Les couleurs d’une légende primitive
Intéressons nous si vous le voulez bien aux campagnes d’affichage concomitantes à la Coupe du Monde, la grande majorité d’entre elles étant basées sur la mise en scène des équipes nationales. La question de départ est simple : ces mises en scènes sont elles révélatrices de l’existence d’un bestiaire graphique spécifique au football, de caractéristiques particulières dans la représentation des équipes et, si oui, lesquelles ?
Le choix des campagnes est évidemment essentiel une fois posée cette interrogation.
Nous nous concentrerons sur deux en particulier, dans la mesure où elles paraissent chacune à leur manière pour le moins réussies !
D’une part, une série de photos selon un classique du genre qui figure des femmes dénudées aux couleurs d’un pays, réalisées par le site Internet Hegre Art auquel le Prince de Subfoot abonne chacune de ses petites mains rédactrices, chou qu’il est.
D’autre part, une série d’affiches concoctées pour la chaine de télé ESPN, spécialisée dans le sport.
Pour avancer plus avant dans notre analyse, nous effectuerons une première revue d’ensemble sur la base de la première série, où nous apprendrons que…
L’absence du Mexique, de la Croatie et des Pays-Bas, tout à fait involontaire, nous semble également préjudiciable à l’analyse. Mais nous ferons avec. Et nous retiendrons, en vrac et synthétique : que l’opportunité de ladite campagne semble davantage se fonder sur le rayonnement des mannequins que sur de véritables mises en scène qui joueraient de l’imaginaire collectif véhiculé par un pays. On ne peut guère s’étonner que derrière le photographe de femmes nues ne se cache pas un curieux et émérite observateur du monde contemporain. On s’intéressera donc davantage à la campagne d’ESPN pour tirer un jus moins ludique que raisonnable.
Entre l’imaginaire du foot et celui d’un pays, lequel prend le pas sur l’autre ? Entre l’identité de jeu d’une équipe nationale, et l’identité du pays qu’elle représente, dans quelle sauce le théâtre du foot se prépare t il ? Est on tenté de communiquer sur une équipe en se basant moins sur elle-même (ses joueurs, son palmarès, les grands moments de jeu de sa propre histoire) qu’en l’habillant de couleurs qui ne sont pas vraiment les siennes mais celles d’une histoire qui la dépasse voire qui ne la regarde pas ? Comment composer l’imaginaire collectif d’une équipe de foot ?…
A les regarder de près, on pourra classer les affiches en quelques catégories phares :
La plus utilisée est celle qui reprend des poncifs éculés en rapport au pays : l’Australie grimé en Blanco euh, en kangourou ; un camerounais tout droit sorti du dessin animé Madagascar et prenant la pause au milieu de la brousse ; le Danemark affublé d’une imagerie digne d’une bouteille de bière ; l’Espagne jouant au torero ; le Japon grimé en samouraï ; les anglais s’entrainant en pratiquant des jeux de force brute anglo-saxons ; les joueurs suisses, présentés sur un couteau de la même nationalité ! Etc.
Dans la même veine, mais avec une nuance, celle qui fait référence directement à l’histoire d’un pays : la Grèce sur un bateau antique ; les italiens luttant dans une arène ; le Mexique sur une pyramide aztèque…
Peu inspirée, celle qui témoigne de la compétition à venir, avec un Ghana et un Honduras représenté en … représentant de leur pays.
Sans originalité, celle qui fait écho à des symboles liés aux mêmes équipes nationales mais pratiquant d’autres sports : la France des Mousquetaires … du tennis, la Nouvelle-Zélande faisant le haka… du rugby.
Peu prolifiques, celle qui illustre iconographiquement l’appellation d’une équipe avec les seuls joueurs ivoiriens qui chevauchent des éléphants… et celle qui utilise l’imagerie des super-héros, avec des hollandais volants.
Plus étonnant, la rareté de cette catégorie d’affiche directement ancrée dans le foot, sa pratique et ses joueurs. L’Algérie, représentée dans la communion des joueurs et des supporters. Le Portugal, avec Cristiano, dessiné en maître des passements de jambe, est concerné !
Cristiano qui, avec Messi et Kaka sont les trois uniques joueurs mis en tête de gondole !
Au final, peu d’originalité et, surtout, un imaginaire footballistique qu’on pourra trouver faiblard. Hormis un Cristiano aux jambes démultipliés, voire un Messi transformant les ballons en or, et la célébration algérienne… on reste sur notre faim en matière d’originalité. Si le couteau suisse arrache bien un sourire, les représentations serbe et allemande sont pour le moins ambigües… On se sera dans
tous les cas rendus compte que la légende du foot est bien moins spécifique que copieuse, et qu’elle tire de partout son inspiration, au risque de n’avoir pas d’histoire propre !
La campagne d’ESPN parait ainsi démonstrative d’une histoire du foot pour le moins jeune et à bâtir. Un tacle propre dans les pieds des détracteurs du ballon rond.
Dans tous les cas, on saura gré à ESPN de ce bel effort iconographique, de belle facture et d’heureuse destination si, par bonheur, la voie est prise par d’autres illustrateurs, à des fins publicitaires ou non !…











