| La défense offensive
ligue des champions Par Omar - La Rédacteur en chef de subfoot.com n'est pas mort (autres articles du même auteur) Nov 24, 2009 - 4:54:32 PM |
envoyer par email version imprimante |
"per giocare con questa geometria difensiva, bisogna di tempo” interrogé par le maître Sacchi sur le câble Mediaset en Italie, José Mourinho fut réaliste et pragmatique. D’après lui son équipe a été surclassée « con palla e senza palla» et oui, avec et sans la balle. En deux phrases, le tacticien portugais a résumé la rencontre.
En effet, beaucoup s’attarderont sur la « magie » barcelonaise, sur le football léché, les passes redoublées, « le football total », sur le jeu balle au pied de cette équipe merveilleuse. Mais ce qui fut pour moi le plus impressionnant dans le jeu barcelonais ce soir, c’est l’animation défensive et le mouvement sans le ballon. L’Inter ne pouvait rien faire, le Manchester United n’aurait rien pu faire, Chelsea n’aurait rien pu faire, même Sylvester Stallone dans Rocky 2 n’aurait rien pu faire.
Oui, on connaît maintenant la maîtrise et la possession de balle catalane, cette facilité de jouer à une touche de balle, à se mouvoir et se trouver aveuglément, cette infrastructure rodée. Quoi de neuf ? Rien, mis à part l’absence de Messi et Ibrahimovic, qui d’après moi, dans ce domaine là n’a fait qu’ajouter à l’équilibre collectif et offensif de l’équipe de Guardiola. En effet, grâce à ces absences, les catalans ont enfin pu évoluer avec Iniesta et Xavi dans l’axe, ensemble, comme ce n’était jamais arrivé cette saison. Conséquence, le désarçonnement complet du « rombo » mourinhien, un Cambiasso perdu comme jamais, un Motta déboussolé. Et ces deux souris qui se faufilent dans les intervalles…
Mourinho ajoute, « avec un pressing pareil, on n’a pas su aligner deux passes, même avec les mains, les touches leur revenait dans les pieds ». Revenons donc à cette animation défensive, déjà observée en finale de Champions League contre Manchester United l’année passée. Des petits nabots qui ne paient pas de mine mais semblent être une vingtaine, tellement ce pressing est intense, véloce, étouffant.
Et enfin, on vit un Henry décisif, pas offensivement, mais à nouveau, comme le reste de son équipe, également défensivement, avec une défonce qui lui permet d’utiliser sa vitesse de course, afin de gêner considérablement les enjambées de Lucio, de Samuel, de Chivu, de Maicon. Vous avez déjà vu Henry bosser autant avec Wenger ou Domenech ? Non. Esssuie-glace, premier écran, c’est grâce à lui que le danger barcelonais prenait naissance. Animation défensive intense, récupération rapide, et ensuite enclencher la machine, la géométrie huilée citée ci-dessus.
Que dire de Keita ? ce fantôme récupéré de Lens par Seville puis par le Barça, qui n’a perdu aucun ballon qui a bougé de gauche à droite, de droite à gauche, offrant la solution de plus, lorsque les intéristes avaient compris qu’il fallait verrouiller Iniesta et Xavi, Keita apparaissait. Keita est le secret le mieux gardé de Guardiola. Un joueur qui n’a pas le statut glamour des autres stars de cette équipe mais qui a marqué presque autant qu’Ibrahimovic (6 pour Seydou 7 pour Ibra). Le malien a définitivement pris une dimension énorme dans cette équipe.
Bref, le but de cet article n’est pas de lécher les belles couilles de Guardiola, dans le sens du poil (en glorifiant le "toqué") mais à contre-sens du poil (le jeu sans le ballon).
Car oui, c’est aussi la beauté du foot, il ne suffit pas de bien jouer au ballon, il faut aussi bien jouer sans.
Mais comme le dit Mourinho, cette maîtrise complète prend du temps, de la maturité, c’est un projet à long terme. Un projet que son équipe vient seulement d’entreprendre et José le sait, le chemin est encore long.
Sur Canal Plus, Abidal confiait "on a beaucoup, beaucoup étudié cette équipe de l'Inter". Pepe aurait-il pris José à son jeu, celui de l'analyse poussée de l'adversaire pour mieux le battre?
Alors les journalistes se masturberont allègrement sur la beauté d’une mi-temps, sur la laideur des 90 minutes de l’Inter Milan. Ils tireront leur conclusion, que le football espagnol survole le football italien. « Si Messi et Ibra avaient été là, qu’est-ce qu’ils auraient pris » ou encore « Rubin Kazan a réussi ce que l’Inter a raté donc le football russe est meilleur que le foot italien » Mais est-ce que le football est une équation mathématique, est-ce qu’il se juge sur le court terme ? Non, chaque match a des données différentes, des motivations particulières. En attendant, même si durant la première mi-temps j’ai vu la meilleure équipe de foot de ces 15 dernières années, ce groupe F n’est pas encore décidé et le Barça peut encore se faire éliminer…
