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Lifou Karembeu!
Publié dans: suisse
Par [unknown placeholder $article.author$] - Aug 22, 2004 - 9:29:00 PM


Ordre de Marche – Quand la ville dort

 

Quand la ville dort, un groupe d’irréductibles rédacteurs subjectifs osent se révolter contre le patriotisme déplacé, contre l’utilisation abusive de l’humanisme déployé par nos médias, aucunement contre le sport et les sportifs qui ne caressent pas le ballon de leurs pieds. 

 

Quand la ville dort, le chant des sirènes du championnat d’Angleterre redonne des ailes à Arsenal, invaincu en Premiership depuis la saison passée, les hommes d’Arsène poursuivent un impressionnant parcours, seul Mourinho semble venir leur faire de l’ombre cette année.

 

Quand la ville dort, un petit Suisse ne cesse de faire trembler les filets de l’Hexagone (nous savons aussi faire dans le patriotisme), Vahid pleure et l’ex chou-chou du Stade Olympique de Munich se fracasse tragiquement la jambe, tous nos voeux Giovanne.

 

Quand la ville dort, tout peut arriver, verrouillez les portes, fermez vos volets, les loups nous envahissent (métaphore que vous pouvez interpréter à votre guise et qui donne l’impression qu’on sait être des poètes dignes de Richard Bohringer)

 

Le rédacteur en chef à 2 balles, Omar

 

Lifou Karembeu ! par le rédac à 2 balles, Omar

 

Depuis Rummenigge, Genève n’avait plus vécu ça. Une quinzaine d’années plus tard, celui que les supporters genevois surnommaient Dieu, n’a toujours pas été remplacé. Souvenez-vous du blond voûté aux joues boursouflées qui venait vous glisser un tibia au milieu des forêts de mollets poilus pour vous redonner espoir alors que vous étiez menés 3-0. Celui, qui allait chercher le ballon au fond des filets et qui d’un geste claqué de la main vous disait « Hop, mann muss glauben ! Â». Le sauveur d’une Mannshaft à l’aigle encore bien noir et bien fier, le bomber du Bayern, le marcatore de l’Inter, le double ballon d’or 80/81, Der Grossartige Kalle !

 

Et bien oui Christian, depuis Karl-Heinz, la paisible Genevoise n’a plus vibré aux violons des grands orchestres, n’a plus chaviré sous les commandes d’un géant au palmarès de géant. Certes, depuis, il y a eu quelques titres discrets amassés par ce club réputé pour son inconstance, mais le goût de la culture football s’est estompé dans le palais des genevois blasés par le secret bancaire, leur vieille-ville et des feux d’artifices qui réjouissent les meutes de princes aux femmes voilées

 

_realkarembeu.jpg Il a gagné les Grandes Oreilles

Un nouveau stade, des investisseurs richissimes, des strasses, des paillettes, des « vedettes Â» au déclin mais encore en jambes pour le niveau d’une Super League suisse, le président du Servette Marc Roger a mis le paquet. Encore avait-il gardé sous sa manche le rab de crème : Christian Karembeu. Le tronc d’arbre aux dread-locks, le rouleau compresseur des Bleus, Champion du Monde, Champion d’Europe des nations et des clubs (aux côtés du premier galactique), Christian a tout gagné ou presque: Aucune consécration individuelle si ce n’est sa plantureuse et douce slave Adriana.

 

 

Malheureusement dans l’antre du Stade de la Praille, on ne rigole pas, le rêve promis par Roger tourne au cauchemar. Après cinq matches, Servette est même dans le négatif, une sanction de la ligue (-3), un match nul, quatre défaites et pour complémenter le tout, éviction de l’entraîneur, l’intègre et ex-latéral gauche du club Marco Shaellibaum. Les supporters crachent leur vergogne: « Joueurs, Dirigeants, ne souillez pas 114 ans d’histoire Â». C’est dans ce contexte fort hostile qu’arrive le Kanak à la voix suave qui a choisi le numéro 33, celui de son âge et de celui du Christ. En tout cas, à l’arrivée du FC Zurich et de son fraîchement recruté Adrian Ilie (ex-Valence), l’on se doute que la présence de Karembeu pourra être miraculeusement salvatrice.

 

Fini le temps du maillot canari aux rayures vertes, flanqué du sponsor d’Europe 1, le bleu azur de la Sampdoria la Gênoise, le merengue de Madrid la royale ou encore le rouge vif de Borough et d’Olympiakos. Place au grenat (plutôt blanc fade ces derniers temps) du Servette de Genève, place à ce challenge tout particulier, dans un pays où le football a la même priorité que le curling.

 

karembeu1.jpg Champion du monde de la toque chevelue

Pourtant quand Christian passe, les titres s’amassent, une règle plutôt qu’une exception. Le torse bombé, quelques kilos en trop, Karembeu commence l’expérience helvétique en patron…de la défense. En effet, Ursea l’intérimaire a choisi de le mettre au poste d’Alicarte, blessé. Des débuts difficiles, Zurich par deux occasions manque d’ouvrir le score. Les « Genevois Â» font preuve de peu de percussion (Marc Roger pense à engager Djemba-Djemba) et c’est sur une passe en profondeur que l’ex-messin Hassli, se distingue d’un beau crochet enchaîné d’une frappe enveloppée.

 

Christian respire, commence à gagner les duels, intercepte quelques ballons. Qu’importe les déchets en matière de relance, Servette tenait enfin son match et pouvait finalement  virer au vert en s’imposant sur le score de 2-1 (Kader accentuera l’avantage avant que Furo mouline Roth d’un autogoal).

 

Certains parleront de match référence, d’autre utiliseront le cliché de l’électrochoc du changement d’entraîneur et les plus optimistes mentionneront l’effet Karembeu. Pour nous, ce fut une victoire acquise difficilement par une équipe agonisante, manquant ostensiblement d’automatismes. La première victoire du Servette de Karembeu comme le nommeront sûrement nos chers confrères français.

 

Les objectifs de Marc Roger sont donc encore lointains, ce début de saison calamiteux n’est que le fruit d’un patch-work hétéroclite qui ne pouvait réussir sous la tutelle d’un Schaellibaum manquant d’expérience dans ce domaine. Tout ceci n’empêchera pas la boutique du stade de vendre des t-shirts au nom, numéro et à l’image de Karembeu.

 

Car dans la ville de Calvin, quand il s’agit de football, le marketing est possible, le miracle l’est un peu moins.

 



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