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ligue des champions
Par Thierry Pellet, author - La Rédaction (autres articles du même auteur)
Nov 26, 2009 - 10:44:08 AM

Mardi et mercredi sont des soirées bénies. On peut rentrer chez soi et s'affaler dans le sofa pour admirer la technique collective du Barça, les efforts de survie du Bayern, la renaissance de Ronaldhino (ex du Prince) et... rêver un bon coup. Dans la réalité, nous avons en effet entraperçu le début du match entre Marseille et Milan, mais surtout endormi l'enfant, assuré madame du profond intérêt qu'on porte à la relation en détail de ses cours de gymnastique rythmique et confirmé par téléphone qu'on sera bien là ce week end pour l'enthousiasmant repas familial avec tous les coureurs de jupons (mioches de moins de 1m de haut) et autres teneurs de bavette (aïeul de près de 400 saisons). Bref, après un mardi et un mercredi tant attendus, manqués et, finalement, pas si frustrants, rien n'est plus fameux que de se glisser dans les délices d'une sympathique réflexion. Ça ne mange pas de pain de mâcher de la mie.

Introduction en version main baladeuse

Une journée de Ligue des Champions plus tard, l'analyse commande dans sa pratique d'exercer le droit d'inventaire synthétique des enseignements rétrospectifs. Une journée de deux jours, c'est une belle chose de la réalité comme il en existe contre toute logique décrétée par l'homme,  lui qui est rassuré par l'encadrement de règles !

Une journée plus tard donc, et des enseignements comme une sorte de jeu qui demande beaucoup moins de doigté que d'adresse à la serpe... Les enseignements ont vocation à se chasser les uns les autres : ceux qui tombent là sont à la mode pour les heures qui arrivent. Avant que de nouveaux enseignements n'arrivent, plus frais, plus beaux, plus neufs !

C'est un véritable principe de fonctionnement du journalisme sportif tel que pratiqué par les professionnels de l'intervention quotidienne à but analytique aussi bien que descriptif : il faut remplacer les enseignements d'hier par ceux d'aujourd'hui, quitte à tutoyer les syndromes d'une schizophrénie avancée ! Les historiens se désolidarisent évidemment !

Nous ne sommes pas historiens certes, mais nous ne sommes pas non plus les vautours éperdus des enseignements quotidiens (j'utilise « nous » pour retirer de ce texte le caractère prétentieux d'une de mes précédentes interventions, et puis nous ça fait davantage « équipe de rédaction » et, dans ces temps hivernaux, la nécessité d'être plusieurs pour se tenir chaud est plus que jamais valable !). Pour faire original, nous aurions même pu nous amuser en conférence de rédaction en prétextant que « Trop d'enseignements tue l'apprentissage ! » pour parodier Laffer dont la courbe plus que quarantenaire continue d'agiter les esprits modernes, n'en déplaisent aux esprits étroits qui n'ont jamais tolérés qu'un hasard linguistique entre un auteur (Laffer) et son œuvre (la courbe) puisse dérider quelque peu, alors même que le -presque- jeu de mot absorbait l'étroitesse à son rire !

Allons-y donc en confirmations plus qu'en enseignement et, quitte à prendre la mode à rebours, gageons qu'il ne tardera pas aux plus stylés commentateurs de tout bord de suivre cette nouvelle tendance, arriérée ou totalement avant-gardiste selon que l'on considère le verre à moitié plein ou à moitié vide. Pour les jeunes générations, précisons tout de même que le terme « avant-gardiste » signifie « in » et, précisons encore : non ! je ne vous dédaigne pas, moins de 26 ans ! Simplement je prends mon pied à vieillir, et ça vaut bien la peine de réaffirmer la première personne du singulier... Les vieux ont la fâcheuse tendance de prendre les jeunes pour des tartes.

Cependant que je balance le « nous » au rencart, ma page se remplit et j'en viens aux confirmations.

Bordeaux n'en finit pas de nous surprendre !

Ça n'est pas que le titre du paragraphe développé ci-tout de suite (nouvelle locution dont je ne suis pas peu fier). Bordeaux n'en finit pas de nous surprendre, c'est un constat, tiré d'observations diverses dont je prendrai, pour exemple, deux sources principales aux fins d'étayer mon propos :

  1. Citant L'Equipe, quotidien sportif dont on dira qu'il est « de référence » (de quelle que qualité qu'on le trouve) : page 3 de l'édition du jeudi 26 novembre 2009 : « On aura donc eu tort de douter de la capacité de Bordeaux à retrouver le niveau de jeu qui était le sien pendant son été lumineux. (…) C'était une autre équipe... »

  2. M'auto-explorant, je confirme qu'à titre personnel, je n'en finis pas d'être surpris par cette équipe.

A ce constat nous voulons (tiens, je retrouve le « nous » du début, étonnant) formuler deux analyses. La première est tout à fait lumineuse, la seconde ne l'étant pas moins.

De un (c'est délicieux, non ?, de dire « de un » au milieu d'un texte qui fait déjà 881 mots), on pourra supposer (vous remarquerez que je glisse du « nous » vers le « on », peut-être une manière de retourner en douce vers le « je », même si je me surveille...) que cette surprise qui n'en finit pas a entre autre racine le caractère collectif marqué des performances des bordelais.

Au contraire des autres grandes équipes du plateau de la LdC, Bordeaux ne se caractérise pas par l'agrégation d'individualités flamboyantes. Si le Barça brille de mille feux et provoque l'admiration de tout ceux qui adorent le jargon lexical du « toque » et autre « maîtrise collective du ballon », le club catalan n'en est pas moins le club des lutins géniaux, Xavi et Iniesta, de Henry, Messi et Ibrahimovic bref, d'immenses joueurs que la terre entière leur envie !

Ainsi : on parle des Galactiques du Real !

Ainsi, on est estomaqué par la feuille de match milanaise, quelle soit intériste ou milanaise (franchement, Devos devrait écrire sur le foot, mais peut-être est ce déjà fait ?) !

A comparé Bordeaux de son côté ne fait rêver personne avec ses onze joueurs et, le plus fameux d'entre eux, Gourcuff, s'il promet toujours, n'a pas encore définitivement conquis ses titres de noblesse...

Pour affirmer cette idée, nous prendrons une comparaison plus proche de Bordeaux que celle du Real ou du Barça : le Lyon de Essien et Diarra, pour constater de la même manière que les individualités d'alors étaient beaucoup plus enthousiasmantes à Lyon qu'elles ne le sont aujourd'hui à Bordeaux : voit-on Alou Diarra à Madrid ? Plasil à Chelsea ? Chalmé à la Juve ? Et pourtant...

La valeur collective de Bordeaux est une valeur collective en tant que telle, ce qui la différencie de la valeur collective d'équipes composées de joueurs partout reconnus comme les meilleurs joueurs du monde. A ce titre, les performances répétées de Bordeaux situent, dans la surprise qu'elles provoquent, le niveau prêté individuellement aux joueurs qui composent l'équipe, cependant que les résultats des girondins plaident pour leur valeur réelle, celle de leurs résultats.

La seconde idée brillante prendra moins de mots à son développement comme à son énoncé. Bordeaux n'en finit pas de nous surprendre et la raison en est simple : Bordeaux n'en finit pas de produire des résultats de grande qualité acquis avec un jeu fort de réussite.

Les succès à domicile enchainent avec les performances à l'extérieur, et la domination sur le Bayern avec celle sur la Juve, une saison après les belles promesses de l'an passé... Les qualités collectives du jeu bordelais nous surprennent ainsi qu'il est surprenant de verser dans le plaisir et, encore, ainsi qu'il est surprenant que le plaisir dure... ! Un match des girondins est un moment agréable. En réitérant la surprise et le plaisir, les Girondins marquent toujours un peu plus le terrain mémoriel des heureux souvenirs.

Force est de constater qu'il a fallut verser beaucoup d'encre pour en arriver à pareille conclusion et que les nombreux appâtés qui auront fait preuve d'un courage jusqu'au boutiste en parvenant jusqu'ici sont sans doute déçus !

On les consolera cependant en les invitant instamment à parcourir l'article du Prince sur la défense offensive (http://www.subfoot.com/artman2/publish/ligue_des_champions_3/La_d_fense_offensive.shtml) qui, pas manqué, s'est révélé en cette semaine d'enseignements tirés à tire larigot la seule analyse à ne pas tomber dans le discours bateau de la qualité du jeu de ballon des barcelonais.

Ceux qui déçus ici auront déjà lu l'article évoqué du Prince n'auront qu'à se désespérer et, tout bonnement, se consoler avec la belle image que voici. Une courbe de Laffer, c'est excitant !

laffer.jpg alors, excités ?