de soi dans l’utilisation de son potentiel.
Le match d’hier au soir aura renforcé
dans l’inconscient collectif du spectateur français trois grands points que
Subfoot, en psy-footeux aux visions nocturnes, est ici en mesure de présenter…
D’une victoire qui détrompe les journalistes à l’aube d’une popularité, la
victoire lyonnaise a encore magnifiquement démontré que les orgueilleux ne sont
pas ceux qu’ont croit !
Des journalistes de foot avec le micro dans le pâté !
Ah ! Le spectacle hier soir était bien autant sur le terrain, pour le plaisir du foot, qu’à la télé, pour l’intelligence d’une relation houleuse entre commentateurs de foot et ballon rond ! C’était sur TF1, en matière de TOUS LES PONCIFS DU COMMENTAIRE DE FOOT, un modèle du genre !
Avant toute chose il faut, en toute clarté, préciser que les propos ici tenus ne comprennent pas l’exercice de Lizarazu qui, entre Jeanpierre et Larqué, a du passé une des pires soirées de sa jeune carrière prometteuse.
Voici sous la forme d’un triptyque, le précis de l’affaire… qui est la suivante : un commentaire en direct proche de la farce permanente, véhicule d’idées reçues au tirage des cordes les plus grosses et primaires…
1.
Où
l’on thématise l’approche du match à traits tranchés
A la première minute du match, Jeanpierre et Larqué couchent leur langue dans le même vin juteux et le match se détermine sous l’angle d’un questionnement tout trouvé… « Pourquoi Lyon va perdre ? » nous explique t on par le menu… Le décor est planté. L’autopsie commence, la lie prête à tirer. Jeanpierre est le grand ordonnateur de l’histoire, sa langue ici pendue.
A deux minutes du terme du temps réglementaire, le disque a changé et l’attaque suit un nouvel angle. Jeanpierre en crie presque, et lance la conclusion synthétique du duo pathétique sur le thème des « raisons clefs de la victoire lyonnaise ». L’éloge anime la tombée du rideau, le champagne fait des bulles de savon propre. Les aiguilles d’une montre tournent dans le sens du vent.
2.
Où
l’on démesure l’opposition en cours
Le principe est simple et prévaut à la cohérence du thème, en le nourrissant et l’amplifiant. C’est le thème qui fixe la ligne de conduite, ici il s’agit d’impulser sa chair à la parole et, pour ce faire, un mot d’ordre : rendre l’opposition mythique et s’infiltrer dans la brèche avec une verve de sourd ! Jeanpierre a posé le cadre général, Larqué lui confère sa dimension et s’y colle à la grâce d’un vocabulaire et d’une syntaxe forgés des années durant au micro des radios et des télés : les formules sont précises et, surtout, archi connues, pour faire mouche !
Dans le clivage acharné qu’il convient de dépeindre, Larqué a sa botte secrète : halte à la demi-mesure ! L’homme n’est pas celui de la demi-molle, il est érectile comme une langue de hardeuse devant l’éverestique verge de Rocco. Ça frise le comptoir !
Que le Real touche le ballon et partent à tout va des élans aux adjectifs enthousiastes et aux verbes actifs ! Larqué mouille son micro, jouisseur partageur, dans une partouze de culte digne de la meilleure pop-louange du Vatican !
Que l’OL touche le ballon et partent en fusée des logorrhées d’adverbes, de locutions et de sons dépourvus de sens, des avertissements et des leçons ! C’est le père cinglant ! Le père fouettard ! Le père ta mère ! « Aie aie aie ! » « Non non non pas ça wow non wow ! » « Et voilà ! Et voilà ! »
Peu importe que Govou vienne de dribbler deux adversaires, de déborder sur son aile, de prendre l’avantage, d’imposer sa présence physique, de marquer son défenseur… peu importe : il a raté son centre.
Peu importe que Ronaldo vienne de centrer sur Lloris seul et « nervous-tranquille » dans sa surface… peu importe : il a fait un contrôle hors du commun, il expose aux yeux du monde une qualité technique qui en fait une exception planétaire, il déborde avec la grâce d’un galactique qui fait don de ses talents aux yeux humains du monde, il temporise avec la science tactique d’un maître es stratégie dont les qualités corporelles sont au service d’une intelligence prodigieuse et d’une vision sensas’ !
Peu importe que le Real opère sur un schéma offensif ultra répétitif, Kaka et Ronaldo repiquant de l’aile vers le centre du terrain, attirant vers eux la défense et ouvrant à l’extérieur opposé pour le débordement d’un latéral (souvent Ramos) rendu plus libre pour quelques mètres par le décalage mécanique de la ligne défensive, uniquement déplacée latéralement...
3.
Où
l’on écrit l’histoire au gré des émotions
La critique est déjà acerbe et nourrie… n’en jetez plus, pensez vous ! Pourtant… il faudra quand même préciser que le duo de TF1 aura passé la partie à faire avaler au public que l’exploit lyonnais était une grande première pour un club qui n’avait jamais fais rêver, ni connu la gloire des exploits européens… d’un club qui ne connaissait plus le succès depuis des lustres voire des années lumières !
A force de s’emballer dans son idéologie d’un Lyon comateux, privé d’histoire continentale et dépourvu de la moindre performance antérieure de poids, Jeanpierre a fini par crier que cela faisait 20 ans que Lyon attendait ça en Coupe d’Europe… 20 ans, soit l’année 1990, la grande période olympienne… de Marseille, quand l’OL visait le maintien en… division 1… !
A servir l’orgueil madrilène et la « nainitude » lyonnaise, le duo aura réussi à ce qu’on suppose de sa part un profond manque d’attachement envers l’OL… Lorsqu’ils évoquent enfin que leur match est une chance de devenir populaire, c’est à croire qu’ils parlent pour eux… « Gagner ce match, les p’tits gars, ou on continuera à vous tailler dès que vous n’enchainerez pas les titres de champion de France et de quart de finaliste de la LdC. »
Rugissant sous les yeux doux de France
On parierait en effet que pendant ce temps le club a en effet gagné des faveurs populaires mais, entendons nous bien… De l’évident impact de leur victoire, il convient néanmoins de situer un autre élément déterminant dans la naissance d’un amour du public à l’encontre des joueurs.
Bien sûr, la force de l’habitude joue sur l’affect et le « ronron » crée de l’attachement. Mais le sentiment qui lie la destinée d’une équipe sportive à un public est plus fin que les résultats de l’équipe, plus complexe que sa durée… C’est un écho tonnant aux grandes voix de la littérature et ses héros aux tirades éloquentes. Cyrano meurt en citant son panache, et nos yeux embués ont le cœur palpitant.
L’OL a des années durant fait figure de « machine », enchainant les performances remarquables. Mais Lyon était moins un club en soi que l’adversaire des Verts… la banlieue de Saint-Etienne, cette affaire est connue. Aujourd’hui entendue, cette affaire appartient au passé. Et l’OL se libère d’une emprise historique qui la voudrait d’un règne certes mais froid et mécanique.
Malmenée ces derniers mois, souvent citée à comparaitre par des journalistes avides de crises et de rebondissements, l’équipe de Lyon a su garder mise sa tenue, intactes ses ambitions. Et revenant d’un oubli tout à coup passager, l’OL endosse une victoire dans l’adversité. Le cocktail est efficace : vaincre sous les feux sceptiques des médias, voilà qui vous tresse un panache autour du cœur. Et les lyonnais ont désormais de quoi rugir sous les yeux doux de la France.
L’émotion de Puel, hier au soir, ne tenait pas que d’une qualification. Elle tenait aussi de sa nature charnelle. Et les spectateurs pourraient finir par aimer un club que les journalistes suivent du bout des doigts, sans grande sincérité.
L’orgueil mal placé
Face à Lyon, le Real a brillé d’un orgueil mal placé. La confiance « aveugle » d’une équipe avant un match n’est pas chose nouvelle. On se souvient que d’aucuns avaient commandé du champagne, avant d’accuser un joueur d’assassin. On se souvient que d’aucuns annonçaient la retraite anticipée de Zidane, avant que ce dernier n’envoie le torero ibère compter ses pleurs dans les vestiaires.
La prétention madrilène aura finalement « nourri » la motivation lyonnaise. Et fait apparaître combien elle était mal placée dans les rangs de la Maison blanche. Souvent accusé d’arrogance (jusque dans la rédaction de Subfoot, et souvent par moi-même), Cristiano était fantastique hier soir, dans le jeu et l’attitude. Lizarazu voyait juste en décrivant l’évolution du jeu du portugais, de plus en plus complet et… imprévisible, de plus en plus inscrit dans le collectif de son équipe, sans perdre de sa fringance individuelle ! Cristiano le beau fait moins le paon qu’il n’avance tout court, en champion.
Autour de lui, un nombre important de ses coéquipiers a montré des limites morales… Agacé par la résistance lyonnaise, on a vu Granero faire du bruit vers l’arbitre moins pour l’influencer qu’en train de perdre son contrôle… On aura vu aussi Raul faire un caprice de junior et passer ses nerfs de remplaçant frustré sur le dos de Cris, avant de l’accuser bêtement d’essayer de gagner du temps…
Tout ça ne tient qu’à un poteau…
Le commentaire est fleuve ici, et sa relecture dans quelques temps fera sans doute sourire… C’est sûr… Le foot ne tient pas à grand-chose et, de ces lignes, combien aurait été écrite si, plutôt que de faire un poteau, Higuain avait trouvé le but. C’était encore le premier quart d’heure de la première mi-temps.
A deux zéros pour Madrid, en une entrée éclair dans le match, les lyonnais auraient surement bu la tasse. C’est cela que les commentateurs de foot de TF1 oublient : la mesure du sport. C’est cela qui a pu plaire hier, Lyon a saisi sa chance, qui était mince, et l’a fait crânement.