Le désordre des priorités

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Pour faire bref : Saint-Étienne est promu premier de la Ligue 1 depuis le week-end dernier, profitant du démarrage mollasson des gros morceaux du championnat. Les mastards au mitard, Saint-Étienne se refuse d’aboyer mais savoure et, la bave aux coins des lèvres, les médias se sont chargés de faire mousser l’affaire aussi vite qu’ils tendaient le micro aux néo-ressuscités du Forez ! Ça donnait des échanges sans trompe l’œil où… ni une ni deux, l’affiche du week-end prochain entre l’OL et l’ASSE à Gerland prenait des tours tracés à gros traits et pour le moins excitants : l’ogre lyonnais, affaibli comme on ne s’en rappelait presque plus, face aux petits Verts, hissés au sommet de la hiérarchie hexagonale (comme on ne s’en rappelait plus du tout !) ! Miam Miam Miam ! Wouaf Wouaf Wouaf !

Et si le derby précipitait Lyon dans la crise et Puel au rencart ? Et si le derby précipitait l’ASSE vers le maintien, ah ah ah, après 7 journées seulement de championnat 2010 – 2011 ?!

Voilà comme tableau qui est suffisant pour peindre, dépeindre et repeindre le match à venir sous toutes les coutures, couleurs, couleuvres, manœuvres et passions ! Un derby OL-ASSE, c’est un évènement, même si les deux voisins sont au clou… Alors quand David et Goliath se rencontrent dans une situation nouvelle, ancienne, non nouvelle, non ancienne !, les langues s’échauffent en gloutonnes de mots, de phrases, de cris, d’extase ! Le plaisir, à trois jours du coup d’envoi, est déjà énOoOoOrme !

Mais les deux clubs n’en font-ils pas trop ?

Minutieuse pour tondre la pelouse, n'en fait-elle pas trop l'équipe des jardiniers de Gerland qui prépare la venue des Verts ?

L’expression est populaire : « Le trop, c’est comme le pas assez ». Une manière pudique (et superbe) de fixer la frontière des excès en brisant celle des interdits ou des tabous crispés ! C’est le pas de deux que tente de danser Galthié, l’entraineur stéphanois, ancien adjoint de Perrin et pour la première fois de sa carrière livré à ce point-là aux feux de l’actu !

Parce qu’un match de Coupe de la Ligue s’est greffé entre l’accession au trône en championnat et son derby face au voisin lyonnais, les Verts sont tentés par la priorisation des rencontres. Nice en vaut il la peine ?

Galthié fait son affaire des chèvres et des choix, met les titulaires sur la feuille de match contre Nice, et entend partout QUE LE MATCH QUI COMPTE C’EST LE DERBY.

Côté OL, Aulas l’a dit en interview hier : ça le mettrait de mauvaise humeur pour un an de perdre le derby. Côté ASSE, Romeyer l’a dit également : « Pour les gens, ici, il y a deux dates qui comptent dans le calendrier, ce sont les deux dates du derby ! », reprenant ici, en termes explicites, les vœux des supporters qui ont eux « banderolé » à l’entrainement à l’attention des joueurs que le match face à Nice ne revêtait pas la moindre importance… au regard du derby.

Les priorités sont posées, de part et d’autre, avec, il faut le dire, un poil de réserve en plus côté Aulas. Le Président lyonnais n’est-il pas, d’ailleurs, bien inspiré de cette réserve ? Le derby est il à ce point important qu’il faille sous-peser deux rencontres à quelques jours d’intervalle, certes de compétition différentes, qu’il faille encore présidentielle-ment adouber l’idée selon laquelle deux dates sont devant toutes les autres ?

Romeyer, cheveux en bataille

Le club de Saint-Étienne a-t-il plus intérêt à gagner contre Lyon parce qu’il s’agit du championnat ou parce qu’il s’agit de Lyon ? Peut-on attribuer la réussite d’une saison aux résultats des deux rencontres d’un derby ? Quels sont les critères qui déterminent les priorités d’un club de foot ? Président, supporters, entraineur, ont-ils les mêmes critères et peuvent ils avoir les mêmes priorités ?

Dans ce moment de préparation au derby, il n’est pas étonnant que le coprésident de l’ASSE se range à l’avis de ses supporters à banderole : l’art de gouverner, c’est aussi de jouer sur plusieurs registres, et on imagine qu’un président peut médiatiquement insister sur un aspect pour manager en interne sur des aspects plus raisonnables, le derby n’attribuant pas plus de point ou moins de point qu’un autre match. C’est un match à symbole, certes, qui peut en cela peser davantage sur la psychologie des joueurs (en positif donc, comme en négatif) pour les matchs à suivre. Mais ça n’est pas un match banco !

Cette raison gardée, qu’on peut apprécier chez Galthié, ne pourrait-elle pas être également celle des supporters ?

Mais lequel choisir bon sang ?!?!?

Tout juste requinqués au plaisir de belles parties et de matchs victorieux, les supporters de Saint-Etienne ne se positionnent ni dans la joie de cette première place retrouvée, ni dans l’enthousiasme d’espoirs prononcés, non, ils réclament une focale aussi opportuniste (hasard de calendrier) que culturellement lassante (merci, sociologue, d’analyser un jour le folklore sur-joué et ses sourires à grimaces). Ils ressemblent cruellement à une machine à exigences immédiates sans cesse renouvelées. Enfants gâtés qu’il faut servir, et re-servir, et re-re-servir. Sur tous les champs de bataille. Face à cette gourmandise qu’on dira populaire, une petite réserve présidentielle aurait été bienvenue, et ce d’autant plus que les supporters si fidèles qui étalent banderoles et font l’ambiance du stade n’ont pas pour autant le monopole d’amours et de vœux des supporters stéphanois.

Être de bonne ou de mauvaise humeur un an, c’est une chose. Véhiculer la « voxa » populaire, c’en est une autre.

En retrouvant la place 1 de l’élite nationale à quelques jours du derby face au champion lyonnais en crise, Saint-Étienne a retrouvé d’emblée les agitations qui entourent le succès quand il est populaire : le désordre des priorités.

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