Pep vs. José, le vrai duel
Un tsunami, ou presque. Le Real en prend cinq, des buts, et ils sont marqués par le Barça. C’est un improbable score et une répétition du 6-2 de l’année dernière ; une pierre de plus à l’échafaud de ceux qui veulent couper la tête du royal Real, une pierre de plus à l’autel que d’autres dressent pour célébrer la folle domination du Barça sur le monde footballistique !
Cinq à zéro, comme les cinq doigts de la main. La main, ce n’est plus ni Maradona ni Henry… c’est le Barça et ses buts en corolle comme une équipe qui saurait enfiler des perles à des confrères de son niveau… donc, les cinq buts, c’est la couronne dorée du Barça, un symbole pour une équipe et sa période ! Un club des cinq !
Dans cette actualité qui inscrit le Barça dans la durée, la machine à commenter l’éphémère perpétue son bruit, rien que de très normal. Le bruit adorant le bruit, Subfoot s’inscrit dans le commentaire d’icelui, et y va de son concert. A la nuance près et peu banale que Subfoot prétend déflorer des analyses plus stables à terme ! Subfoot, en avant-garde de ce que l’actuel a déjà d’ancré, les prétentions ne manquent pas au bureau de la rédaction ! Heureusement que nous ne sommes pas nombreux, les têtes ne tiendraient pas toutes dans les bureaux…
Les bruits dont il est question tournent autour des réactions qui ont suivi le 5 à 0. Des réactions qui vont du Barça en meilleur club du siècle à Mourihno en roi nu ! Des réactions avec ces preneurs de position à-tout-va, selon l’habitude de certains à savoir démêler ce qui est bien de ce qui est mal…
Au sein de nos bureaux rendus étroits par nos prétentions aussi multiples que les passes du Barça dans un match, on est un peu embêté ! On a beau être subjectif ou, plutôt, parce qu’on est subjectif, on aime bien faire un effort d’intelligence et, nous interrogeant, Pep contre José, est-ce une vraie opposition ou une opposition montée de toutes pièces, on aime bien pousser le bouchon et laisser le vin décanter. Histoire de réfléchir à maturité !
Pep vs. José, c’est d’abord des errements de cadrage… une manière de cerner mal le sujet pour s’engouffrer plus tard dans des analyses faussées. Non, José n’est pas un chef de gang ! Quelle analyse à bras raccourcis que de circonscrire le travail de Mourihno sous un vocable volontairement péjoratif.
Mourinho chef de gang, c’est injustement travestir ses joueurs en voyous, leur prêter aussi peu de caractère qu’à des moutons de panurge, et revêtir l’entraineur portugais de la déshonorante intention de mener ses ouailles selon des volontés ambigües ! Bref, ça ne tient pas debout et, surtout, ça ne parle en aucun cas de son travail d’entraineur : pourquoi pas, à ce compte-là, nommer la marionnette de Philippe Lucas aux Guignols au poste de coach du Real ?!
Pas plus que Mourinho n’est un chef de gang, Pep n’est un génie… Sans contester son impact dans le niveau du Barça et sans devancer la place que le Barça pourra prendre dans l’histoire du jeu, ce n’est pas qu’il est sage de dénier un quelconque génie à Guardiola, mais qu’il est bon, quand on cause génie, d’être patient. Opposer l’un et l’autre sur la base de José le caïd et Pep l’esthète, c’est courir sur l’eau : être guetté par la noyade !
De grâce, ne calquons pas nos réflexions sur le résultat du lundi ! Ah… ! A fonder son avis sur un match on l’ancre solidement dans du sable !… De quoi se retourner sur ses pieds au premier nouveau match venu ! D’ancrage en ancrage, au gré des résultats, l’avis a tous les contours d’une girouette. Un objet fort intéressant certes mais qui, à 360°, regarde par tous les azimuts sans accrocher aucun Nord !
José vs. Pep trouve un champ d’analyse plus avantageux dans une opposition qui cherche une perspective au dernier classico dans la carrière des deux hommes. Deux conduites différentes de Pep à José ! A gros traits, on oscille chez José entre le mercenaire et le troubadour. Quelque chose de Jean qui rit et Jean qui pleure, du docteur Jekyll et Mister Hyde ! José s’est découvert à Porto… enchainant à Chelsea… passant par l’Inter… gagnant le Real ! Un parcours doré à faire pâlir n’importe quel entraineur que ce soit. Demandez à Guy Roux s’il n’a jamais rêvé quitter Auxerre ! Demandez à Alex Dupont si, entre Sedan et Brest, il n’aurait pas fait un petit tour par Londres ! Peut-être vous diront-ils non, et alors ? Le fait est là : le parcours de José tient moins du mercenariat que de la montée en grâce ! Le mercenaire court après le cachet, José a du cachet l’élégance et il a « simplement » franchi une à une les étapes vers les postes « suprêmes ». Les expériences construisent, et les voyages de Mourinho, sans avoir la beauté d’un usage du monde, ressemblent moins au déploiement de Blackwater qu’à la trajectoire rêvée pour un homme de banc.
Ces déplacements sont importants parce qu’ils donnent à lire l’impact de Mourinho au fil de ses allées et venues. « Son » Chelsea, sans lui, continue de gagner certes (et c’est même un point positif, non ?, puisque son héritage se bonifie !), mais il n’empêche que Porto n’a plus été champion d’Europe et que l’Inter l’est en titre, maintenant devancé par l’AC Milan dans la course nationale. Mourinho est tout sauf un homme d’un coup, tout sauf un mercenaire, c’est un entraineur capable de s’adapter à un contexte de club, à une équipe de joueurs pas forcément choisis, et de transformer le contexte et le rendement d’une équipe et de joueurs en particulier. Mourinho est tout sauf l’homme d’une stratégie unique et figée même s’il est sans doute par-dessus tout un meneur d’hommes hors pair, capable d’enfanter des dynamiques collectives !
Face à cet impact rapide basé sur la construction d’un mouvement collectif, Pep présente un visage tellement différent ! Pep, l’enfant du club, est déjà et avant tout un plus jeune entraineur… Presque neuf dans le concert des hommes de banc, il est arrivé à son poste en suivant la filière d’un club qui, à la manière du grand Ajax, est sportivement structuré selon une stratégie qui ne laisse rien au hasard des étoiles ! Ainsi Pep est le nouveau maillon d’une chaîne en Or, un adepte du « beau jeu » dans un club qui l’y autorise à plusieurs titres. Non seulement ce volume collectif et offensif est un peu un jeu maison dans un stade où souffle avec grandeur le vœu du spectacle hors norme, mais c’est comme dit plus haut toute la politique sportive du club qu’affiche le jeu du Barça ! Une politique sportive qui forme l’élite professionnelle ! Du Galactique fait sur mesure en quelque sorte ! Et le Barça, quand il joue, est l’aboutissement d’un projet de long terme !
Certes il y a bien une opposition de style tactique : les équipes de Pep jouent à la passe à dix, et les équipes de Mourinho joue à filer au but. Mais au-delà d’une opposition franche et tranchée entre Pep et José, on voit se dessiner les contours d’un questionnement passionnant autour de la fonction d’entraineur. Un travail RH de fiche poste existe-t-il dans les clubs ? On se régalerait à comparer la fiche de poste de José et de Pep, et à prendre en plus celle qu’avait Guy Roux à Auxerre, celle d’Arsène Wenger à Arsenal ! Un entraineur n’est pas bon ou mauvais, caïd ou esthète, il est de telle ou telle « école », sur telle ou telle fonction. Une typologie permettrait de différencier des coachs-papa, des managers, des éducateurs, des chefs, des potes, des tacticiens, des psychologues, des idéologues, etc. ! Ce travail de fiche de poste permettrait également de mettre à jour la part du club en tant qu’institution dans la fonction d’entraineur. Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’être tel type d’entraineur pour entrainer de telle façon, le club a sa structure, sa politique, sa stratégie et voilà qui influe évidemment très largement sur la fonction d’entraineur. On se rappelle pour exemple cette belle formulation de Jean-Michel Aulas comparant son club à une F1 et l’entraineur à un pilote. Mourinho personnalise-t-il davantage son travail d’entraineur à partir du moment où il est en mesure de transférer l’exercice de ses fonctions d’un club à l’autre ? La question ne se pose pas pour Pep, ou différemment… Faut-il, pour juger de la compétence d’un entraineur, attendre qu’il est entrainé des équipes… différentes ? Que vaudra Pep sans Busquets – Puyol – Xavi – Iniesta – Messi ?
Au-delà de Pep et José et des analyses au couteau qui compare l’un à un caïd et l’autre à un esthète, il est donc une réalité de l’entraineur comme maillon d’un club… Là où Pep peut s’appuyer sur une politique sportive qui génère des joueurs de génie incroyablement attachés à une culture de jeu commune et partagée depuis les équipes de jeunes, l’équation de Mourinho consiste à faire réciter leurs gammes à des millionnaires recrutés en grande partie pour un potentiel merchandising. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’en recrutant Ozïl et Kedhira, Mourinho infirme cette tendance abrutissante du Real à courir après les flocages à €uros ! C’est déjà une petite révolution de palais !
Oui, la vraie opposition c’est celle du Real et du Barça, qui présente tous les symptômes d’une opposition institutionnelle. Depuis les galactiques, le real s’empêtre dans une politique économique. Le Barça poursuit une politique sportive à forte teneur identitaire. On aimerait déjà aller plus loin, et creuser cette dichotomie qui semble trop tirés aux cordeaux.










