Le charme discret du foot suisse Publié dans:
suisse
Par [unknown placeholder $article.author$] - Apr 26, 2008 - 5:59:22 PM
FC Aarau : FC Basel - 2:2
Le défi du r.e.c. tombait finalement bien puisque, étant coincé à l’hosto et ainsi éloigné de ma boîte digitale chérie, j’étais coupé d’accès du foot européen, voir français. Un retour aux sources s’imposait donc – en dépit d’un tuyau dans le dos qui draine le sang (suite à une opération du dos, essayez de taper un article avec ça) – et pourquoi pas? Cela ne sera pas sans intérêt vu l’échéance européenne qui s’approche et qui mettra en scène les talents suisses, en juxtaposition aux autres nations européennes. Les mauvaises langues de la rédaction (cherchez du côté du chercheur vert), aussi friandes du produit à croix blanche que les autrichiens sont du leur [1], diront que ceux qui se plaignent de la qualité des rencontres de la Ligue 1 ont bien de la chance et devraient plutôt se pencher sur le championnat suisse pour mieux relativiser. Mes écouteurs bien enfoncés sur la tête à l’écoute du dernier Jazz Liberatorz, je vais m’isoler de ses snobinards et me prendre pour un scribe du WSC en mission dans les bas étages de la troisième division bifton.
Loin de l’agitation du Premiership, qui vibre autour du duel rouge-bleu des boys de Fergie et d’Avram, un autre combat pour la domination nationale, plus proche de la rédaction, occupe les esprits en cette fin d’avril. En effet, les Young Boys (rien à voir avec le fan club de Pascal Sevran) ayant laissé tomber 3 points cruciaux en perdant 0-1 contre Lucerne dans un match de rattrapage de la 29e journée de la Super League suisse, le FC Basel(FCB) conservait du coup deux points d'avance en quête du titre à quatre tours de la fin. Cette rencontre en déplacement à Aarau pouvait donc permettre au troll suisse (au sens national) de reprendre ses droits, délaissés le temps de quelques années à l’efficace FC Zurich de Lucien "Lulu" Favre [2].
Le chauve grincheux
Avant les faits du jour, parenthèse historique d’abord: si les commentateurs locaux n’ont pas manqué d’être impressionnés depuis quelques années par les exports plus ou moins réussis de plusieurs spécimens indigènes tels Senderos, Vogel ou autres Frei, ce succès relatif ne se traduit pas vraiment en termes d’exploits européens ou autres succès tout courts. Les clubs suisses peinent à se faire remarquer, à l’exception peut-être du FCB. Sous la tutelle de l’eternel chauve grincheux Christian Gross, le club bâlois a connu en début de cette décennie une période fructueuse en Europe, en Ligue des Champions autant qu’en Coupe UEFA, allant même jusqu’au quarts de finales dans cette dernière encore tout récemment en 2005-2006. La rencontre a donc quelques pédigrées, en tout cas pas moins qu’un Tottenham – Bolton.
un stade folklorique
En ce samedi ensoleillé, le FC Bâle se doit de trouver une inspiration déterminée pour assurer la conquête de ces trois points clés chez les argoviens (c’est ainsi qu’on appelle les hôtes autochtones) du FC Aarau (abrévié FCA), bien incrusté au milieu du tableau tel un Auxerre moyen des années Guy Roux. L’ambiance du Brügglifeld (stade de FCA), apparemment plein à craquer jusqu’au dernier de ses 7,900 sièges, est bonne et familiale, sympathiquement passionnelle. C’est sans aucun doute à mettre au crédit des fans argoviens motivés à bloc, presque tous en torse nu (la mode anglaise s’exporte aussi en Suisse, pas seulement dans les rues de Kowloon) et qui ne cessent de battre du tambour et de chanter pour leur équipe. Le tout est encadré par un cadre folklorique (médiéval presque) et anti-glamour rafraichissant, plus proche d’un barbecue familial que d’une rencontre au top niveau comptant pour une qualification en C1. Ceci est aussi du aux tribunes basses, d’une trentaine de rangs en moyenne, qui laissent transparaitre les toits des maisons voisines et les chapiteaux des tentes à design arabesque, abritant certainement des grillades grouillants de (saucisses) rouges et blanches transpirantes dont raffole votre serviteur. Publicité pour Pneu Egger, l’Hirslanden Klinik Aarau et Radio Argovia animent le champ de vision du spectateur télé, pendant qu’un 1/6ème du terrain (couloir droit du côté argovien) se trouve dans l’ombre le plus total et échappera complètement au cameras tout au long de la rencontre (cela finira en 1/3 du terrain obscurcit). Tant d’authenticité ferait s’émousser le frisé de Nyon d’une larme nostalgique de ces débuts nancéens.
Derdiyok, jeune espoir?
La rencontre est tout de suite agréable et abordable, sans trop de prétentions. En ce début de partie, le FCA affiche un jeu plutôt rugueux mais nerveux, fait de dégagements en l’air et de reprises de volées (dans les 16 mètres bâlois) dans le sens inverse du but adverse, qui n’intimide guère les bleus et rouges (bâlois). Malgré un fâcheux penchant pour des transversales trop ambitieuses, nécessitant des sauvetages spectaculaires sur la ligne de sortie, le FC Basel est plus efficace dans la circulation du ballon, voir technique, et impose très vite sa domination. L’équipe de Gross réussi ainsi à prendre les devants dans les débats à la 18ème, avec un premier but de Marco Streller, qui profite d’une superbe passe à raz terre – à la Pro Evolution Soccer – du jeune et habile Derdiyok, qui feinte bien les défenseurs. Le mal aimé attaquant suisse (Marco) a ensuite une nouvelle chance d'ajouter au score à la 35ème, son tir échouant de peu. Kubi Kuhn refait ses feuilles et consigne Frei à la maison, alors que les argoviens tentent de reprendre le jeu à leur compte. Malgré quelques tentatives courageuses, et notamment un tir du virevoltant jeune loup brésilien Luiz Da Silva Rogerio, le FCB paraît bien parti pour gagner.
La deuxième mi-temps va bousculer ce scenario aux tenants fragiles, révélant le charme et champêtre du foot suisse dont on vous a déjà raconté les délices dans l’un des premiers articles du yugo pour subfoot il y a de cela déjà 4 ans (le temps d’un score fleuve lors d’un derby zurichois entre le FC Zurich et les Grasshoppers). Dès la rentrée des équipes sur le terrain démarreront 45 minutes de chaos, pleines de rebondissements imprévus, un attaque-défense sans arrêt pour le plus grand plaisir des spectateurs assemblés et du commentateur de la télé suisse-romande.
Le syndrome Huggel
En dépit des intimidations physiques de Huggel, syndrome du jeu méchant des bâlois, appuyé par le français Marque et l’imposant Majstorovic, les argoviens vont rapidement recoller au score grâce au bon travail de Rogerio. Le brésilien égalisera d’abord par une reprise de volée en retournée, aidé de son épaule/bras (selon votre point de vue), et obtiendra ensuite un penalty sur une folle sortie en désespoir du gardien bâlois Constanzo, qui se prend pour l’homme araignée en tentant d’empêcher le brésilien de le dribbler. Le milieu Gürkan Semeter, jeune suisse-turc avec une dégaine d’un jeune Ulrich le Pen, convertira ce penalty en réussite.
Le commentateur TSR perd les pédales
Un autre grand cliché du football sera mis en évidence dans ce perpétuel retournement de situations car les argoviens verront ensuite se présenter la possibilité de verrouiller l’issu de la rencontre à la 67ème minute. Ianu, leur jeune attaquant roumain, réussi une nouvelle percée dans la défense bâloise totalement dissoute, mais son tir en bout de course passe à côté du cadre des buts bâlois de quelques centimètres. Dans la minute qui suit, à l’autre bout de terrain à présent, le défenseur Ergic reprend de la tête un centre de Carlitos et égalise. Football, univers impitoyable.
S’ensuivront encore au moins 15 occasions presque nettes, toute aussi invraisemblables les unes que les autres, qui feront perdre les pédales et les cordes vocales du commentateur TSR, mais le score en restera la.
Un vrai régal, plus de spectacle qu’au Moulin Rouge. Et tout ça sans gélatine, sans salaires extravagants, sans entraineurs surexposés, sans épouses outrancières, sans banderoles et sans le fond de toile d'un feuilleton Sue-Ellenesque (Ewing) de descendront/descendront-ils pas. Des joies simples et saines à redécouvrir dans ces temps compliqués pour le football.
[1] Les performances du "Wunderteam" autrichien depuis 2007 ont provoqué dans le pays de naissance de Kurt Waldheim une pétition contre la participation de l’équipe nationale à l’Euro 2008, du fait de ces contre-performances, de peur « d’être ridicule » à l’Euro à domicile (selon les organisateurs de la pétition).
[2] Vainqueur du championnat de deux saisons consécutives, 2005-2006 et 2006-2007.