| Ça brille, Lamouchi
médias Par Consultant Yugo - Sinitch Spasmodic (autres articles du même auteur) Dec 4, 2009 - 3:43:17 PM |
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Quelques saisons
en arrière, je vous avais déjà vanté les mérites de l'Europa Ligue
(anciennement Coupe UEFA), la petite soeur de la Ligue des Champions comme l'a
si tendrement surnommé le sociologue à la même époque. Pour rester cohérent
avec cette ligne directrice, il fallait donc bien s'imprégner de la nouvelle
version de la petite gonzesse, qui a encore subi un re-lookage
("re-branding" en anglais, précise Nelson Monfort) des mains des
sorciers de marketing de Nyon afin de pouvoir enfin prétendre s'attirer vers
elle quelques-uns des regards machistes scotchés sur la grosse poitrine de sa
sœur aînée. Rendez-vous donc avec son macro français incarné en la personne de
Romain del Bello sur Canal+, qui tente la parade périlleuse d'injecter autant
de salive enthousiasmante dans son pitch en faveur de l'objet de désir que
Stéphane Guy dans ses pubs d'émissions gavés de buts anecdotiques de Liverpool.
La divine Nadine
Après plusieurs
journées de visionnage et d'analyse de cette nouvelle formule depuis le début
de la phase des groupes A à M, se déroulant parallèlement à la première phase
de la Ligue des Champions, l'avis de vos experts préférés est que ça mérite le
détour. Autant la Ligue des Champions souffre d'une dimension de plus en plus
ennuyeuse depuis quelques années étant donné la prévisibilité de la hiérarchie
si peu muable de ses principaux protagonistes, autant l'Europa Ligue est
surprenante, cocasse et distrayante. Rien que le simple survol des lieux des
rencontres de n'importe quelle soirée vous projette dans la même sorte de
rêverie voyageuse mais légèrement mystifiée que provoque la lecture des
magazines d'Easy Jet qu'on est bien obligé de feuilleter en attendant l'envol
de l'engin, ayant été privé de nos outils de divertissements par la gestapo
orange. Timişoara, Bruxelles, Valence, Prague, Glasgow, Hambourg, Salzburg, et
j'en passe – tout le charme discret de l'Europe profonde s'y trouve, et je ne
suis même pas à la moitié de la liste.
Composée
principalement de baroudeurs de milieux des tableaux des grands championnats
européens et des premiers de classe des moindres, avec une pincée de quelques
anciens grands rétrogradés en cours de répétition (précédemment le Bayern, le
Milan A.C., cette année les rouges de Liverpool), l'Europa Ligue est surtout
aussi un théâtre de combat très ouvert. Rien que la densité des rencontres (12
par soir, fois 2) rempli le cœur du fan du football du même type d'ivresse que
la première phase de la grande messe du mondial, provoquée par l'anticipation
de la découverte des équipes méconnues et de l'intensité de la pression sur les
épaules des favoris. Le manque de consistance athlétique et de rigueur
technique – qui affectent la majorité des participants à l'Europa Ligue – fait
qu'en plus, on peut y voir beaucoup de beaux buts ainsi que des ratés des plus
spectaculaires qui existent.
Dans la rencontre
retransmise en ce jeudi soir du 3 décembre, on a ainsi pu constater que la FC
Basel nouvelle version post-Grossienne est une équipe assez technique,
disciplinée, qui joue au ballon et qui sait patienter, se tenant à un plan de
jeu ancré dans la construction tournée vers l'avant. Malgré leur ouverture de
la marque et en dépit d'une domination dans le jeu et le monopole du ballon
pendant de longues périodes, les Bâlois ont cependant cédé au réalisme
romaniste, dû en grosse partie à un manque de réalisme criant dans le dernier
geste. À l'image du reste de la compétition, les ratés des Bâlois sont
d'ailleurs de véritables joyaux de cocktails d'incompétence et de poisse dans
la finition, qui pourraient fièrement orner n'importe quelle compilation de
bêtisier du football digne de ce nom. Et c'est justement dans cette
juxtaposition des ratés monumentaux et de bourdes de gardiens, contrastant avec
des buts d'autant plus beaux de leur éclat de supériorité technique et de
vista, que se situe le charme de l'Europa Ligue. L'exemple parfait de la beauté
est donné par le deuxième but de la Roma qui est un chef d'œuvre de finesse
technique, une reprise de volée basse de Vucinic qui bonifie une magnifique
passe à effet rétro de l'extérieur de De Rossi.
Grandissimo Vucinic
Mais le vrai clou
de la soirée, c'est Sabri Lamouchi. L'ancien auxerrois, monégasque, parmigian
et nerazzure (entre autres) est la révélation télévisuelle de cette nouvelle
saison, et représente pour les personnes avides d'un journalisme
footballistique compétent et mesuré une rare source de rafraîchissement. Tel un
sphinx taillé en la forme physique d'un Louis de Funès d'inspiration nord-africaine
(1), notre vétéran distille sa fine science footballistique avec des
commentaires toujours justes et pertinents, bondés de sérénité Mitterrandienne.
Les bras croisés ou posés sur ses genoux, l'impassible Sabri, en bon briscard
de milieu de terrain qu'il est, a ce magnifique don de garder en toute instance
une totale maîtrise de soi, dosant à merveille son effort (ses contributions)
et restant en permanence totalement impassible quant aux perturbatrices
tentatives d'agitation du présentateur. Au lieu de se lancer dans des grandes
théories où des assassinats de footeux sur la base d'un simple mauvais contrôle
comme certaines des grandes brutes qui passent pour des confrères sur la
chaîne, Sabri situe ses commentaires dans un esprit toujours à priori positif,
démontrant avec perspicacité les différentes facettes d'une action, stratégie,
ou enjeu sportif.
Répète voir ce que tu viens de dire à propos de la qualité de jeu du Pana?
Et puis surtout, sur la base de l'émission de jeudi, on
constate qu'il ne se laisse à aucun moment attirer dans le jeu de Romain del
Bello, le nouveau Alexandre Ruiz, préférant garder son indépendance
intellectuelle et regard critique sur les événements, comme un expérimenté
défenseur central qui sait qu'il ne faut jamais se lancer dans les pieds de
l'attaquant tant que celui-ci ne se trouve directement devant les buts vides.
Ce qu'il ne l'empêche pas de placer quelques petites pépites de sarcasme et
humour qui ne passent pas inaperçus au téléspectateur averti.
dédicacé au r.e.c.
Exemple 1: cas
typique de surenchère inutile sur un truc relativement anodin et peu probable:
RdB: Wow, ouais,
cette équipe de Dinamo Bucarest (ndlr-3ème du groupe F avec 6 points en 5
rencontres) est vraiment intéressante, le Panathinaikos devrait s'en méfier,
ils peuvent vraiment créer la surprise…
SL: Ah bon, donc
vous voyez cette équipe aller loin dans la compétition?
RdB: Euuh, oui,
enfin non, he he, ce n'est pas exactement ce que j'ai voulu dire, euuuhh
Exemple 2:
sensuel moment de franchouillardise franche:
RdB: Djibril
Cissé est encore très fort, ne pensez-vous pas, Sabri, hein qu'il est fort le
Français, regardons encore ses deux actions (ratés)…
SB: Oui
effectivement il est encore présent, il fait un bon appel de balle en
profondeur là, et l'on voit qu'il joue bien sur ses qualités physiques et d'accélération, et ensuite il tire depuis ou il peut
(Traduction
entre les lignes: il n'a rien dans la tête et surtout il n'a aucune vision du
jeu, regarder l'impossible angle fermé dans lequel il s'est enfermé et depuis
lequel il prétend pouvoir atteindre le but, mais bon je vais essayer de
l'encenser un peu, puisque vous me le demander si gentiment et que c'est un
Français)
Ce qu'il ne
l'empêche pas de résister à la tentative de ridiculisation gratuite du joueur
tentée tout de suite après cet échange par le présentateur.
RdB: Mais alors,
pensez vous qu'il a ses chances pour la sélection nationale, à condition bien
sur de faire un bon parcours dans son championnat? Il faudrait au moins que le Panathinaikos fasse un bon
parcours en Europa Ligue, car le championnat grecq n'a pas la même visibilité
que les autres championnats?
SL: Oui, pourquoi
pas, il a encore ses chances, c'est encore loin la coupe du monde. Domenech a
souvent fait appel à lui, c'est un garçon qui a beaucoup de talent, etc etc.
On voit bien à
travers ses exemples que Sabri est en passe de prendre carrément une dimension
fondamentale du seul antidote agréable qui nous ai connu (1) à la baveuse
fièvre de promo rageuse de la chaîne, qui ne conçoit plus le football en
d'autres termes qu'un spectacle de strass et paillettes et qui se voit en
permanence engagé dans la surenchère médiatique. C'est sans doute le meilleur
recrutement de la chaîne en termes de consultants de ses dernières années. Un
vrai régal, je vous dis. On se réjouit de le revoir.
(1) avec qui il
semble partager la même passion pour les pulls à cols roulés
