Le poison et les pinsons
La Coupe du Monde se déroule sous les auspices du coffre :
- Celui des supporters, qui soufflent dans les vuvuzelas ;
- Celui des arbitres, qui manient le sifflet avec obsession.
Dès les premiers matchs, l’esprit du sifflet était posé pour l’épreuve : le jaune sortait de la poche au moindre contact. Sans pleuvoir, les rouges parsèment les rencontres avec, sous deux angles de vue :
- Des rencontres que ces rouges participent à rendre correctes, c’est-à-dire sans méchanceté dans les contacts
- Des rencontres que ces rouges tronquent, faussant les cartes d’une opposition qui se retrouve, tout à coup et pour des faits mineurs ou, premiers, redistribuée du tout au tout.
Autre élément, de force : si un arbitrage aussi rigoureux évite les blessures et permet de se montrer sévère avec les actes d’antijeu, non seulement il aseptise les rencontres (c’est une critique très à nuancée… !), dans l’idée que les contacts font partie du foot (et qu’un bon vieux coup d’épaule suivi d’un tacle porté avec tout l’engagement du corps relève du bestiaire technique de base d’un joueur de foot), mais surtout, ce que cet arbitrage de pinson (« Ah non là c’est trop méchant d’avoir effleuré votre adversaire, je vous sanctionne ! », extrait de la rencontre Uruguay – Afrique du Sud) vise à limiter, il l’incite dans le même mouvement : l’antijeu a toute sa place, il demande simplement plus de malice à l’exécution.
Voici donc les pinsons qui se présentent aux matchs, le sifflet prêt à jaillir de la main et le jaune à surmonter les têtes dans un geste vif et vigoureux du bras : je replie le bras sur la poitrine, je saisis le carton, je déplie le bras tendu au-dessus de mon corps et je montre mon beau carton à tout le monde. Voici donc les arbitres livrés à la malice des joueurs de foot, qui n’en manquent pas ! Sans doute serait-il plus judicieux que le foot se montre plus ou moins sévère après match, et qu’il puisse nuancer les décisions de l’instant au bénéfice d’une analyse froide et circonstanciée : tant qu’il est possible de blesser Ballack et de jouer la Coupe du Monde dans la foulée, on peut penser que l’organisateur des matchs n’est pas malin (en l’occurrence, ce n’est pas le même organisateur, et ce vide permet bien des malignités…).
Un joueur va incarner la « naïveté » des pinsons, l’uruguayen Suarez. Déjà empoisonnant lors de son premier match face à la France, le petit neuf agité de la Céleste a poursuivi son œuvre face à l’Afrique du Sud.
Et ce qui devait arrivé arriva. En plein temps fort sud africain, sur un contre rondement mené, Suarez en un contre un face au gardien gérait la situation avec aussi peu d’intelligence technique qu’il mettait de talent à sa malice.
Exagérant comme à la Comédie une légère touchette au pied, alors même qu’il avait d’ores et déjà raté son dribble, Suarez obtenait un pénalty aussi discutable que le rouge sorti à l’encontre du portier était injuste et inutile.
Le pinson avait sifflé. Congénital.
Suarez avait truqué. Efficace.
Le match était foutu. Conséquence.
Et, vous l’aurez compris, que l’arbitrage serve la malice d’un avant centre sans cesse en train, dans ses provocations, de chercher des fautes (Suarez tombe au sol tous les deux ballons qu’il joue) à défaut de savoir chercher autre chose sans doute, ça ne ravit pas ce côté ci de la plume…
La belle passe décisive de Suarez, en fin de match, me fait davantage regretté la chose : le pinson passerait d’entrée une soufflante à ce petit con de Suarez, le match n’aurait pas été tronqué, et le petit con aurait été meilleur !…









